‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 92 sur 311 · Pour ce motif nous le reproduisons ici · texte numérisé non relu

Pour ce motif nous le reproduisons ici

Si vel nare quidem, vel si volitare valerem, Venissem certe remex aut aeripes ad te, Seu lymphis vectus, seu penniger aëre ductus- Quaesissem dominum, fuerit quocumque locorum : Nec motus pelagi, nec mi violentia venti Tardaret gressum sic, sic celerarc cup.itum. Nunc vadunt, cedo, quîs sunt navalia praesto, Ipse domi sedeam *, quem nulla stipendia ditant : Hi secteiitur apros, ast hic stans retia servet. * manuscrit : sedeat.

poète, le désir de voir son maître. Dans l'introduction, il exprime ici ce désir; mais il ne sait comment se rendre chez lui, car il n'a à sa disposition ni cheval, ni âne. Euterpe doit lui donner un conseil : « Vas-y à pied, lui répond-elle, ou bien envoies-y ma sœur Polymnie; car tu ne peux pas te montrer, faute d'habits. » Le poète répond que son maître aura soin de tout, de la nourriture comme du vêtement. Il est sa plus grande consolation. La Muse lui dit alors qu'il peut y aller, mais qu'il est tenu de lui offrir tous les remercîments qu'il lui doit. Le poète fera de son mieux : il veut notamment, avec son couteau, préparer des membranes pour les livres de l'évêque, les égaliser avec la pierre ponce et les régler; il veut, de plus, lui aider à corriger son manuscrit, soit en effaçant les fautes, soit en les corrigeant (v. 53 sq.). Ces poèmes sont apparemment adressés aussi à Salomon, qui était évêque de Constance et en même temps abbé de Saint-Gall de 890 à 920 : dans le deuxième poème, le chemin de Constance est même indiqué (1).

Salomon lui-même paraît parmi les poètes de Saint-Gall, et Ekkehart IV le vante encore comme tel (2). Issu d'une famille noble, qui était depuis longtemps en possession de l'évêché de Constance, Salomon fit ses études, comme nous l'avons déjà remarqué, au monastère de Saint-Gall. Mais il embrassa la carrière politique en entrant dans la chapelle de Charles III. Rentré au monastère, il y prit l'habit religieux. Trois ans après la chute de Charles, amenée par Arnolphe, Salomon reçut l'abbaye de Saint-Gall, dont le supérieur fnt dépossédé pour rébellion, et, vers la même époque, il obtint aussi l'évêché de Constance par suite de la mort de son parent Salomon II. Chancelier sous Louis l'Enfant et sous le roi Conrad, il joua un rôle politique important. Nous avons encore de lui un grand poème en vers hexamètres (trois cent quarante-trois Vers, avec un prologue de trente hexamètres) et une élégie de

1. C'est lorsque la Muse exhorte le poète à se mettre eu route à pied (v. 7) : « Eia âge, fige gradum, per litus vadito circum )), et par conséquent autour du lac de Constance.

2. V., sur Salomon, Diimmler, Denkm., p. 261 sq.; cf. le même, N. A. p. 551 sq. — Ekkehart, IV. Cas., éd. Meyer, notatnment c. 28.

[155.] LES POÈTES DE SAINT-GALL : SALOMON jß?}

soixante-deux distiques sur la mort de son unique frère, Waldo(l). Tous deux sont adressés à son ami Dadon, évèque de Verdun; le premier fut composé peu de temps avant le second, dans les cinq premières années du x« siècle (2).

Ce poème est trop prolixe; mais il s'y renconlrc une mélancolie singulière^ exprimée parfois dans des termes tout à fait éloquents, Comme consolation, Salomon désire apprendre de son ami les trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité. Le texte : - Bienheureux ceux qui souffrent, car ils seront consolés >y [Matth., c. 5, v. 4), est, en quelque sorte, celui des plaintes qui suivent. Et certes, elles ne sont pas sans fondement. La perle des hommes est suivie de celle des éléments, qui vengent Dieu des pécheurs. C'est « la nation des païens » qui opère ces ravages ; par là, il désigne les Hongrois (v. 67). Le poète peint avec de vives couleurs les horreurs commises par ce peuple, qui profane les sanctuaires et égorge les enfants sous les yeux de leurs parents. Les villes et les champs de Tltalie témoignent aussi de leurs dévastations. C'est là une conséquence des discordes intestines, qui sont générales, et des guerres civiles. La faute en est au peuple, comme aux grands. L'auteur nous faire rendre grâces à Dieu de n'avoir pas exterminé le monde qui méritait de l'être (v. 131 sq.). Ces calamités s'expliquent par l'affaiblissement de l'autorité royale; un enfant n'a, en effet, de la royauté que le nom (v. 1 78) (3). Cependant, si Dieu le conduit, un roi jeune peut régner également : Josias et David en sont la preuve, de même que Samuel et Daniel, tout enfants qu'ils étaient, ne furent pas moins de vrais prophètes. Voilà son unique consolation. Mais cet espoir est faible chez le poète, et il prie Dadon de le réconforter. Il retombe dans ses sombres pensées; il désirerait du moins se sauver du monde qui croule et voudrait lui dire un éternel adieu (v. 282 sq.). Il se sent plus malade que les autres^ parce que les soucis pèsent davantage sur

\. On peut les voir dans Dümmler, Deukm., p. 229 sq.

2. V. Dümmler, Denkm., p. 26't. — Pour le faux-titre : « Versus Waldrami », v. N. A., Op. c, p. 592.

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