V. p. 260 sq. (paginât, allem
3. Qu'il reçut lui-même après la mort de l'abbé. V. Peifîer, 0/5. c., p. 36 sq.
[448-449.] RUOTGER : vita brunoms 483
Liudolf et Otlion échoua, ainsi que nous Fapprend nolro auteur, qui du reste nous raconte en détail la situation politique à l'époque du siège de Ma} ence (c. xvi sq.); il y encadre même deux longs discours (1). Les travaux couronnés de succès que Brunon entreprit comme duc de Lorraine, ou pour ainsi dire comme archiduc (ainsi que s'exprime Ruotger, c. xx), ne sont relaies par l'auteur que sous des traits généraux. Ruotger ne laisse pas toutefois de justifier cette activité mondaine de Tévêque (c. xxni). Elle ne l'empêcha pas de vaquer à ses fonctions ecclésiastiques; et l'auteur nous fait prévoir déjà, au chapitre xxi, tout ce que Brunon fit pour le rétablissement des églises et la réforme des monastères. Ruotger s'arrête un peu plus longtemps à nous parler du pallium^ et des reliques de saint Pantaléon qu'on apporta de Rome, en 954, et en l'honneur desquelles Brunon fonda un monastère (c. xxvi sq.). A cette occasion, l'auteur nous raconte avec beaucoup d'émolion les funérailles de Brunon; c'est pour la deuxième fois qu'on lui mit alors le pallium. Ce souvenir Tamène à écrire une longue tirade panégyrique sur le caractère de son héros ; ce qu'il nous en dit complète parfaitement le petit portrait qu'il nous a fait de lui au début (c. xxix sq.). Il nous vante principalement, ici, sa pénitence et son ascétisme, son amour pour les reliques qu'il recueillait un peu partout (c. xxxi sq.). Il nous y parle également, avec bien plus de détails que précédemment, de son activité épiscopale, des églises qu'il fit construire, de sa prédication, de sa réforme des monastères. Après cette digression, l'auteur reprend (c. xxxv) le fil chronologique du récit, en nous entretenant de l'invasion des Hongrois et de la grande victoire d'Othon en 955, et en justifiant l'absence de Brunon et de ses Lorrains. Il revient encore sur les efforts tentés par Brunon pour réconcilier l'empereur avec Liudolf et
1. Par exemple un discours exhortatoire de Brunon à Liudolf (c. xviii) et un autre, p!us long, d'Othon et Brunon, où Othon déclare qu'il se lie à Brunon seul (c. xx). Que ces discours aient été tenus et qu'ils aient été rendus fidèlement, c'est ce dont on ne peut guère douter, d'autant plus que le livre de Ruotger a été publié du vivant d'Othon. et que, nulle part adleurs, excepté dans ces deux cas, il n'a encadré dans son récit des produits de la rhétorique. Le discours nous rend un éclatant témoignage de famour intime des deux frères*
pour donner à l'Empire des hommes d'Etat remarquables, pris dans le haut clergé^ et qu'il appuyait ensuite de ses conseils. A cette occasion, l'auteur consacre un chapitre tout entier (xxxviii) à Rather et à sa nomination aux affaires; il nous fait de plus la relation du sacre d'OthonlI, à Aix-la-Chapelle et de la dernière entrevue de Brunon avec l'Empereur, à Cologne (96o), pour terminer à sa mort (qui vint le surprendre peu de temps après durant un voyage qu'il avait entrepris en France dans un intérêt politique), à ses funérailles solennelles faites à Cologne, et à son testament, Brunon mourut à Reims, en 96o, à peine âgé de quarante ans.
