‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 103 sur 382 · Après la lettre · texte numérisé non relu

Après la lettre

peu remarquées jusqu ici, et qui sont d'une haute importance pour notre étude: Hymnorum quoque meorum carminibus deceptum populum ferunt. Plane nec hoc abnuo. Grande carmen istud est (1), quo nthil potentius quam confessio Trinitatis quæ quotidie totius popul ore celebratur? Certatim omnes student fidem fateri, Patrem et Filium et Spiritum Sanctum norunt versibus prædicare. Facti sunt igitur omnes magistri qui viz poterant esse discipuli. Il ressort incontestablement de ces paroles que saint Ambroise, aux prises avec l'arianisme, composa d’abord ses hymnes dans l'intérêt de la doctrine orthodoxe. Il ne se justifie pas du reproche que lui avaient fait les Ariens ; il ressort de plus qu'il les introduisit dans le service divin, et enfin que le peuple lui-même contribua au chant des hymnes: il insiste particulièrement dans la dernière phrase, sur ce détail que le chant des hymnes n'était pas seulement exécuté par les ecclésiastiques. Le mot certatim peut enfin signifier un chant antiphonique ou alternatif. |

Ces renseignements sur les hymnes de saint Ambroise sont les plus anciens que nous possédions, et leur importance est d'autant plus grande qu'ils émanent de l’auteur lui-même. Il faut les compléter cependant à l’aide d'un passage bien connu, mais non toujours bien .compris, des Confessions de saint Augustin: ce sont les premiers détails que nous trouvions, après saint Ambroise, sur la matière. Or, saint Augustin raconte (à la fin du c. 6, liv. 9) combien il a été saisi par les : hymnes et cantiques de l'église, Aymni et cantica, à l’occasion de son baptême par saint Ambroise (Pâques, 387). Il ajoute, dans le chapitre suivant, qu’il n’y a qu’un an que l’Église de Milan entreprit de célébrer ce genre de consolation et d’'exhortation, à l’occasion des poursuites de Justine contre saint Ambroise, dans l’affaire de l'hérésie arienne. La pieuse communauté chrétienne passa la nuit en prières dans l’église, prête à mourir avec son évêque. Sa mère, Monique, était une des plus zélées, et lui-même, Augustin, bien qu'il n'ait pas encore ressenti la chaleur de l’Esprit de Dieu, fut pourtant

1. Le jeu de mots ne peut guère échapper au lecteur : carmen est pris jci dans le sens de « charme ».

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saisi de la frayeur et de l'angoisse quis'étaientemparées de la ville. Tunc hymni et psalmi ut canerentur secundum morem orientalium partium, ne populus mæroris tædio contabesceret, instilutum est. Cet usage persista dans la suite, ajoute-t-il ; presque toutes les paroisses du monde l’imitèrent. Dans le passage original que nous venons de reproduire, saint Augustin dit deux choses, ainsi que le montre du reste le rapport de ce passage avec le précédent, à savoir que les hymnes furent "14 alors pour la première fois introduites, en Occident, dans le : va service divin; et, en second lieu, que les hymnes et les US psaumes se chantèrent alors pour la première fois d’après la | manière orientale. Mais, dans l'expression ortentalium par- | tium, il faut sans nul doute entendre spécialement l'Église syriaque (1). Le texte lui convient mieux qu’à l'Eglise grecque.

L'Eglise de Syrierevendiquait aussi pour elle l’honneurd'avoir

la première introduit les Anfiennes, et, d'autre part, l’ami de

saint Basile le Grand, saint Ephrem, avait fait passer le premier, dans la liturgie des orthodoxes, des hymnes au sens

strict du mot, c’est-à-dire, différentes de celles de la Bible ; LE lui-même en avait composé pour sa communauté, l'Église . À d'Edesse (laquelle aimait beaucoup le chant et la musique), ne: afin de la prémunir plus facilement contre les plaisirs mon- où dains dont cet art entretient le goût. Il mit à profit de vieilles mélodies de l'hérétique Harmonius et les adapta à des textes orthodoxes. Or saint Ephrem était contemporain de saint Ambroise : il mourut en 373.

