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prêtres séculiers. Cette lettre était destinée à faire de la propagande pour ce genre de vie : elle atteignit effectivement son but.
Mais saint Jérôme ne devait ressentir que trop tôt et trop cruellement les misères de cette vie monastique, les querelles et le fanatisme, misères qui mirent un terme à son séjour au désert. Il revint à Antioche, où, à proprement parler, il débuta dans sa carrière littéraire, avec son livre contre Lucifer le schismatique. Dès lors la littérature fut sa vocation. Il reçut la prêtrise dans cette ville, mais il y mit pour condition d’être délié des fonctions du ministère. Vers 380, il alla à Constantinople où, sous la direction du célèbre Grégoire de Nazianze, il se perfectionna dans l’exégèse et dans la langue grecque. La traduction qu'il y fit de la Chronique d'Eusèbe est un des fruits les plus importants qu'ait produits en lui l’étude de cette langue. Deux ans plus tard il se fixa à Rome et il mit sa plume et son érudition au service du pape saint Damase, surtout à l’occasion du concile qui y fut tenu à cette époque.
Ce séjour à Rome, qui pourtant ne dura que troisans, fut, pour lui, de la plus grande importance. Au centre de Ia chrétienté de l'Occident, dans un poste des plus en vue, saint Jérôme déploya une activité extrème et eut une grande influence. Cette influence revenait en première ligne au savant qui, à la prière du pape saint Damase, avait commencé la revision du texte latin de la Bible. C’est à Rome qu’il acheva en partie cette édition nouvelle, appelée, dans la suite, & Vulgate; il y acheva du moins la revision des quatre Évangiles, dont la préface est adressée à saint Damase, ainsi que la revision des psaumes. Il devait, en second lieu, cette influence à sa qualité de moine et d’ascète : comme tel, il écrivit alors son livre contre Helvidius, un laïque qui avait composé un livre contre la doctrine de la perpétuelle virginité de la sainte Vierge. Mais, en somme, il la devait encore plus au prestige personnel qu’il exerçait dans les cercles les plus élevés de la société, qu’à son talent d'écrivain. Le sentiment de la vie ascétique et l'intérêt pour la vie religieuse étaient encore loin d’avoir pénétré dans la société romaine. Nulle part la culture païenne ne se conserva dans toute son intégrité plus longtemps
qu’à Rome et surtout dans les premières familles. La vie monastique était du reste très peu connue en Occident, et le nom de moine, peut-être pour le même motif que celui des Cyniques, représentait dans l'opinion publique quelque chose
de bas.
| Il y avait alors, à Rome, trois femmes remarquables et de la première noblesse, veuves toutes trois, et toutes trois centre de ces sociétés foncièrement chrétiennes. Elles se prirent d’un enthousiasme d'autant plus grand pour cette vie de renonciation au monde et consacrée à la gloire de Dieu, que la société semblait plus gâtée par l'influence, passagère il est vrai mais + démoralisatrice, de cette lutte entre la culture païenne et la culture chrétienne. La société d’alors avait une physionomie semblable à celle qu’elle eut à l'époque de la Renaissance. De jeunes ecclésiastiques, d’une suprême élégance, les doigts chargés de bagues, les cheveux frisés, juraient par Jupiter et par Hercule, papillonnaient autour des femmes dans lessalons, déclamaient des comédies et chantaient des chansons éroti-
ques !
L'ascétisme qui devait réagir contre cette frivolité, n'en trouvait qu'un sol plus préparé (1). Les trois femmes qui | prenaient pour ainsi dire l’ascétisme sous leur patronage | étaient Marcella, Mélanie et Paula : elles appartenaient aux | premières familles patriciennes. À Rome, ainsi que s'exprime | saint Jérôme (2), Marcella montra, la première, au paganisme plein de confusion, ce qu'est le veuvage chrétien. Elle n'avait vécu que sept mois dans les liens du mariage; mais elle n'en repousse pas moins toutes les nouvelles propositions qu'onlui | fit. Renonçant au luxe pour elle-même, elle n’employa ses | richesses qu’au soulagement des pauvres. Avec sa mère et sa sœur Asella, elle vivait retirée sur le mont Aventin : elle n’admettait autour d’elle qu’un cercle d'hommes et de femmes
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| qui partageaient ses sentiments et auxquels des prêtres fugi- à tifs d’ Alexandrie vinrent porter la première et merveilleuse É 1. Vu surtout qu'à cette époque saint Ambroise agissait si puissamment 2
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en ce sens et que son influence s’étendait fort au loin. . 2. Ep. 127, Ad Principiam, c. 3. L
nouvelle de la vie des anachorètes et des moines de l'Orient. Mais Mélanie, fille d’un consul, s’y était déjà rendue en pèlerinage. Paula enfin, qui comptait les Scipions parmi ses aïeux maternels, vivait plus encore dans le service du Christ avec ses filles Blésilla et Eustochium. Il est facile de concevoir avec quelle joie saint Jérôme, le savant éminent, le conseiller du Pape, qui avait lui-même mené la vié d'anachorète, et en avait été l’apôtre par sa lettre à Héliodore, fut accueilli dans ces cercles : il y avait là non seulement des femmes enthousiastes, mais des femmes d'une haute éducation; elles ne se bornaient pas à lire les Livres Saints avec passion, elles en faisaient encore le sujet de leurs études. Marcella notamment . devint l'Égérie de la curie, après le départ de son maître ; on recourait à ses lumières, pour expliquer les passages difficiles de la Bible. Elle fonda près de Rome le premier cloître. Mais nous allons voir qu'une amitié plus étroite encore devait réunir bientôt saint Jérôme à Paula et à sa famille.