Si nous jetons un coup d'œil rétrospectif sur le livre de Ruotger,. nous y verrons que, abstraction faite de la longue digression mentionnée ci-dessus, son récit conserve en général l'ordre chronologique ; mais le nombre des détails qu'il nous donne varie avec les différentes époques de la vie du héros. L'espace de temps qui précède son élévation à l'épiscopat, en 9o3, et qui comprend par conséquent environ vingt-huit ans, n'occupe pas tout à fait dix chapitres, tandis qu'il en consacre dix-huit à trois années seules, de 9o3 à 9oo; ils forment^ avec la digression qui s'y rattache, la charpente du livre, car les neuf dernières années qui suivent tiennent dans deux chapitres. Ces trois années ont été^ il est vrai, les plus importantes époques de la vie de Brunon ; mais cela n'empêche point que cette pauvreté de détails dans les années qui suivent ne soit à regretter, et d'autant plus à regretter que, là surtout, les matériaux manquaient moins à Ruotger. Certes, et il le dit dans la préface, son intention n'était point d'être complet, d'autant moins que beaucoup d'autres, à son avis, ne manqueraient point de raconter les exploits de Brunon. R pouvait aussi, pour la dernière période de cette vie, supposer que les faits qu'il racontait étaient encore récents dans la mémoire des contemporains, pour lesquels il écrivait avant tout (l). En général, il se borne souvent à des allusions et à des remarques
1. Il fait lui-même une telle supposition dans une occasion antérieure (c. xiv) : « Quod hic scripto perstringere necesse non est, quoniam quidem illustrium ejus factorum memoria recens est, nec in ejus populo de eo loqui cessabit omnis qui fidem et veritatem amabit. »
[450-451.] VITA MAiiTniLDTS REGiNAR 4«;;
générales, au lieu de citer des faits détermines. Cela suflisait à l'auteur avec la tendance au panégyrique, commune dans son livre, avec toutes les vies de saints; malgré cela, die s'élève bien au-dessus d'elles en ce sens que le côté éd'iliiuit n y vient qu'en seconde ligne : Brunon, ce savant célèbre et cet important politique n'y est point exallé comme saint, bien que Fauteur vante cbaudement son ascétisme et qu'il donne beaucoup de place à son activité épiscopale. C'est ainsi que ce livre est, pour l'bistoire de la politique et de la civilisation, une source importante, vu surtout qu'il nous présente des matériaux ricbes, variés et en général tout à fait dignes de foi, du moins pour la connaissance de son héros, et qu'il nous permet de pénétrer au fond de son âme. La langue en est peu polie, c'est vrai, mais elle est correcte; par contre, dans les deux discours, elle prend un vol hardi et nous fournit un excellent témoignage de la culture savante de l'auteur et de l'école de Brunon, abstraction faite même des citations classiques qui s'y trouvent. Ce qu'il y a encore de remarquable, c'est de voir, en deux endroits, de la prose rimée et qui sert uniquement à orner le discours (1).
La maison royale de Saxe possédait aussi, h cette époque, dans la mère d'Othon le Grand, une femme pieuse qui est honorée comme une sainte : j'ai nommé Mathilde, la deuxième femme d'Henri P^ On lui a consacré deux biograpbies, dont la plus ancienne, qui sert de base à la deuxième, appartient à notre période (2). Elle a été écrite, sur Tordre d'Othon, vers le milieu de la huitième décade de ce siècle, probablement par un clerc de Nordhausen (3). Ce n'est que par rapport à l'exécution qu'on peut intituler ce petit livre, comme on l'a fait, Vita Ma-
1. C. XXIII : « Ut pessimis horrori, bonis esset honori » ; cf., c. xxv fin.
2. V'itaMahthildisreginae antiquior, Qa.Kcc.^kQ,(\d.ns Monum. Gcrman. histor., Scriptores. T. X, p. 573 sq. — Traduction en allemand par JatTé, dans Greschichtschreiher der deutschen Vorzeit. 10° année, vol. IV. — Heerwagen, Einige Bemerkungen zu den beiden Lebensbeschreibungen der Königin Mathilde, dans Forschungen zur deutschen Gesch., vol. VIII, p. 3G7 sp.
3. Köpke(Praef.) croyait que l'empereur Olhon du prologue était Othon III. Giesebrecht (Dez(^5c/i6^iv((î5er(/escA., vol.I, p. 783) montre, d'une manière concluante, qu'il ne saurait y être question que d'Othon II. Seule, la conclusion du livre rend impossible une autre manière de voir.