Au renseignement fourni par saint Augustin et à la com- | munication de saint Ambroise joignons encore les détails que er nous donne le biographe de ce dernier, Paulin, milanais À qui faisait partie de son clergé. Dans son Histoire de la vie de n saint Ambroise, Paulin parle du conflit de l'évêque avec la | cour arienne, puis du siège de l'église fait par les soldats, et ilajoute : Hoc in tempore primum antiphonæ, hymni et vigihiæ in ecclesia Mediolanenst celebrari cœperunt. Il remarque ensuite, comme saint Augustin, que l'usage s'en conserva non

4. Ou bien l'expression embrasse en même temps l'Église syriaque et l'Eglise grecque, l'Église orthodoxe, bien entendu. I 13

seulement dans cette Église, maisqu'il se répandit dans presque toutes les provinces de l'Occident (1). Celte communication sert de complément et d'explication aux deux autres. Elle prouve, en effet, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, non seulement que saint Ambroise introduisit alors dans son église les hymnes, mais encore qu'il enrichit la liturgie en général. C’est ainsi qu'il adopta un office spécial aux ariens, l'office nocturne des Vigiles ; il est possible aussi que la cause de cet usage ait été tout extérieure et qu'elle soit seulement un résultat des veilles que le peuple, aux heures de danger, passait avec son évêque dans l’église. La manière dont Paulin cite les antiennes à côté des hymnes explique les paroles de saint Augustin : l'introduction du chant oriental des antiennes eut lieu, à la vérité, en même temps que celle des hymnes: mais elle ne se borna pas à ces dernières. Saint Ambroise fit aussi chanter les psaumes à la manière des antiennes. L’exécution des antiennes et le chant alternatif des hymnes avaient été introduits tons deux dans l’Église, d'abord en Orient. L'exécution antiphonique des psaumes existait déjà depuis longtemps chez les Juifs, et la forme spéciale de cette poésie hébraïque, le parallélisme, aurait dû lui-même l'indiquer. D'autre part, le chant alternatif n’était pas moins primordial dans la poésie lyrique des chœurs grecs, ainsi que le montrent le chant des chœurs de la Tragédie, quoiqu'il ne faille pas perdre de vue que l'antiphonie de la ligne et de la strophe est un peu différente. Rechercher comment le chant antiphonique des psaumes et celui des hymnes fut exécuté dans l’église de saint Ambroise est une tâche en dehors de mon étude littéraire, non moins que de ma compétence (2).

Parmi les hymnes « ambrosiennes » qui nous restent, 1l y en a quatre seulement dont la paternité puisse être sûrement attribuée à saint Ambroise. La seule qualification de Aymnus Ambrosianus, qui est donnée à plusieurs d’entre elles même de la part d'écrivains anciens, tels que Bède, ne saurait être un témoignagne suffisant pour établir leur authenticité (3).

4, Vitas. Ambrosii, c. 13.

2. Voir, du reste, la seconde remarque suivante. 83. Walahfrid Strabo fait déjà cette remarque (De ecclesiast, rer. exord.,

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On donnait, en effet, ce nom d’hymnes ambrosiennes, à des poèmes ecclésiatiques composés d’après la forme et le modèle des hymnes de saint Ambroise et qu’on chantait aussi de la même manière (1).C’est précisément Le chant qui devait être en cela décisif. Ce qualificatif hymne ambrosienne fut donc celui d'un genre de la poésie chrétienne-latine, ou mieux, des cantiques de l’Église (2), et souvent ne signifia pas unehymne de saint Ambroise. Les quatre hymnes authentiques de saint Ambroise sont : 1° Deus creator onmium; 2 Æterne rerum conditor; 3° Jam surgit hora tertia ; toutes les trois citées par saint Augustin comme authentiques (3), — 4° Ven:, redemptor genttum, confirmée peut-être aussi par saint Augustin, et, en tout cas, par d’autres témoignages certains de la première moitié du v‘ siècle (4). Il est de la plus grande importance,