Saint Jérôme fit des efforts inouïs pour consolider ces idées de la vie ascétique et pour les répandre. Elles avaient de nombreux et violents adversaires, dans le camp opposé de la s0clété ; c’est ce qui ressort de l’écrit d'Helvidius dont la tendance est de combattre le célibat. Saint Jérôme ne tarda pas à défendre avec la plus grande passion ce principe fondamental de l'ascétisme et de la vie monastique. Mais il ne s'en tint pas à la défense; dans une lettre à Eustochium (ép. 22), sorte de petit livre sur la garde de la virginité (Libellus de custodia virginitatis), il composa surtout en vue des femmes, un manuel de la vie ascétique. C’est là qu'il poursuit de sa polémique mordante la société mondaine des chrétiens qui ne sont chrétiens que de nom, sans mème en excepter les clercs. Cet écrit eut un retentissement considérable. Il provoqua les plus violentes répliques. Saint Jérôme devint le point de mire de toutes les langues acerbes de la ville médisante (maledica civitas), lesquelles ne manquèrent pas de déverser la calomnie sur ses
. relations avec Paula. L’exaspération contre l'ascétisme et
contre lui-même grandit surtout encore et prit une bien plus large extension, lorsque mourut, à la fleur de sa première jeunesse, Blésilla, fille de Paula : l’on ne manqua point d'attri-
buer sa mort à des privations et à des mortifications exagérées (1).
Le séjour de Rome était devenu si pénible pour saint Jérôme, qu'il résolut de se retirer avec Paula (385) en Terre- Sainte. Après avoir d'abord parcouru la Palestine, puis l'Égypte, où ils visitèrent les monastères sur les montagnes de Nitria, ils se fixèrent à Bethléem (386). Là saint Jérôme fondaun couvent pour les hommes et Paula un autre pour les femmes ; une église commune les réunissait tous deux. Saint Jérôme y donna le premier exemple d’une communauté de moines, où l’un des principaux devoirs était de cultiver la science et la littérature. Cette institution était d'une grande importance à une époque où s’annonçaient déjà les assauts des Barbares, si dangereux pour la culture traditionnelle. Saint Jérôme installa sa bibliothèque dans le cloître et ne cessa pas de l’augmenter. Non seulement il se livra lui-même à une étude assidue, en prenant de nouveau des leçons d’hébreu chez un Juif, mais il donna lui-même des leçons de théologie aux moines qui, avec le temps, se groupèrent autour de lui. Il adjoignit même à son couvent une école de garçons, auxquels il enseigna la grammaire ct fit expliquer les auteurs classiques, spécialement Virgile et les comiques. C’est là, on peut le dire, que pour la première fois ce savant se trouva dans son élément véritable ; le cicéronien parut s'être réconcilié, en lui, avec le chrétien, et les lettres de cette première période de vie monastique respirent l'harmonie de l’âme la plus parfaite.
Il déploya en même temps une grande activité littéraire dans les domaines les plus variés. Il continua sa revision de la Bible latine, surtout de l'Ancien-Testament, composa différents ouvrages d'exégèse, écrivit des légendes et son livre sur les écrivains illustres, revit des auteurs ecclésiastiques grecs, notamment. Origène, dont 1l s’était précédemment occupé, et composa enfin une série décrits polémiques qui eurent pour conséquence la destruction de la paix tant intérieure qu’extérieure de son savant asile. Dans ses livres contre Jovinien, il combattit d’abord en faveur des principes qui lui étaient les