thildis reginae; l'intention de l'auteur, comme aussi celle de l'empereur qui lui avait donné l'ordre de l'écrire, allait plus loin et a, par le fait, déterminé la disposition tout entière de l'ouvrage ; ainsi que le dit le prologue, l'auteur voulait retracer la vie admirable des plus dignes aïeux (parenhnn) de l'empereur, et la donner en exemple aux monarques et à leurs autres successeurs. Aussi commence-t-il son récit avec le duc Othon^ père d'Henri P% pour le terminer avec la mort de l'empereur Olhon P""; mais son histoire est pour ainsi dire une pure histoire de famille, comme celle d'un particulier; c'est dans ce sens sans doute que l'auteur avait compris l'ordre de l'empereur et il n^était guère capable de le comprendre autrement. Or, la reine Mathilde, qui pendant sa vie tout entière avait été en fait le vrai chef de la famille, devait nécessairement occuper le premier plan dans son livre, alors même que la pieuse reine n^eût pas été, pour ce clerc de Nordhausen, le plus digne modèle parmi les aïeux (parentes) d'Olhon II.
La vie de cette femme forme donc, de la sorte, le fonds de tout son récit. iVprès avoir parlé brièvement de la famille du duc Othon,il passe aussitôt à son fils Henri, pour nous raconter, avec des détails qui tiennent parfois du roman, sa demande en mariage de Mathilde, laquelle descendait de l'ancienne famille de Widukind(l). Elle était à cette époque au couvent de Herford où elle achevait son éducation, sous la direction de sa grand mère^ qui élait abbesse du monastère. L'auteur nous raconte, mais succinctement, qu'Henri succéda, bientôt après, à son père dans le duché de la Saxe; il nous dit qu'il reçut plus tard la couronne d'Allemagne et que, grâce à sa piété, il ne tarda pas à vaincre les peuples étrangers; il s'étend davantage, par contre, dans la peinture qu'il nous fait du caractère de Mathilde, comme reine (2). Ce qui occupe encore ici l'au-
1. Ici (c, i), l'auteur raconte uu combat singulier, entre le héros national saxon et Charlemagne, combat qui décida la victoire des Francs, car les deux adversaires avaient convenu de mettre ainsi fin à la guerre. Il faut bien admettre que ce récit repose sur une tradition; il ne manque pas d'intérêt par rapport aux combats réguliers de Charles dans les épopées postérieures delà « légende de Charles »,
2. G. V sq. Ici l'auteur a mis à profit, pour son portrait de la reine Mathilde, celui que Fortunat nous trace de sainte Radegonde, tout comme
[4.^2-453.] VITA MAHTniLDIS REGINAE 487
teur d'une manière particulière, c'est la translation du monastère de Wendhausen cà Quedlinbourg.
Avec le chapitre huitième, commence la viede la reine durant son veuvage. Elle usait encore avec plus de liberté de ses biens, en faveur de l'Église et des monastères, et elle le faisait dans des proportionsteiles, que ses fus crurent d'abord devoir s'y opposer. Ses relations avec Othon en furent assombries; mais la bonne harmonie en fut rétablie par l'intermédiaire delà reine Edith, et Mathilde reçut de nouveau les biens qu'on lui avait retirés. Elle s'en servit pour fonder plusieurs monastères, ceux de Polde, de Quedlinbourg et de Gernrode. Mais sa piété était active: elle était la mère des pauvres et des malades; c'était, en un mot, une femme toujours en mouvement et qui avait pour maxime : « Celui qui ne travaille point, ne doit point manger. )> Cette femme, une véritable Allemande, qui ne connaissait rien de l'ascétisme (1), ne fit certes point de miracles, et pourtant notre auteur ne peut s'empêcher d'en attribuer deux à sa sainte : ce ne sont, il est vrai, rien moins que des miracles; mais ils la caractérisent bien (2). — L'auteur, après avoir auparavant (c. x) déjà mentionné briève-
Eginhard, dans sa Yie de Charles, avait mis à profit celui que Saétone nous fait de l'empereur Auguste (v. vol. II, p. 95 sq.). Ce n'est pas à dire pour cela que la peinture de notre auteur soit sans valeur, tout aussi peu du reste que l'est celle d'Eginhard; pour bien l'apprécier, il n'y a qu'à bien faire attention à ce qu'il retranche de son modèle, par exemple, lorsque, dans une phrase qu'il copie de Fortunat, il omet le passage où celui-ci nous vante le jeûne de sainte Radegonde. Et quand notre auteur emprunte à Fortunat ses paroles pour célébrer les largesses de la reine envers les monastères (c, vr), s'imagine-t-on peut-être que ce soient là des phrases dépourvues de tout fondement? Et la phrase qu'il emprunte à Fortunat, dans laquelle est relatée l'intervention de la reine avec les jugements sévères portés par Henri dans un moment de colère, ne concorde-t-elle pas de tout point avec le témoignage que, dans la vie postérieure, Henri lui rend sur son lit de mort ?
