LA DESCENTE DU CHRIST AUX ENFERS LE SONGE DE LA SAINTE CROIX
Les évangiles apocryphes devaient, plus facilement encore que les légendes apocryphes, solliciter Tattenlion des poètes chrétiens et leur otîrir un vaste sujet de méditations dès lors qu'on y ajoutait une foi entière ; les ouvrages apocryphes, en général, du moins dans leur exécution tout entière, n'étaient en effet qu'une création de Timagination ; c'était donc un sujet déjà préparé au point de vue poétique. Aussi, les trouve-t-on exploités d'abord dans la littérature nationale anglo-saxonne, et en particulier dans un travail relatif à un sujet que nous a transmis la deuxième partie de Tévangile de Nicodème (2) : c'est la Descente du Christ aux enfers. Il ne nous reste, de ce poème (3)^ qu'un fragment de cent trentesept lignes longues ; c'est est le début (4).
Le poète commence par nous raconter que les Maries
1. Ramhorst a écrit contre lui la dissertation : Bas altenglische Gedicht vom h, Andreas und der Dichter Cynewulf. Berlin, 1885.
2. Je m'exprime ainsi, parce que je ne pense pas que le poète anglosaxon ait eu directement sous les yeux l'évangile de Nicomède, dans une version grecque ou latine; il doit plutôt avoir pris connaissance du sujet dans une retouche latine faite sur une traduction, car la manière dont il le traite est très indépendante. V. cet évangile apocryphe dans Tischendorf : Evançielia apocrypha. Leipzig, 1853 ; voir aussi Wiilker : Das Evangelium Nicod. in der abendldnd. Literatur. Paderborn, 1872; ainsi que: Grundriss, p. 186 sq.
3. Thorpe, Cod. Exon., p. 459 sq. — Grein, Bihlioth., vol. I, p. 101 sq. — Kirkland, A study of the anglo-saxon poem The harr owing ofhell. (Dissertation de Leipzig). Halle, 1885.
4. A supposer que quelque chose manque dans ce début, ce ne pourraient être que les paroles d'introduction prononcées par le poète ; remarquons, en effet que le récit biblique que le poète suit ici {Matth., c. xxviii, v. 1 sq.) commence également un chapitre.
sortent de grand matin pour se rendre au tombeau du Christ et pleurer sa mort ; mais elles le trouvent vide. C'est à cet exposé de la Bible que le poète relie sa narration de la descente aux enfers. A la pointe du jour, une légion d'anges étaient venus au tombeau. La terre tremble ; le Christ ressuscite ; les âmes pieuses tressaillent de joie dans les enfers. Jean leur dit que son parent maerj ^ le Sauveur, lui a promis d'aller le trouver; aujourd'hui même arrivera le Fils de Dieu, victorieux. — Déjà le Sauveur s'avance pour briser les murailles de l'enfer ; il est seul et sans escorte de guerriers ; et pourtant, les verrous et les serrures tombent, et il entre. Les saints personnages se pressent pour le voir ; en première ligne, sont les patriarches et les prophètes. Jean est dans la jubilation ; il a vu briser les portes de l'enfer, qui ont été fermées si longtemps : il les a vu briller, elles qui ont été jusque-là plongées dans l'obscurité avant tous les autres ; il salue le Sauveur dans un long discours (v. o9 sq. qui remplit tout le reste du fragment. Il le remercie d'être venu et d'avoir rempli des espérances auxquelles ils étaient restés fidèles, même dans les liens de l'enfer ; il exalte Gabriel qui l'annonça, Marie qui Fenfanta ; il invoque Jérusalem, où il séjourna et le Jourdain où ils se baignaient ensemble; puisse-t-il maintenant leur être propice I
Une particularité de ce récit (1) nous rappelle le Christ de Cynewulf, où il est aussi brièvement question, et par occasion, de la descente aux enfers v. 008- oTO;. Il est bien possible que le poème doive sa naissance à cet ouvrage; mais il n'en faudrait pas conclure toutefois que Cynewulf en soit l'auteur.
Le sujet du charmant poème : Le songe de la sainte Croix ''2 se rattache aussi, par des liens de parenté étroite, avec l'histoire biblique ; c'est un des ouvrages les plus attrayants de la poésie anglo-saxonne (cent cinquante-six hgnes longues). Le poète veut nous raconter, ainsi qu'il le dit en
1. Je veux dire la répétition fréquente de Ed la dans les discours de Jean.
2. Grein, Bibl., vol. II, p. 143 sq. — Ebert, Ueber das angelsächsische Gedicht Der Traum vom heil. Kreuz, dans ; Sifzungsber, derKöniql. sächs. Gesellsch. der Wissejisch., phil. histor. Classe, vol. XXXVI, p. 81 sq. — Wülker, Grundriss, p. 189 sq.