‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 273 sur 311 · V. sur ces sources, la préface de Pertz, p · texte numérisé non relu

V. sur ces sources, la préface de Pertz, p

3. On y trouve aussi des histoires d'amour, p. exemple, au c. 65 sq.

[446-447.] RuoTOKu : vita brunonis 481

nag-es qui étaient déjà élevés au rang des saints, ou (}ui furent canonisés plus tard. Bien que ces <( Vitae » n'aient, d'ahoni vA en règ-le générale, de valeur que pour l'histoire de la vie religieuse, elles ne laissent pas d'avoir, les unes plus, les autres moins, de l'intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisationcn général, vu que c'est l'Kglisequi, àcette époque, jouait le premier rôle dans l'éducation ; mais quelques-unes d'entre elles, grâce à la valeur de leurs héros, s'élèvent à la hauteur de sources d'une importance historique générale. Sous ce dernier rapport, c'est encore l'empire d'Allemagne, la Lorraine surtout, qui occupe le premier plan. Parlons d'abord des Vies elles-mêmes.

La plus ancienne en date est aussi la plus importante. C'est la vie de saint Brunon, Vita Brunonis (1), ce frère célèbre d'Otkon I, écrite par un de ses élèves, Ruotger, de 966 à 969, et par conséquent peu de temps (2) après la mort de Brunon. L'auteur, diacre de l'église de Cologne, se mit à Touvragc pressé par les instances de son archevêque Folcmar, successeur de Brunon sur le siège de cette ville, ainsi que nous l'apprend la préface qu'il lui adressa. Ecclésiastique d'un esprit très cultivé, Ruotger était bien l'homme qu'il fallait pour cet ouvrage, si l'on considère surtout les relations intimes qu'il avait eues avec Brunon. Malgré cela, cette Vie ne répond pas complètement aux espérances qu'on avait mises en lui.

Donnons d'abord une courte analyse du contenu. Après un prélude théologique dans lequel il nous dit que tous les dons que nous possédons nous viennent de Dieu, sans que nous les méritions : après un portrait caractéristique de son héros qu'il rattache à ce prélude, l'auteur nous raconte que Brunon, à l'âge de quatre ans, fut mis entre les mains de Balderich, évêque d'Utrecht, qui avait pour mission de lui enseigner

1. Ruotgeri vita Brunonis, éd. Pertz clans les Monum. Gcrman. histor., Scriptores, t. X, et in usiim scholarwn. Hanovre, 1841. — Peilîer /i*^7or. kvit. Beiträge zur Geschichte Bruns I. Aix-la-Chapelle, 1870. — Dierauer, Ruotger und der Aufstand ion 933, dans Budingers Untersuchungen zur mittleren Geschichte. Leipzig, iSli,

2. Bmnon mourut en octobre 965, Folcmar en juillet 961), ainsi que !e démontre Peiffer, Op. c, p. 9.

l'étude des lettres humaines. Le jeune enfant trouva un plaisir tout particulier à la lecture de Prudence. Ce n'étaient pas seulement l'élégance et la variété de la forme qui le captivaient ; il cherchait en même temps, et hien davantage, à pénétrer dans la profondeur du contenu. C'est à Utrecht qu'il s'éprit, pour toute la vie, d'un bel amour pour les études libérales ; Ruotger nous dit qu'aucun genre d'éloquence, soit grecque, soit laline, ne lui resta étranger (1). Il y consacrait tous ses loisirs. Une fois monté sur le trône, Othon l'appela à la cour (c. v) et il y occupa une position importante, position que nous avons déjà caractérisée (2). Mais notre auteur néglige d'en parler ici. Il n'y est question que de sa situation dans la société, du commerce qu'il a avec les hommes de la science, lequel consiste à s'instruire mutuellement, ainsi que de ses études sérieuses et continuelles; sa bibliothèque, riche en livres « divins » et « païens », l'accompagnait partout où la cour fixait sa résidence (c. viii).

Dans le chapitre suivant, l'auteur passe à Tactivité théologique de Brunon. Il était encore tout jeune homme, qu'on lui confia le soin de réformer quelques monastères; il mena cette réforme à bonne fin. Mais il leur donna en même temps des privilèges et des immunités dont ils avaient été dépossédés, sans en retirer le moindre profit, soit pour lui, soit pour les siens : ce fut là surtout le cas pour le monastère célèbre de Lorsch ^3). Mais l'action qu'il exerça devint vraiment remarquable, lorsqu'il fut nommé à l'archevêché de Cologne, pendant la guerre civile allumée par la révolte du fils et du gendre d'Othon (933). Il déploya alors également une grande activité politique. Certes la tentative qu'il fit pour réconcilier

1. « Postea nullum peaitus eral sludiorura liberalium genusin omni graeca vel latina eloquenlia, quod ingenii sui vivacitatem âufugeret. » C. iv. Ruolger a-t-il exagéré ? A-t-il voulu parler d'une connaissance étendue de la littérature grecque ? C'est ce qu'on ne saurait déterminer; il n'a probablement en vue que chaque genre de la liltéralure, vu que, par là, il. ne peut entendre que des ouvrages écrits en latin. Certes cela suppose chez lui une connaissance générale, du fait que la littérature latine se base en partie sur la littérature grecque.

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