‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 117 sur 382 · CONFESSIONS · texte numérisé non relu

CONFESSIONS

la forme d'un épanchement que saint Augustin fait

lui-mème : de là son litre. C’est à Dieu en effet qu'il s'a et à lui qu'il fait d'abord ses aveux. Il se propose'de lui compte de sa vie; il veut ne lui rien cacher, à lui qui sa afin de mériter, par le repentir, sa grâce el le pardon fautes. C’est ainsi que non seulement ses actions et se sées, mais ses sentiments eux-mêmes, prennent plac le cadre de sa narration, Or, comme Dieu ne regar toutes choses, que l'intention, saint Augustin passe avi en revue les motifs de sa conduite, et soumet le cœur } à une analyse psychologique des plus minutieuses. Le parle, en mème temps, dans ce livre, un langage tr quent : tantôt, par exemple, c’est lorsqu'il se donne dans un amour sans réserve et qu'il pleure ses fautes ; c'est quand la perte des êtres les plus chers qu'il a monde, un ami de sa jeunesse, et surtout sa mère, « éveiller en son âme la douleur la plus profonde. Di passages, comme dans ceux où il fait la peinture des de son cœur et où il raconte sa résolution d'embrasss ascétique, sa narration devient si animée, si entraînan le lecteur se sent encore aujourd’hui aussi saisi, aussi qu'aurait pu l'être alors le spectateur de ces scènes. ! effet, la marche du récit a quelque chose de dramatiqu comme un roman de notre époque. La forme du li rehaussait sensiblement le caractère personnel et offre suite des qualités essentielles auxquelles l'ouvrage tout spécialement son grand effet : d'autre part cep elle n’était point exempte d'inconvénients sérieux. Cel lyse qui prétend porter la lumière dans chaque repli d se perd souvent dans la minulie des détails; il y a, au de ces milles détails, de longues et fréquentes apostre Dieu qui, sans doute, peuvent bien peindre diverses

de la vie de l’auteur et paraître justifiées à ses yeux, m ne le sont point dans un récit communiqué à tout l'u Elles semblent faire croire à une estime exagérée : mème et fatiguent ainsi le lecteur. A cela vient s’ajouti sais quelle manie de mèler au récit des citations de la saint Augustinles tire surtout de l'Ancien-Testament,

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principalement dans les passages dont nous parlons qu elles trouvent place. Cette tendance donne au style une bigarrure de mauvais goût ; il en devient lourd et obscur. On y trouve, en outre, une propension à l’antithèse, qui dénote l’ancien rhéteur et nuit au ton de l'ouvrage; c’est assaisonner l'expression avec une profusion excessive. Tout cela prouve combien le goût esthétique faisait défaut, à celte époque en général, et, en particulier, à la patrie de saint Augustin.

Pour intéressante que soit en elle-même une peinture de l'âme telle que l'a esquissée saint Augustin sous la forme énoncée ci-dessus, il y a pourtant, dans le cas présent, un double motif qui en rehausse l'intérêt : c'est, d'une part, le progrès intellectuel de l’auteur, lequel marche de pair avec le progrès moral; et, de l’autre, le contraste historique extraordinaire qui s'affirme entre lès idées païennes et les idées chrétiennes : ce contraste agitait encore le monde à cette date, et 1l arrive à sa plus haute expression, dans les phases diverses du développement historique de saint Augustin. Alors la gnose orientale du manichéisme et la théosophie occidentale du néo-platonisme se dressèrent en face du christianisme, sous l'influence duquel elles s'étaient, soit directement, soit indirectement développées elles-mêmes : saint Augustin n'a-t-1l pas en effet sacrifié aux deux, non moins qu'au scepticisme de la majeure partie des lettrés, le plus terrible ennemi du christianisme, lequel était professé par l’école des académiciens ? Par là cette vie qui nous montre dans une individualité si puissante la victoire du christianisme sur de tels adversaires nous fait, en mème temps, pénétrer du regard le mouvement civilisateur de cette époque et nous en offre singulièrement l'intelligence. Elle nous ouvre même sur l'avenir prochain du moyen âge, je veux dire sur ces temps dans lesquels le christianisme dominait seul les esprits, une perspective moins agréable à l'œil, ilest vrai, mais facile à découvrir si l’on considère le point de vue ascétique et exclusif auquel se place saint Augustin, après la victoire complète du christianisme dans son âme : ni ses aspirations purement spéculatives, ni son sentiment inné pour le beau ne pouvaient être conciliés avec un lel point de vue. C’est ainsi que, dans le livre dixième,

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