1. V. la remarque précédente. Malgré son séjour dans des monastères, elle porta des habits de pourpre jusqu'à la mort,de son fils, qu'elle aimait particulièrement. V. la vie postérieure, c. xvi.
2. G. XII. L'un consiste en ceci : Un jour, étant sur une hauteur et voyant que, par une négUgence de son aumônier, les pauvres n'avaient point de pain à leur repas, elle se hâta d'en jeter un en bas, et voilà que ce pam tomba sur les genoux d'un des pauvres ! L'autre miracle consiste en ce qu'une biche avait saisi dans l'église une burette de vin, et qu'elle la lâcha, d'ellemême, à la prière de la reine.
ment la première campagne d'Othon en Italie, parle maintenant de son expédition de Rome, et nous raconte que Mathilde, dans l'espoir de faire pencher la victoire du côté de son fils, songea à offrir un sacrifice à Dieu, le plus puissant des guerriers, et fonda, à Nordhausen, un monastère de filles, qui fut, pendant ses dernières années, l'objet de toute sa prédilection. Pour cette fondation, elle chercha à gagner l'empereur, alors que, après le retour de ce dernier, elle eut, à Cologne, une entrevue avec lui et avec toute la famille (963). L'auteur nous raconte ensuite, avec de nombreux détails, la fin de la vieille reine : sentant, à Nordhausen, sa mort approcher, elle se fit transporter à Quedlinbourg, afin de pouvoir y être ensevelie à côté de son mari (968). Il termine par la mort de l'empereur Othon^ qui arriva cinq ans après, alors que, quelque temps auparavant, il avait visité le tombeau de ses parents.
Ce petit ouvrage ne manque ni d'attrait ni d'importance, surtout par le tableau vivant et agrémenté de détails dans lequel il nous peint le caractère de la reine Mathilde; cette femme de valeur avait notamment exercé parfois une influence politique. Et ce tableau ne perd rien de sa valeur par le fait que, dans certains passages, ainsi que Jaffé l'a démontré, les expressions en sont empruntées à d'autres ouvrages (1). Ce qu'on ne saurait nier, il est vrai, c'est qu'il se montre sous un jour exclusif, ainsi qu'on devait s'y attendre de la part de l'auteur.
Parmi les Vies de Saints les plus importantes au point de vue historique, il faut compter également celle de l'abbé Jean de Gorze, composée par un de ses amis et un de ses confrères en religion, Johannes, abbé du monastère de Saint-Arnulf, à Metz (2). Ainsi qu'il nous le dit dans une longue préface , l'au-
1. A Fortunat, à la Consolation de la 'philosophie de Boëce surtout, ainsi qu'à Sulpice Sévère. Mais Jatle va trop loin, ainsi que je l'ai montré p. 486, ren3. 2, en disant, dans la préface de sa traduction, p. ix, que beaucoup de détails du récit ne servent qu'à éblouir le lecteur. Il est contredit déjà par l'époque de la composition, qui eut lieu sept ans environ après la mort de la reine. Il faut bien remarquer aussi que, dans le portrait que l'auteur nous fait du caractère de son héroïne, il n'y a point la moindre contradiction.
