‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 7 sur 311 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dans les dernières années du vn^ siècle, les Anglo-Saxons infusèrent une nouvelle vie à la littérature latine qui avait eu une long-ue éclipse; et ce fait se trouve en complète harmonie avec le suivant, à savoir que, parmi tous les peuple de l'Occident, au moyen âge, ce sont eux qui, les premiers, ont eu, dans la langue nationale, une littérature au sens strict du mot, et que c'est d'abord chez eux qu'elle s'est développée : dans ce domaine des choses intellectuelles, un travail aidait l'autre. Chez les Anglo-Saxons en effet l'intérêt national était assez fort pour ne pas s'attarder aux charmes de la littérature latine. Une preuve bien caractéristique du fait, c'est le renseignement qui nous a été transmis par le roi Aelfred, et conservé par Guilhaume de Malmesbury : Aidhelme, le père de la poésie anglo-saxonne, et^ parmi les savants de cette nation, le premier en date dont nous possédions des ouvrages, chantait sur un pont un lied composé par lui dans la langue nationale, et cela dans le seul but de combattre l'indifférence religieuse des basses classes(l). Et en effet, Aedhelme n'était pas sans goûter les charmes de la poésie nationale : il pourrait bien même lavoir cultivée, ainsi que le montre, nous

Winkelmann, Geschichte der Angelsachsen bis zum Tode Kœnig Aelfreds, Berlin 1883. -— Kemble, The Saxons in England, a history of the english Commonwealth tili the period of the norman conquest, 2 vol., London, 1849. — Vetler, Zum Musinlli und zur germanischen Alliterationspoesie, Wien ^ 1872. — Rieger, Die alt-und angelsächsische Verskunst [aus der Zeitschr. f. deutsche Philologie, vol. VII), Halle, 1876. — Sievers, Zur Rhythmik des german. Alliterationsverses, ddins : Paul u. Braune' s Beiträgen zur Geschichte der deutschen Sprache, vol. X. — Heinzel, lieber den Stil der altgermanischen Poesie, Strasbourg, 1875.

1. Cette communication se trouvait parmi les notices du Liber mamialis, aujourd'hui perdu, d'Aelfred ; Guillaume la donne au début de la l'-e partie de sa Vita Aldhelmi. Le passage commence ainsi : « Denique commémorât Elfredus , carmen triviale, [quod adhuc vulgo cantitatur , Aldhelmum fecisse. »

l'avons déjà remarqné(l), Tinfluence qu'elle exerça sur son stvle latin et sur les vers latins rythmiques qu'il composa.

La plus ancienne nouvelle que nous possédions relativement aux productions littéraires en langue anglo-saxonne nous est communiquée par Bède, dans son Histoire ecclésiastique{2). Il nous parle de poésies latines qui reposent sur des sources latines et d'après les procédés des ouvrages latins et chrétiens. Ces produits sont des travaux poétiques sur la

TJihle.

L'enthousiasme religieux d'un brave homme du peuple y donna occasion. C'était, nous raconte Bède, un domestique du monastère do Streaneshealh, dans la Nordhumbrie; il avait nom Caedmon. Honteux de ne pas pouvoir, comme ses compagnons, chanter un lied, lorsque, dans un festin, la « cvthare )> passait do main en main, il se retira un jour de table et il alla se blottir dans l'écurie dont il avait la garde • là, il eut un songe dans lequel il reçut l'ordre de chanter l'origine des créatures. Pendant son rêve, Caedmon eut encore le temps de composer quelques lignes oii il célébrait la gloire (Ui Dieu éternel, créateur du ciel et de la terre; après son réveil, il termina le lied. Or, ce fait ne tarda pas à être connu. Après avoir donné une preuve de son talent poétique devant Tabbesse Hihle, en mettant en vers un passag-e de l'histoire biblique qu'on lui expliqua, Caedmon fut admis par elle dans le monastère des hommes. Là, on lui expliqua l'histoire biblique suivant l'ordre des faits. Il cherchait à se rappeler ensuite tout ce qu'il avait pu apprendre par cette explication orale, le travaillait, et le faisait passer dans un poème charmant qu'il récitait à ses maîtres en l'accompagnant d'un chant délicieiix(3). C'est ainsi qu'il chanta la création du monde,

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