CHAPITRE I
En face de la position hostile du paganisme à l'égard du christianisme, telle que nous venons de la dessiner, les chrétiens durent, de bonne heure, sentir le besoin d'éclairer les lettrés et le gouvernement sur la véritable cssence de leur religion ; ils durent chercher à leur montrer, du moins, l'inanité de tant d’'accusations et de préjugés. C'est ainsi que prirent naissance les Apologies, qui devinrent aussi plus ou moins des moyens d'attaque, parce qu’elles pouvaient servir à la fois d'armes offensives et d'armes défensives. Ce genre, particulier à la littérature chrétienne, apparaît à l'époque de la littérature épistolaire, née immédiatement après les livres canoniques, avec la lettre à Diognet (1); il arrive à son entier développement dans les À pologtes de St Justin, martyr (+ 166), et il forme alors la littérature principale des chrétiens, au n* siècle. C'est aussi avec ce genre que débute la littérature chrétienne-latine; dans sa première période, il est, en Occident, le plus beau spécimen de toute la littérature chrétienne, ainsi que nous l'entendons; il l’est d'autant plus que ses produits s'adressent au public tout entier, aux païens comme aux chrétiens. Il domine cette période de lutte et d'assaut qui offre aussi, assez souvent, un caractère apologétique, même dans les autres genres de littérature. C'est bien là un critérium de son intérêt universel et littéraire.
À la tête des apologistes latins, disons plus, à la tête des écrivains chrétiens-latins en général, nous trouvons Mnuaus
{. Si l'on place sa composition avant Justin, comme on le fait habituellement. Cette opinion a été récemment combattue par Overbeck, dans le programme pour la fête du recteur de l’Université de Bâle, 1872 ; il regarde même cette lettre comme une fiction du siècle de Constantin, avis que je ne puis me résoudre à partager,
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Féux (1), avec son dialogue Octavius, Tout ce que nous con-
naissons de cet auteur nous est fourni par son livre. Saint
Jérôme l'appelle un avocat remarquable du Forum romain (2). Minucius lui-même nous donne à entendre, dans son ouvrage, qu'il était jurisconsulte, qu'il vivait à Rome, et que ce fut seulement vers la fin de sa vie qu'il embrassa le christianisme contre lequel il avait d’abord partagé tous les préjugés des païens (3). Quoiqu'on ne puisse pas déterminer, avec sûreté et d'une manière précise, l’époque où vécut Minucius, j'ai néanmoins tout lieu de croire qu'il écrivit son Octavius au commencement du règne de Commode (4).
Ce petit ouvrage nous introduit, d’une manière très digne, dans la littérature chrétienne-latine. Non seulement il surpasse, dans la forme, par l’art de la disposition et la grâce de
1. M. Minucii Felicis Octavius ad fid. cod. regit et Bruxellensis red. E. de Muralt. Zürich, 1836 (Prolegg.). M. Minuc. Fel. Octavius, Jul. Firmici Materni liber de e:rore profanarum religionum, rec. et commentar. crit. instr. C. Halm (Corpus scriptor. ecclesiastic. latinor edit. concilia etimpensis Academiæ litterar. cæsar. Vindnbon. vol. Il, Vienne, 1807; J.-D. ab Hoven, Epistola historico-critica de vera ælate dignitate et patria Min. Felicis. dans son Campensia, Campis, 1766,.in-4; A. Ebert, Rapport de Tertullien à Min. Félix, avec un appendice sur le Carmen apologeticum de Commodien 1868) Dans le vo'. V des Dissertations de la Soc. Roy. de Saxe pour la philol, historique; De Felice, Etude sur TOctavius de Minucius Félix, thèse présen‘ée à la Faculté de théologie de Montauban, Blois, 1880.