Par exemple, la description d'un bélier
qu'on peut reconuaîlre combien notre auteur était redevable à l'école de Gerbert pour les sciences niathématiques. En général, son habileté à manier le slyle est remarquable pour son époque et elle se montre surtout dans le récit qu'il nous fait des choses qu'il a vues : il nous témoigne par là de son talent particulier pour les Mémoires^ talent qu'il partage avec les Français.
Mais là où Richer attache beaucoup moins d'importance qu'à l'exposition, c'est à la vérité matérielle et à l'exactitude des faits qu'il raconte : il n'est pas très sévère pour la chronologie, et il se montre superficiel dans l'emploi qu'il fait de ses sources (i) ; il ne se fait pas non plus scrupule d'orner ses descriptions de beaucoup de détails qu'il trouve dans son imagination, et même, dans la révision de son ouvrage, il change arbitrairement des faits qui ne sont point sans importance. Le motif qui le guide en cela, c'est sa partialité qui se base et sur ses idées politiques et sur sa nationalité (2). Les deux se donnent la main. En défendant fermement le principe de la légitimité, il voit dans les Garlovingiens les seuls souverains attitrés^ non seulement de l'Empire franc de l'ouest, mais encore de celui de l'est (3}. C'est ainsi que s'explique et s'excuse jusqu'à un certain degré le fait de voir Richer oser nous présenter le roi allemand Henri I, comme feudataire de Charles le Simple (4) et lui donner le litre de « Dux Saxoniae (o) », en le regardant tout au plus comme roi des Saxons, titre qu'il donne à Othon P'" (6). Que, sous le rapport des afTaires ecclésiastiques, notre auteur se place au point de vue de Gerbert, c'est ce qu'on dLiXenddiii a priori; maisons'} attendait moins, au point
1. Ainsi que le montre une comparaison avec Flodoard et les actes des conciles.
2. Son orgueil national peut s'abaisser jusqu'à devenir une fanfaronnade. V. 1. II, c. L.
3. C'est ce qu'il dil ouvertement (1. II, c. xviii) en parlant d'Olhon le Grand : « Cum ejus pater Saxoniae solum propter Sclavorum improbitatera rex crealus sit, eo qiiod Karolus, oui reihum summa debebaliir, adhuc in rimis vagiebat. »
4. Cela a lieu au I. I, (c. xxiii fin), où nous le vovons, dans la révision de^l'ouvrage, substituer Henri à Giselbert.