c. 25) : «Inofficiis quoque, quæ beatus benedictus abbas, omni sanctitate præcipuus ordinavit, hymni dicuntur per horas canonicas, quos Ambrosianos ipse nominans, vel illos vult intellegi, quos confecit Ambrosius, vel alios ad imitationem Ambrosianorum compositos. Sciendum tamen multos putari ab Ambrosio factos qui nequaquam ab illo sunt editi. Incredibile enim videtur, illum tales aliquos fecisse, quales multi inveniuntur, idest, qui nul- Jam sensus consequentiam habentes insolitam Ambrosio in ipsis dictionibus rusticitatem demonstrant. »

1. Bède dit, De arte metr., ce, 11 : « Hymnos vero quos choris alternantibus canere oportet, necesse est singulis versibus ad purum esse distinctos, ut sunt omnes Ambrosiani. » L’enjambement (concatenatio) n'y était point toléré. Pour comprendre le passage de Bède, il faut bien remarquer que, par le terme versus, il comprend de longues lignes, et qu'il nomme versiculi les lignes courtes, de sorte que, étant donné ce mètre des hymnes, il comprend deux « vers » dans un versus; encore ne l’appelle-t-il pas « dimitriambique », mais « metrum iambicum tetrametrum ».

2. Comme le dit expressément saint Isidore dans la remarque 2, citée plus haut, page 187.

3. En citant les hymnes il nomme saint Ambroïse comme en étant l’auteur ; l'hymce 1, dans les Confess. (IX, c. 12); l'hymne 2, dans Retractat. (1, c. 21); l'hymne 3, dans De natura et gratia (c. 63.), Saint Augustin se consolait de la mort de sa mère avec la première, ainsi qu'il le dit dans ce passage des Confessions. Sainte Monique mourut en 387 : cette hymne est donc des plus anciennes de saint Ambroise. On peut invoquer aussi, pour l'authenticité de la 2°, la reproduction partielle qu’en fait saint Ambroise dans l'Hexaméron (v. plus haut p.166, rem. 2), quoique cette reproduction seule, on le comprend, ne fournisse pas une preuve suffisante.

4. Un sermon de saint Augustin, n° 372, dont l'authenticité n’est pas bien établie, y fait allusion. Le fragment de l'allocution du pape Cœlestin

pour l’histoire de ce genre de poésie qui intérésse au plus haut degré, de pénétrer profondément dans l'étude de ces quatre hymnes. Nous pouvons donc étudier ici le véritable point de départ de ce nouveau genre de poésie, car c'est vraiment, nous l'avons vu, avec les hymnes de saint Ambroise que commence seulement l’histoire des hymnes latines.

Considérons-en d'abord la forme. Les quatre hymnes, de 32 vers chacune, sont composées en dimètres iambiques, réunis en strophes de quatre vers. Détail très important : le mètre est rigoureusement observé, la quantité exactement suivie (1), l’hiatus complètement banni ; le spondée lui-même admis seulement à la première et à la troisième place. L'opinion généralement reçue et qui prétend que la poésie lyrique chrétienne-latine débute avec des poèmes où l’on néglige le mètre et la quantité, est donc complètement fausse (2), sans parler que du même coup, elle donne une fausse idée de l'histoire entière de ce genre de poésie (3). La poésie hymnique remonte directement, quant à la forme, à la poésie artistique de l'antiquité païenne. L’iambe n'était pas, originairement, un mètre populaire de la poésie latine. Mais, à l'époque de saint Ambroise, il était, sous la forme du dimètre, un mètre à la mode dans la « littérature » : c'était celui qu'on donnait aux épopées, et la strophe courte de quatre lignes contribuait de plus à le rendre populaire. Il ne pouvait pas

aux évêques, de l’an 430, cite la première strophe et en nomme saint Ambroise comme l’auteur; il en est de même de l'épître de Faustus à Gratus, en 445, qui en cite un seul vers. V. Daniel, Thes. IV, p. 4 et s. où se trouvent encore d’autres témoignages, entre autres deux de Cassiodore,

1. Une fois seulement une brève, dans l'arsis, se trouve allongée per l’ictus (accent métrique) « castùs amor... » dans la première hymne, v. 15. Pour l'étude sur la quantité des 1°° et 4° hymnes on doit prendre pour base se texte de Mone, plus correct et basé sur les plus anciens manuscrité, et non celui de Daniel qui manque de critique.

