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En dimètre iambique, il est vrai, mais catalectique

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mières de Prudence sont rangées selon l’ordre des prières journalières, auxquelles elles sont consacrées, à partir de minuit : 4° Æymnus ad galli cantum, dans laquelle nous voyons l'heure du chant du coq (&kextopsowvlx), citée déjà comme consacrée à la prière dans les constitutions apostoliques. — 2° Hymnus matutinus. — 3° Hymnus ante cibum. — 4° Hymnus post cibum. — 5° Hymnus ad incensum lucernae (1).— 6° Hymnus ante somnum. Viennent ensuite les six dernières qui sont, en partie, composées pour servir dans des occasions ecclésiastiques déterminées. — 7° Hymnus jejunantium. — 8° Hymnus post jejunium. — 9° Hymnus omnis horae, hymne qui célèbre Jésus-Christ, ses actions et ses miracles. — 10° Hymnus ad exequias defuncti. — 41° Hymnus VIII calendas januarias (Noël). — 12° Hymnus Epiphaniae.

Si l’on compare les hymnes de Prudence avec celles de saint Ambroise, on remarque, au premier coup d'œil, une différence générale qui s'étend à toutes les hymnes et qui, du reste, s’accuse déjà extérieurement. Les hymnes de Prudence sont bien plus longues que celles de saint Ambroise : elles le sont de trois à sept fois plus. Celles de l’évêque de Milan ne comprennent que trente-deux vers chacune, celles de Prudence en ont de cent à deux cents; la plus courte n’en a que quatrevingts ilestvrai; mais, en revanche, la plus longue en compte deux cent vingt. On voit par là que Prudence avait moins en vue, ou, du moins, perdit plus de vue que ne le fit saint Ambroise, le côté pratique du culte dans lequel jecomprends aussi la prière journalière faite en commun à la maison. Parmi les hymnes de Prudence, il n’y en a aucune, à notre connaissance,

14. L'une des plus anciennes hymnes qui nous aient été conservées, üuvos og Auyvtxo - pas Thæpôv x. r. 2. était déjà consacrée à cette heure de la prière. V., sur cette hymne, Bunsen, Hippol., II, p. 93,95. —- L'hymne de Prudence n’était pas destinée par l’auteur au samédi saint, quoique, plus tard, l'Église en ait emprunté une partie pour cette solennité. C'est ce que nous apprend l'hymne elle-même, sans parler d’autres motifs : le pronom démonstratif #/la ajouté à nocte, v. 127, nous fait voir que la nuit de Pâques ne peut être comprise, comme présente, de même que la description de l'illumination de l’église au temps pascal, description qui, sans cela, serait ici absurde. Dans cette question de critique littéraire, il fallait d’abord faire appel au bon sens qu’on laisse sisouvent de côté pour ne faire parade que d'une érudition de mauvais aloi.

qui soit employée dans son entier, comme hymne de l’Église ; elle ne les a adoptées que par extraits (1). La raison en est que la poésie hymnique de Prudence est, à tout prendre, moins populaire que celle de saint Ambroise et porte, d'une manière bien plus déterminée, le caractère de la poésie artistique. Prudence chante d’abord, cela est visible, pour sa satisfaction personnellé, non seulement religieuse, mais encore esthétique. C'est ce qui perce dans la variété avec laquelle 1l traite le sujet, dans le mètre, et dans le choix artistique qu'il fait de ce dernier pour les hymnes où il abandonne le dimètre iambique que saint Ambroise’ avait introduit dans l'Église. En cela Prudence ne fait que confirmer, comme nous le-verrons, sa culture esthétique.

Quant à la manière de traiter ce genre de sujets, nous remarquons que Prudence développe et dévoile la conception symbolique qui ne se montre, dans saint Ambroise, que cachée et sous forme d'ébauche ; ce genre symbolique domine le récit surtout dans les deux premières hymnes, lesquelles se rattachent de plus près à celles de saint Ambroise. Si des commentateurs postérieurs, expliquant le chant matinal du dernier, ont pu voir un symbole du Christ dans le coq, le héraut du jour, Prudence affirmera directement ce symbole dans sa première hymne, considérera en même temps le sommeil comme l'image de la mort (2) et verra dans le lever un signe de la résurrection. De là voz ista (vox galli), qua strepunt aves, etc., nostri fiqura est judicis. De mème que le coq nous réveille pour un nouveau travail, ainsi le Christ nous appelle à une vie nouvelle, à la véritable vie. Il est la lumière : la nuit, c’est le péché (3), qui engendra la mort, dont le sommeil est l’image. Au chant du coq, annonçant l'approche de la lumière du jour, les démons, qui se réjouissent dans les ténèbres, prennent la fuite(£). A

