‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 271 sur 311 · L. TI c xxx · texte numérisé non relu

L. TI c xxx

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de vue politique; et il n'est que juste d'observer «jii'il ;i un certain ég-ard pour les intérêts de son maîlrc, à ce qu'il semble, comme, par exemple, dans le jugement qu'il porte surOlhou il et dans le récit de ses guerres avec la France (1 j. Malgré toute sa partialité, qui ne va pourtant que jusqu'à une cerlaine borne, cet ouvrage forme une source d'autant plus importante (jue l'histoire de la France est pauvre en général, sous ce rapport, dans les dernières décades de ce siècle.

Avec ses qualités et ses faiblesses, Richer se révèle à nous comme un historien vraiment français ; nous voyons la conscience d'une nationalité française trouver pour la première fois, dans son ouvrage, une expression entière et pleine de vie : là est le prix de sa signification historique.

Dans deux chroniques italiennes nous voyons également le caractère national éclater au premier plan; ellesofîrent, comme sources historiques, une certaine importance pour cette période, et, pour ce motif déjà, elles mériteraient d'être mentionnées à cette place; mais chacune d'elles a, en oulre, un certain intérêt litléraire. L'une, le Chronicon Benedicti[2), est l'œuvre d'un moine du couvent de Saint-André, au pied du mont Soracte ; elle fut achevée en 968. Le commencement ne neus a pas été conservé. C'est une histoire de Rome et de l'Italie, qui comprend, telle que nous la possédons, la période comprise entre le règne de Julien et Tannée 967. Jusqu'à l'époque de l'auteur, ce n'est guère qu'une mauvaise compilation de divers ouvrages de valeur fort inégale, et composée dans l'intérêt du monastère de Saint-André. L'auteur n'a ni le talent ni les connaissances qui font l'historien. Mais c'est précisément à cette circonstance que nous devons la première communication du récit remarquable de l'expédition de Charlemagne à Jérusalem et à Byzance, expédition qui fit plus tard le sujet d'un poème en vieux français. Il n'est pas difficile de

t. Cf. MaLthaei, Die Händel OUo's IL mit Lothar von Frunkrçkh narh den Quellen dargestellt mit besonderer BerachsichttgiiwjRirhers. Halle (Dissert.) 1882. V. p. 7.

2. Dans : Monwn. Gcrman. histor., Scriptores. T. III, eci. Periz, p. u9ô sq. (Praef.) — Watlenbach, Deutschl. Geschichtsqu., Vol. I, p. 398. — Maurenbrecher, Op. c, p. 66 sq.

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reconnaître que ce récit est la production d'un savant et qu'il repose sur des matériaux empruntés littéralement, en bonne partie, à la Vie de Charles, par Eginhard. Ce que ce dernier raconte de la création d'une flotte par Charlemague, dans le but de combattre les pirates normands (c.xvu) et des relations de ce monarque avec Harun-al-Raschid et avec Byzance (c.xvi), a fourni les matériaux de ce conte qui ne devint populaire que plus tard, après avoir passé à l'état de légende (1). Je ne crois pas qu'il faille en attribuer l'inventicn à notre compilateur; il la trouva toute faite, et^ en ce cas, par écrite et il l'encadra dans son ouvrage.

Dans cet épisode de notre chronique c. xxui), l'auteur raconte d'abord, en se rattachant à la mention de la flotte créée par Charlemagne centre les Normands, que ce monarque réunit ses vaisseaux de l'Adrialique et de la Méditerranée près de Traversas ; après avoir ensuite recula bénédiction du souverain pontife, il se rendit sur le mont Gargrinus, et là, oiïranl beaucoup de présents à sainl Michel, ilsuppliaDieu de lui accorder un heureux voyage. Après cela, il se hàia d'aller à ïraversus, en passant par Xaples et la Calabre inférieure; et là, ayant fait jeter des ponls sur la mer, son armée, qui comprenait tous les peuples de son empire, passa en Grèce. Lui-même y pasça à sa suite. Se servant ensuite des expressions d'Eginhard, l'auteur parle de l'amilié du roi des Perses, Aaron (Harun). Mais celui-ci n'apprend point ici, comme cela a lieu dans Eginhard, que des ambassadeurs de Charles ont visité le tombeau du Christ : c'est Charles qui le visite lui-même ; il embellit le saint lieu avec de l'or et des pierres précieuses, et y plante dessus une bannière d'or d'une grandeur merveilleuse (2) ; après cela. Aaron (et le fait est aussi rapporté par Eginhard) remet le tombeau, et, d'après Benedict, aussi le ber-

1. La transition a lieu par riiitermédiaire d'une élaboration légendaire de cette Table, faite au siècle suivant par un moine de Saint-Denis.

