‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 8 sur 311 · Hist. eccles., liv. IV, c. xxiv · texte numérisé non relu

Hist. eccles., liv. IV, c. xxiv

3. Quoique j'aie tâché, dans ce récit, de rendre aussi textuellement que possible la narration de Bède, je veux cependant donner l'original de ce passage si important pour le caractère de la poésie de Caedmon: « Ai ipse cuncta, quae audiendo discere poterat, rememorando secum et quasi mundutn animal ruminando in Carmen dulcissimum convertebat suaviusque resonando doctores suos vicissim auditores sui faciebat.» Cela répond bien au

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l'origine du genre humain et toute riiisLoire de la Genèse, à partir de la sortie d'Israël d'Egypte jusqu'à son entrée dans la Terre promise ; la plupart des autres histoires de l'Ecriture sainte; la naissance, la passion, la résurrection et l'ascension du Fils de Dieu; la descente du Saint-Esprit et la doctrine des Apôtres. Il composa également beaucoup de poèmes [carmina) sur l'appareil terrible du jugement dernier, l'horreur des peines de l'enfer^ comme aussi sur les délices du royaume céleste et sur la bonté et les jugements de Dieu. Dans tous ces poèmes, Caedmon s'efforçait de détourner les hommes du péché et de les porter à la pratique de la vertu.

C'est là tout ce que Bède nous apprend à ce sujet : toutefois, au début du chapitre, il nous fait remarquer que la bonne intention de Caedmon ne resta pas sans succès, et que d'autres personnes du peuple anglo-saxon tentèrent également de faire des « poèmes religieux » : mais nul ne put l'égaler (1).

Ce premier renseignement sur, relativement à la poésie nationale des Anglo-Saxons, est si important dans tous ses détails qu'il méritait bien d'être consigné tout au long. 11 n'y a aucune raiso'n d'en révoquer en doute la vérité; au contraire, tout parle en faveur de l'historien. Bède, à ce point de vue, se fait remarquer en général par sa fidélité; or, il ne pouvait pas avoir de motif de nous transmettre ici une donnée fausse. D'autre part, il pouvait en même temps être exactement informé, vu qu'il était rapproché, par le temps et par l'espace, des faits qu'il raconte. Peut-être était-il dans son enfance encore contemporain de Caedmon (2) , puis, leur monastère respectif n'était éloigné que d'une distance de dix milles (3).

thème qu'on lui avait posé dans son épreuve et qui avait le but suivant : quendam sacrae hisLoriae sive doctrinae sermonem 'mmodulationemcMxnmh tiansferre. » On voit de quelle importance était l'élément musical dans ces rarmina, de Caedmon.

i. Dans l'effet moral, ainsi que cela résulte de ce qui suit. Bède ajoute, en effet, que le ciel lui avait accordé le don du chant : il ne pouvait donc chanter que des sujets vraiment pieux.

2. L'abbesse Hilde mourut, en effet, en 680, et Bède naquit en 672.

3. On voit qu'un procédé irréfléchi et dé[)0urvu de toute critique était seul capable de qualifier de « légende » le récit de Bède, et de le mettre sur la même ligne que le récit concernant l'auteur d'Héliand.

Ce renseignement, qui estcaracléristique et gros de conséquences pour la poésie anglo-saxonne, nous permet d'avancer que la première élaboration de sujets littéraires non nationaux, c'est-à-dire transmis dans des livres, était toute populaire et devait conduire à la poésie artistique ; par là se trouvait essentiellement facilitée l'assimilation de ces matières étrangères. Caedmon trouvait ses sujets dans les communications qu'il recevait de vive voix, comme les chantres populaires les trouvaient dans la tradition orale ; il les travaillait, pour être chantés et en faisait des poèmes, qu'il récitait en s'accompagnant de la cithare. Ses carmina, pour employer l'expression de Bède, étaient des poèmes en forme d'hymnes, ainsi que cela résulte avec certitude non seulement du récit de Bècle(l), mais encore de la traduction libre qu'il donne du premier essai de Caedmon (2). Nous ignorons combien d'autres, parmi eux, furent en outre confiés au parchemin : ils ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Caedmon ne les a certainement pas écrits lui-même, car nulle part il n'est dit qu'il ait reçu une éducation savante qui l'aurait mis en état de le faire; au surplus, et selon la remarque expresse de Bède, il était déjà dans un âge avancé lorsqu'il devint chantre et moine.

La seule importance historique et littéraire qu'il faille attribuer à Caedmon consiste toute entière dans l'exemple qu'il donna en traitant, d'une manière populaire et dans la langue nationale, des sujets chrétiens et religieux; car, Bède nous l'apprend, il eut bientôt des imitateurs. La poésie anglosaxonne reçut par là une direction tout à fait nouvelle qui amena à une production littéraire en langue nationale, mais en conservant toutefois les formes poétiques, populaires et traditionnelles; elle amena à une poésie qui fut transcrite

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