‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 105 sur 382 · Sermo horrebat incultus. Ep. 22, 1. c · texte numérisé non relu

Sermo horrebat incultus. Ep. 22, 1. c

esprit chrétien et porté à l’ascétisme et sa culture esthétique et païenne éclata un conflit des plus profonds. Une vision qu'il eut dans un rêve amena la catastrophe : saint Jérôme se vit cité devant le tribunal de Dieu. Le Seigneur lui demanda ce qu’il était, et comme il répondit qu’il était chrétien, il se vit apostropher aussitôt en ces termes terribles : « Tu mens ! Tu es cicéronien; tu n’es pas chrétien : car, où est ton trésor, là est aussi ton cœur (1). »

A partir de ce moment, il renonça pour longtemps à la lecture des anciens. Il rompit même avec la science, en général, afin de se consacrer à la vie ascétique la plus rigoureuse. Quittant Antioche où le célèbre Apollinaire lui avait enseigné à interpréter l'Écriture sainte, il se retira (374) dans le désert de Chalcis, la Thébaïde syrienne, où séjournaient des anachorètes de tout genre. Il y passa presque cinq années. Dès le début, il y vécut dans la mortification, comme un véritable anachorète ; il ne s'occupa ensuite que de travaux manuels, et, vers la fin, de la copie de quelques livres. C’est là le début de cette transition à de nouvelles études qui ne devaient plus être consacrées qu'à la théologie. Saint Jérôme commença, le premier peut-être en Occident, à étudier l’hébreu auprès d’un juif baptisé, afin de connaître, dans sa langue originale, cette littérature qui l’avait rebuté dans la traduction. Néanmoins il ne considéra cette étude, malgré sa conversion intérieure, que comme un moyen d'ascétisme; elle devait lui servir à réprimer les sens, car 1lla tenait pour un travail rebutant (2). On peut voir, par cet exemple, quels contrastes 1l fallait mettre en harmonie pour donner une base solide à cette nouvelle culture el quelles difficultés jetait dans ce conflit le côté étroit de la culture antique. Saint Jérôme manifesta également alors son enthousiasme pour la vie monastique, en composant sa première légende, celle de saint Paul de Thèbes, et en écrivant les lettres datées de cette époque, entre autres celle qui est adressée à Héliodore (Ép. 14) : il y exalte longuement la vie monastique et il la place même bien au-dessus de celle des

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