| 1. De l'une même, la dernière, on a composé trois hymnes pour le culte. V., par rapport à l'usage ecclésiastique des hymnes de Prudence, Daniel, Thes. hymnol., I, p. 119 sq.; Mone, Lat: Hymnen, I, p. 204 et 377. à \ tie somnus ad tempus datus — est forma mortis perpetis, » v. 25 s. &. V. Également dans saint Ambroise, 1. c. v. 41 : chez lui (v. 9), Lucifer,

cest le Christ; et le coq est noc£urna lux viantibus. V. plus baut p.200. Ii y parle également de saint Pierre. |

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l'heure du chant du coq, le Christ est remonté victorieux enfers : c’est le chant du coq qui mit saint Pierre en garde co le danger. Mais la tendance parénétique qui ici, comme « saint Ambroise, se produit dans tout son jour, réunit tous rapports divers pour les ramener à l’unité. La deuxième hy1 de Prudence a un caractère absolument semblable, mais tefois avec une tendance plus parénétique encore ; elle célt la lumière du jour, comme étant le symbole du Christ : éclaire les cœurs, comme l’autre la nature. Le Christ, pa lumière purifie de la souillure « des nuages noirs de la: du monde. » On sait que le baptème était aussi appelé lumi

En deuxième lieu, Prudence élargit son sujet au mo d'une peinture ou d’un récit ; c’est grâce à ce caractère est tiellement personnel, que ses hymnes ont pris la dimen: dont nous avons parlé. En se laissant aller volontiers à descriptions détaillées du monde concret, il sacrifie au £ du jour; la poésie descriptive dominait alors la poésie pro! elle-même et nous pouvons y voir une marque de la d dence de la puissance créatrice. Prudence sait, il est v lutter souvent avec lapoésie profane par le brillant du colc Ce côté de la narration paraît manifestement dans la troisi: hymne (ante cibum), où il nous dépeint (v. 36 sq.) les r que la nature tient à l'usage de l’homme ; il se montre ent mieux dansla cinquièmehymne(adincensum lucernae),laqu se distingue des autres par la richesse et les images de l’exp sion, soit que le poète nous expose avec une sollicitude cieuse pour l'étude de l'archéologie chrétienne (v. 13 sq. différents moyens d'illumination artistique, flambeaux, cier, lampes, etc. ; soit qu’il nous décrive (v. 413 sq.) les jar embaumés du Paradis ; soit encore qu'il nous rappelle le sp dide éclairage des églises le jour de Pâques (v. 141 sq.) (1 ce genre descriptif vient s’en ajouter un autre qui consis nous faire le récit de sujets tirés de l’histoire biblique, sur de l'Ancien Testament; ces récits, qui occupent une place sidérable, sont symboliques selon le génie du poète et off

4. Le poète rappelle ici (v. 425, sq.) le légende d'après laquelle les p de l'enfer cessent pendant la nuit de Pâques.

fréquemment une signification hypologique. C'est ainsi hymne quatrième (post cibum) nous raconte comment urri Daniel dans la fosse aux lions : cette nourriture est nage du rafraichissement que procure le Christ aux âmes stes renfermés dans le monde et menacés par le démon urne autour d’eux comme un lion rugissant, L'hymne ème, l'hymne de la lumière, nous montre, dans un tadétaillé, non seulement le buisson ardent, mais encore le se des Juifs à travers la mer Rouge, l'engloutissement de on, les cailles et la manne fournissant dans le désert urriture au peuple choisi : cette dernière circonstance nenée d'une manière hypologique à la fête de Pâques. iinsi que nous voyons également, dans l'hymne sur le (H. VI), la prédication de saint Jean-Baptiste au désert stoire de Jonas (elle n’occupe pas moins de soixante : vers !) tenir la plus grande place du poème. L'éloge des s du Christ (Hym. IX) n’est presque qu’un récit ; il est ae ce récit est ramené à une énumération cependant où ir nous décrit, dans un style vraiment poétique, la ite aux enfers et la mort (v. 70 sq.).