2. Cette opinion est, à priori, déjà fort invraisemblable, à cause des rapports de la composition musicale et métrique, dans l'antiquité : avec un peu de réflexion, il eût été facile de s’apercevoir bientôt de cette invraisemblance.

3. C'est ainsi que l'exposition de Westphals, Métr. Grecq., 2e éd., p. 59 et ss. est devenue complètement fausse : l'auteur assimile, sans aucune critique historique, les hymnes ambrosiennes avec les bymnes de saint Ambroise.

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déplaire au peuple par le fait d’avoir eu, dès l’origine, l’assentiment des savants. Le caractère artistique des hymnes de saint Ambroise s'affirme encore surtout dans l’opposition et la lutte fréquentes entre l'accent du mot et l'accent du vers, même à la fin du vers et sans que souvent le dernier temps fort (arsts) coïncide avec un accent secondaire (1). L'exemple de saint Hilaire a été, je crois, décisif pour saint Ambroise, en ce qui concerne le choix du mètre et celui de la composition de la strophe ; on n'aurait point attribué sans cela à saint Hilaire des hymnes dans la forme des hymnes ambrosiennes. Mais il me semble probable que saint Hilaire a formé son mètre sur celui des hymnes grecques des ariens de l'Orient : ce mètre aurait bien pu aussi exercer sur saint Ambroise une influence directe. Il ne nous est resté aucun renseignement sur cette mesure de vers. Ce qui est sûr, c'est que le dimètre iambique (le catalectique, il est vrai) était non seulement très ancien chez les Grecs, mais y était dè plus très populaire : on s’en était servi même pour composer des airs de danse (2).

Si, de la forme, nous passons maintenant à l'étude du fond de ces hymnes, nous voyons que les sentiments exprimés sont aussi chréliens que la forme en est païenne. Les trois premières sont destinées à trois heures du jour consacrées à la

prière. La première est un chant du soir et correspond à la

prière qu'on fait en allant prendre son repos : on y remercie Dieu pour la journée écoulée et on lui demande sa protection contre les attaques du démon, pendant la nuit surtout, contre les assauts qui menacent la chasteté. La deuxième est un chant du matin où l’on salue, par des vœux pleins de piété, l'apparition de l'aurore; il correspond à la prière du réveil, dès le premier chant du coq. La troisième est destinée à la troisième heure (£ertia) : c'était une heure de prière, parce que c’est

4. Ce dernier point était souvent impossible à éviter, vu le peu de dimension du vers ; c’est ce que les Epodes d’Horace montrent comme ces hymnes authentiques de saint Ambroise. fl est bon de rapprocher cette remarque de le citation de Westphals (p. 61) indiquée plus haut (p. 173, rem. 2 de l'édition allemande).

2. Comme celui des Billes de Bottiæa, dans Plutarque, Quæst. grec. 35: fupev etc "Añvac; v. Westphal, 1. e., p. 492.— Prudence a employé une fois ce mètre, Cathem. VI.

