RS RS RÉ
[210.] CONFESSIONS 237 génie. Tous deux ont, pendant des siècles, excrcé une influence considérable sur d'innombrables lecteurs : celle du premier s'est même fait sentir, au point de vue littéraire, jusque dans les temps modernes. C’est dans ces deux ouvrages que nous pouvons en même temps connaître le mieux l'individualité de saint Augustin; l’un nous introduit, en effet, dans J'intime de son cœur et nous révèle, dans sa plénitude, la variété de sa vie secrète, tandis que l’autre nous dévoile, par les idées grandioses qu'il étale à nos yeux, l'élévation de sa culture intellectuelle, la profondeur et l'originalité de sa pensée et l'immense étendue de son savoir. L'imagination a aussi dans tous deux une grande part; elle se manifeste par une vive représentation du passé, dans les Confessions, et, dans la Cité de Dieu, par un tableau hardi des choses du monde à venir. Ils ont donc l’un et l’autre une intime connexion relativement à l'individualité de l’auteur qui s'y trouve fortement imprimée, mais ils se suppléent aussi l’un l’autre, comme nousle verrons, sous un autre rapport. | |
Les Confessions sont divisées en treize livres : les trois derniers n'ont presque aucun lien avec les autres, qui forment l’ouvrage proprement dit. Dans les neuf premiers, saint Augustin raconte son histoire, c’est-à-dire l’histoire de sa vie intérieure, morale et intellectuelle jusqu'à la mort de sa mère: elle arriva en 387, et c'est par conséquent l’histoire de sa vie jusqu’à sa trente-troisième année. Le neuvième livre se termine par une prière pour sa mère, dontil vient de raconter les funérailles. Le dixième livre a pour but de nous montrer, ainsi qu’il s'exprime lui-même (1), quel homme était Augustin à l'époque où il esquissait les Confessions, c’est-à-dire ce qu'il était intérieurement, et en mème temps, quel était, dix ans après le récit des événements, l’état de son développement. Ce fut, en effet, vers sa quarante-troisième année qu'il composa cet ouvrage. Le livre dixième ne forme pas
1. Confess. X, c. 3 : « Sed quis adhuc sim, ecce in ipso tempore confessionum meorum, et multi hoc nosse cupiunt qui me noverunt et non noverunt, qui ex me vel de me aliquid audierunt ; sed auris eorum non est ad cor meum, ubi ego sum quicumque sum. Volunt ergo audire confitentem me quid ipse inlus sims, » |
seulement un épilogue, il a les rapports les plus mtimes avec les neuf premiers : dans ceux-ci, l’auteur n'a guère conduit l'histoire de sa vie que jusqu’à son entière conversion au christianisme, laquelle fut scellée par le baptème; il n'a dépeint que la période où, après avoir cherché Dieu ct la vérité, 1l eut enfin le bonheur de les trouver. Dans le dixième livre, il nous fait voir en quelque sorte, les fruits que cette vérité a produits en lui, quelle est sa connaissance actuelle de Dieu et sa vie morale, quel est enfin l'état où il se trouve par rapport aux tentalions de la chair et du monde. Les trois derniers livres sont une explication de l’histoire dans la création de la Genèse, ou, pour mieux dire, ce sont des méditations sur cette histoire elle-mème. Saint Augustin ne fait qu’indiquer le lien qui réunit cet appendice au corps de l’ouvrage : après avoir montré, dans les livres précédents, comment Dieu l'a conduit jusqu'à la faveur de prècher sa parole et d'offrir le saint sacrifice, il veut maintenant rendre témoignage de cette vocation « confesser à Dieu sa science et son ignorance » et lui offrir, en expliquant la Bible, le sacrifice de ses peñsées et de sa langue : il n’en est, en effet, redevable qu'à l’illumination divine elle-même (1). Ne perdons pas de vue qu’à l’occasion de ces commentaires et de ces méditations, saint Augustin traite souvent à fond une série de questions soit dogmatiques, telles que le mystère de la Trinité, soit philosophiques, telles que la doctrine du temps. Les trois derniers livres sont donc comme un supplémentimportant du dixièmelivre. Saint Augus- + tin achève d'y esquisser le portrait de l'auteur des Confessions.
Telle est la composilion, tel est le contenu de cet ouvrage célèbre qui n’a atteint une semblable importance que par l’originalité de la forme. Le fond, en effet, se trouve encadré dans
E- 1. Le lien qui rattache ces derniers livres avec le corps de l'ouvrage we à paraît indiqué dans les passages suivants du c. I, 1. XI : « Ecce narravi tibi
KE mulla... Quando autem suficio lingua calami enuntiare omnia hortamenta + tua, et omnes terrores tuos, et consolationes, et gubernationes quibus me E- perduxisti prædicare verbum et sacramentum tuum dispensare populo tuo ? x Et si sufficio hoc enuntiare ex ordine, caro mihi valent stillæ temporum. Et
olim inardesco medilari in lege tua et in ea tibi confiteri scientiam et iniperitiam meam, primordia illuminationis tuæet reliquias tenebrarum mearum.… Domine Deus meus, intende orationi meæ; et da quod offeram tibi, etc., etc. »