Prol. I, V
(décembre 91o) et qu'il le suppose encore en vie et en pleine puissance, il a été composé entre 916 et 922, année de l'élévation de Rodolphe (1).
Écrit en vers hexamètres, ce poème est composé de quatre livres : un prologue de seize distiques les précède et contient un dialogue entre l'auteur et son livre. Il craint que son livre ne recueille pas de lauriers, comme les ouvrages d'Homère et de Virgile, mais qu'il ne soit destiné aux tlammes.
— « Eh I pourquoi donc, lui répond le. livre avec raison, as-tu perdu ton temps àm'écrire, toi qui souffrais de la pauvreté? »
— « Ce n'est, reprend le poète, que pour faire un présent au chef du royaume : si tu es destiné aux flammes, tu montreras le chemin à de plus capables que moi pour célébrer les triomphes de l'homme que tout l'univers doit révérer. » L'auteur ajoute qu'il lui suffit de pouvoir raconter un petit nombre d'exploits de son héros et que les applaudissements de la multitude lui sont indifférents.
Ce prologue indique déjà le caractère de l'ouvrage : c^est à bon droit que le titre du premier livre annonce un panégyrique (2), et que l'auteur pouvait se borner à un choix des hauts faits de l'empereur. Il célèbre exclusivement, dans son héros, le roi et l'empereur. Ayant donc débuté par son élection de roi d'Italie^ il termine avec son couronnement comme empereur. Ne voulant rapporter que des actions qui le distinguent, il ne se fait aucun scrupule de passer les unes sous silence et de modifier les autres, en changeant même l'ordre chronologique et en faisant des additions aux événements. C'est-à-dire que son livre n'a plus la même valeur, comme source historique ; mais, par contre, il en a une bien plus grande, au point de vue esthétique. Il se distingue des deux autres poèmes historiques par l'unité de la composition et par
1. Ce qui me semble probable, à moi comme à Diimmler (p. 11), c'est que l'ouvrage fut écrit peu après le couronnement de Bérenger, et vraisemblablement en l'année 916. C'est ce qu'indique également la conclusion.
2. Ce titre est en grec : 'Ap^/e^at xo nav/)y'jpiy.ov toO àv.XYjToy xaccrapo;; tandis que l'ouvrage entier porte, dans le manuscrit, le titre indiqué cidessus. Du reste, le prologue lui-même a pour rubrique : 'Apxexat npoXoyoç.
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une ordonnance plus claire des matériaux. Le caractère annalistique disparaît ; une idée fixe domine tout, et c'est en vue de cette idée que les faits sont choisis, groupés et décrits ; tont le détail qui ne peut servir à la mettre en lumière est dédaigné par l'auteur, qui procède en poète, tout en voulant joner le rôle d'historien. Ainsi que Diimmler le fait remarquer avec raison (p. 12), le poète « représente exclusivement de quelle manière Bérenger obtint la couronne (d'Italie) et la conserva victorieusement et avec bonheur contre ses rivaux, qui y avaient moins de droit que lui, pour recevoir enfin la suprême consécration de la main du successeur de saint Pierre. »
Le premier livre (272 v.) débute par une justification du poète : il a mis la main à Toeuvre pour suivre l'exemple de la Grèce et delà vieille Rome. Ensuite, il établit les prétentions de Bérenger à la couronne d'Italie. Or, la première de toutes, c'est qu'il descend de Charlemagne. Bérenger, en effet, était son arrière-petit-fils par sa mère Gisèle , fille de Louis le Débonnaire, qui avait épousé Eberhard (1), margrave de Frioul. Mais, contrairement à la vérité historique (2), notre poète avance que Charles III légua, à sa mort, l'Italie à son héros (v. 34 sq.). Aussi les grands du pays l'appellent-ils au trône, car maintenant les différents peuples de l'Empire désirent leur propre souverain (v. 44 sq.).
C'est ainsi que Bérenger est couronné à Pavie. La paix et la tranquillité régnent dans le pays, et le poète nous en fait un tableau en se servant des vers de Stace (3) (v. 70 sq.). Cet état de choses contrarie Fenvieux Wido (duc de Spolète), qui voudrait bien, lui aussi, avoir une couronne comme Rodolphe de Bourgogne et Odon de Paris : c'est du moins ce que lui fait dire le poète dans un discours qu'il lui prête. Il quitte la Gaule et apparaît en Italie (où il ne faisait que revenir effectivement) (4), pour ravir la couronne à Bérenger. Il pousse à la révolte contre le roi, tandis que celui-ci, dans un discours