l'heure où le Christ fut cloué à la croix, ainsi que le dit du reste l'hymne, dès le début. La quatrième enfin est un chant de Noël ; il fut d’abord chanté comme tel dans l'église de saint Ambroise, puis, plus tard, dans celles de la Gaule et d'Italie, ainsiqu’en témoigne Faustus à l'endroit cité plus haut. De ces quatre hymnes, la dernière est celle qui a le caractère le plus antique; par le style, elle représente aussi les plus anciennes hymnes de saint Ambroise. Elle'est, en effet, purement dogmatique ; elle célèbre l’incarnation du Sauveur qui, Dieu luimême, est égal « au Père éternel » (æqualis æterno patri). Telle était la nature dés plus anciennes hymnes chrétiennes, ainsi que nous le moñtrent les exemples grecs et que nous l’enseigne toute l'exposition du développement historique de cette poésie ; telles étaient aussi ces hymnes dont les Ariens accusaient saint Ambroise de s'être servi pour tromper le peuple : elles célébraient la Trinité, ainsi que cela ressort bien clairement du passage précédemment cité du discours de saint Ambroise contre Auxence.

Nous retrouvons aussi, dans notre quatrième hymne, cette citation, qui est comme une affirmation de la foi catholique (de Nicée) opposée à l’arianisme. Le style archaïque — etce mot est pris ici dans un double sens : au point de vue de la langue et au point de vue du genre de poésie — s’y montre non seulement dans les figures empruntées à l'Ancien-Testament, mais surtout dans le parallélisme hébraïque des membres, dont la cinquième strophe nous offre un exemple très frappant : Egressus ejus a patre; Regressus ejus ad patrem ; Excursus usque ad inferos; Recursus ad sedem Dei. C'est ainsi que cette hymne nous reporte, pour le fond comme pour la forme, aux plus anciennes hymnes de l’Église chrétienne en général, lesquelles se rattachent immédiatement aux wat rreupatiuxl.

Les deux premières hymnes, au contraire, sont d’une nature purement parénétique et nous offrent en cela un caractère purement romain, qui Correspond admirablement à celui de saint Ambroise. C’est bien aussi dans ce caractère moral et doctrinal que réside la force de la poésie lyrique d'Horace. La troisième hymne, qui a pour but de nous rappeler la mort du Sauveur sur la croix, a un fond dogmatique, il est vrai, mais

accuse, en même temps, une tendance parénétique, en sorte qu'elle nous fournit un exemple d’un genre mélangé. C’est ainsi que les différentes espèces de ce genre de poésie sont représentées dans les quatre hymnes authentiques de saint Ambroise. Les deux premières, qui ont un cachet à la fois plus national et plus individuel, nous révèlent aussi le plus grand nombre de qualités esthétiques. C’est là qu’on peut étudier la propriété et l'entière originalité de style de cette poésie lyrique chrétienne comparée au lyrisme antique et romain. Ce n’est point que j’entende seulement par là cette puissance de la vie de l'âme, dans laquelle l’homme se montre complètement abîmé et qui fait que cette poésie sert de cadre à l'expression la plus tendre du sentiment : non, je veux plutôt faire entendre le rapport entre l’homme et la nature; car on pourrait dire que c'est la nature qui fournit les couleurs au pinceau du poète. Ici la nature semble être privée de son indépendance et n'être plus qu'au service de puissances idéales et morales. Elle est la servante de Dieu, son créateur; elle obéit à ses ordres immédiats; c'est l'instrument dont il se sert pourle salut de l'homme. Mais le démon, lui aussi, peut momentanément la soumettre à ses ordres pour la ruine de l'humanité. C’est ainsi que la nature devient facilement l'expression symbolique du monde moral ; la lumière du jour est surtout le symbole du Christ; la nuit, au contraire, celui du démon, du paganisme. Le sens naturel et le sens symbolique vont fréquemment de pair (1). La cause enest que l'expression métaphorique est ici plus libre, plus hardie que dans la poésie antique : nous voyons, par exemple, non seulement le coq (hymne deuxième) devenir le héraut du jour, mais encore la lumière de la nuit pour les voyageurs. Antique par la forme, à ses débuts, cette poésie est donc en même temps essentiellement chrétienne dans son exposition, puisqu'elle ne fait, en celle-ci, que reproduire les idées nouvelles.

1. Dans la 2° hymne, par ex., v, 29 : « Tu lux refulge sensibus. »

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