2. Ce « vexillum » doit sans doute être rapporté à la notice qu'Eginbard, dans ses Annales (année 800), nous donne sur le retour d'un prêtre que Charles avait envoyé à Jérusa'em. Les moines que le patriarche lui a donnés apportent également un rexillum. Dans les deux cas, il s'agit d'une bannière de procession.

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ceau, en la puissance (potestas) de Charles. Rebroussant chemin, Charles arrive ensuite, avec Aaron, à Alexandrie, où il prend congé de lui pour se rendre à Conslantinople. C'est hi qu'il conclut en personne le traité avec Byzance, ce qui, dans Eg-inhard, n'a lieu que par des députés (i). Là-dessus, cl ce récit final appartient certainement à ]5enedict seul, l'auteur nous présente Charlemagne, comblé de riches présents et entre autres de reliques de saint André, retournant à Rome, où il est proclamé empereur; après cela, accompagné par le pape, il visite le couvent de Benedict et lui fait cadeau des reliques de saint André qu'il a rapportées de Byzance.

Le sentiment national de l'auteur trouve, dans cette chronique, une expression vivante, il se manifeste surtout dans ses jugements sur les nations étrangères, sur l'Allemagne notamment, qui à cette époque, sous Othon le Grand, obtint le souverain pouvoir en Italie; c'est ce qui se voit surtout à la fin de l'ouvrage, où, dans un discours au vol hardi, Tauteur se plaint avec colère de ce que Rome est tombée en la puissance du roi des Saxons (2).

Cet ouvrage, écrit déjà par l'auteur dans un latin plein de fautes et sous rinfluence de la langue vulgaire, nous est parvenu dans une copie si défigurée par un scribe ignorant et distrait, que souvent il faut en deviner le sens (3).

L'autre ouvrage est le Chronicon Saler nilamim (fi)] il a, lui aussi, pour auteur un moine, et un moine de la ville de Sa-

1. Dans cette partie, le récit se raltaciie encore presque textuellement à Eginhaid; on y trouve cependant cette bévue ridicule, à savoir que Charles conclut le traifé en même temps, comme s'ils avaient régné simultanément, avec les trois empereurs mentionnés par Eginhard et qui se succéderont l'un à l'autre.

2. Je ne saurais admettre, comme le fait Jung {Forschungen z. deutsch. Geschieht. Vol. XIV, p. 426), que cette opposition contre la domination allemande repose sur un motif purement clérical.

3. Vouloir admettre, avec Pertz, que l'original lui-même nous soit parvenu, est, tout bien considéré, absolument impossible, car on y trouve de nombreuses fautes, absolument contraires au sens et qui doivent être mises sur le compte du copiste. C'est pour cela même que cet écrit a peu de valeur pour la connaissance de la langue vulgaire de l'Italie, à cette époque.

4. Dans les Monum. German. histor., Op. c, p. 467 sq. (Praef.). — Wattenbach, Op. c, p. 399. — Maurenbrecher, Op. c, p. 67 sq.

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lerne, mais dont le nom ne nous est point parvenu. Il traite de l'histoire des princes lombards de la Basse-Italie, jusqu'à Fannée 974. L'auteur commence là où Paul Diacre termine son histoire et il traite non seulement de l'empire païen des Lombards, mais encore de l'Empire du nord. Son récit est, en général, un tissu d'anecdotes nous relatant parfois des faits avec beaucoup de détails, de sorte que cet ouvrage est plutôt un recueil d'histoires et de contes qu'une véritable histoire. A ces histoires, l'auteur ajoute parfois une morale qui devient un vrai traité de théologie, comme, par exemple, au chap. lxx, au sujet du parjure. Du reste, l'auteur a écrit d'abord son livre pour les moines (i). Il a puisé non seulement dans des livres et des documents connus (2), mais encore et surtout dans la tradition orale ; et c'est par là seulement que s'expliquent ces anecdotes si détaillées. Mais elles nous montrent ce talent de raconter qui distinguera plus tard, à un si haut degré, les Italiens dans la liltérature des Nouvelles. Plusieurs de ces histoires nous rappellent les «Cent Nouvelles anciennes » comme aussi les « Nouvelles » de Sacchetti (3). C'est ainsi que ce livre offre, pour certains passages, une lecture vraiment intéressante et précieuse au point de vue de l'histoire de la civilisation, tandis que les quelques données historiques qu'il contient ne doivent être accueillies qu'après avoir été soumises à une critique sévère.

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