2. Yita Joannis ahhaiis G or zicnsi s, auci. Joanne abb. S. Arnulfi, éd. Pertz dans : Moniim. German. histor., Scriptores, t. IV, p. 337 sq. — Schultze,
[454-455.] JEAN DK SATNT-ARNULF 489
leur avait déjà eu l'intention, du vivant même de cet homme pieux, de lui élever un monument qui put servir à la perfection de plusieurs. Mais ce ne fut qu'à sa mort, à laquelle Tauteur assista, que ce projet arriva à maturité, vu surtout qu'alors Dietrich, évêque de Metz, en pressait l'exécution. J)e fait, Jean de Gorze se recommandait assez de lui-même, ainsi que le dit l'auteur, sans qu'il fut nécessaire de recouiir aux miracles, et il méritait, bien plus que d'autres saints, les honneurs d'une biographie; sa foi ferme et éprouvée dans ses ouvrages, comme dans sa vie, pouvait en effet leur être proposée à tous comme modèle (1). Or, il le dit à la fin de la préface, l'auteur pensait devoir diviser ainsi sa biographie : il raconterait d'abord la vie de Jean, dans l'état laïque, et particulièrement la manière dont se prépara en lui la transition à la vie religieuse; ensuite, sa vie comme moine et abbé; et, après cela, sa fin divine. Malheureusement, l'ouvrage n'a point été achevé; il s'arrête tout à coup, nous le verrons bientôt, au beau milieu de la deuxième partie. Le plan en était trop grandiose pour que Fauteur, avec sa manière de tout détailler, put le mener à bon terme. Après avoir composé les quarante-cinq premiers chapitres, qui vont jusqu'à l'entrée de Jean au monastère de Gorze, en 933, et qui comprennent par conséquent la première partie, il sentit le courage lui manquer pour le continuer : pour reprendre l'œuvre et y ajouter encore quatrevingt-onze chapitres, il lui fallut un ordre pressant des évêques de Metz et d'Utrecht (Noël 978). Ils embrassent encore vingt-trois ans de sa vie. La dernière période (957-971) manque complètement. L^auleur mourut lui-même avant Tannée 984.
Le héros de cette biographie est un exemple remarquable du fait suivant, à savoir que, à la suite de la réforme des monastères par Odon de Cluny, le sentiment de la vie ascétique,
Forschungen zur Geschichte der Klosterreform im zehnten Jahruwlnl . Halle, 1883 (Dissertation.) .
1. «Proinde frustra aliquid ejusmodi splendoris corporei in commendalionem tanti viri desiderari, de quo firma satis et absque cunctatione fidos constaret, eaque in operibus suis et sancta conversalione atque indetessa usque in finem in bonis perseveranlia visa sint signis omnibus mirabilibusque praestare. «
490 LITTÉRATURE LATINE [45o-436.]
ravivé en France, se propagea en Lorraine et y fut bien accueilli parmi le peuple qui contribua puissamment à faire adopter cette réforme. Jean était originaire de Yendière, près de Pont-à-Mousson; son père était un très riche propriétaire de basse extraction, tandis que sa mère était d'une famille noble. Il alla à Fécole de Metz, et, pendant quelque temps, il eut pour professeur, à Técole du monastère de Saint-Michel, sur la Meuse, le grammairien Hildebold, élève de saint Rémi, mais sans retirer beaucoup de profit de son enseignement, ainsi qu'il le prétendait lui-même (i). Trop tôt, hélas! il fut obligé de se consacrer tout entier à la vie pratique, vu que la mort de son père et le nouveau mariage de sa mère le forcèrent de se charger de l'administration de la propriété et de pourvoir au besoin de ses frères et de ses sœurs; il est juste de reconnaître qu'il se fit remarquer comme un administrateur de premier ordre. Il gagna par là l'estime de personnes très en vue; il entretint des relations avec le comte Richwin, au service duquel il fut pendant quelque temps, ainsi qu'avec le savant Dadon, évêque de Verdun (2), relations qui lui furent très avantageuses. Il devint « Dominus » dune église de Fontenay, et cette fonction le mit en rapport avec Berner, diacre de l'église de Toul et homme aussi distingué par la culture de l'esprit que par la piété. Berner devint le maître de Jean, qui se remit à l'étude et recommença par les éléments de la grammaire de Donat; il passa bientôt à l'étude de la Sainte Écriture, dans laquelle il fit de très rapides progrès.
A partir de cette époque, sa vie prit une direction tout à fait religieuse qui le conduisit de plus en plus à l'ascétisme, surtout lorsqu'il commença, à Metz, à donner des leçons de religion à une assemblée déjeunes vierges qui lui étaient toutes dévouées (c. xvn sq.). Leur exemple exerça sur lui une salutaire influence. Il voulut renoncer au monde et embrasser la vie religieuse : mais, ni en deçà, ni en delà des Alpes, il ne connaissait de monastère où la règle fût sévèrement observée. Il résolut donc de vivre en ermite, et, pendant quelque temps,
1. Et cependant ces leçons lui coûtaient fort cher : « Cum tarnen a pâtre saepissime non raediocriter muneraretur. )>