st clair que, dans plusieurs de ces hymnes, l'élément e est tout à fait relégué au dernier plan : nous pouvons te voir des exemples analogues dans la poésie lyrique de , notamment dans celle d'Horace. Cette tendance de tique ne pouvait manquer de se faire sentir dans les chrétiens. Toutefois l'élément lyrique se marie quels à celui de l'épopée pour produire un effet dramatique ; 2 qui a lieu pour le récit du martyre des saints Innocents jrode, dans la dernière hymne de la fête de l'Épiphanie sq). On trouve, d'autre part, dans ces hymnes, non 1ent des passages lyriques d’un magnifique élan ({) ou sentiment affectueux et tendre, lequel était l’apanage if de l'âme chrélienne (2); mais on voit encore dans ir ex., la fin de l'hymne Ad incensum lucernae, v. 148 sq : « O res Deus, quam tibi roscidae — noctis principio grex tuus offerat — lua tribuis nil pretiosius — lucem, qua relique praomia cernimus, » etc. si : « Jam maests quiesce querela — lacrymas suspendite, matres, »

hymne funéraire, X, v. 117 sq., de même que : « Salvete flores m,» ete, XII, v. 125 sq.

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un grand nombre d’entre elles, dominer incontestable l'élément puremeñt lyrique. Le choix du mètre y cont puissamment. C’est ainsi que les hymnes qui sont écrites le mètre ambroisien, le dimètre iambique acatalectiq strophes de quatre lignes, réflètent davantage le cars lyrique ; les deux premières surtout et les deux derr (pour la fête de Noël et de l'Épiphanie) rentrent dans ce g On peut y rattacher aussi la sixième, à un degré même particulier; elle est également composée en vers dim iambiques, mais catalectiques, à strophes de quatre li c’est l'hymne « avant le sommeil », si remarquable, et d mètre au rythme coupé et cadencé a je ne sais quoi qui flatte, vous berce, et, du même coup, vous rappelle son ori primitivement, en effet, ce mètre servait à la danse. } mentionnons l'hymne funéraire composée en dimètre ca tique anapestique à strophe de quatre vers.

Le choix du mètre des autres hymnes n'est pas sans sa signification particulière : dans l'hymne « avantle re (Hym. I), l'auteur se sert du trimètre dactylique hype lectique, à l'allure si gaie, avec ses strophes de cinq li dans l'hymne « après le repas » (Hym. IV) au contrai emploie les hendécasyllabiques phaléciens à strophes de lignes à la marche pleine de calme; dans l'hymne brillante la lumière » (Hym.V), nous voyons apparaître l’élégant piade, à strophes de quatre lignes, qui peut-être se ralte une antique tradition relativement à la musique et qt tout cas, nous rappelle le rythme de l’ancienne hymne que sur la lumière, déjà mentionnée (1); l'hymne s jeüne (Hym. VII), où le récit joue un si grand role composée en vers sénaires, à strophes de cinq lignes, mètre si sobre et si simple était alors usité dans la épique et didactique ; l'hymne « après le jeûne » (Hem. V composée en vers saphiques ; l'hymne neuvième enfin célèbre la magnificence des actions du Christ, nous offre lement un mètre heureusement choisi dans le tétramètri

4. V., pour le mètre de cette hymne, Thierfelder, De christian. psc hymnis, p. 33.

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chaïque catalectique, employé aussi de préférence par Sénèque (1), et également populaire et propre à exprimer des actions sublimes. Ce vers, à strophes de trois lignes, produit ici un effet remarquable. On voit par là avec quel art étudié Prudencesait procéder, et comment il sait même souvent obtenir les plus heureux effets.

Si donc, dans ces hymnes du livre Cathemerinon, l'originalité de la poésie lyrique de Prudence repose essentiellement sur la connexion intime qu'elle 8 avec le récit et la description, notre poète devait avoir une vocation spéciale pour la poésie épique-lyrique, telle que nous la trouvons dans le Peristephanon, c’est-à-dire dans les hymnes consacrées à la gloire des martyrs. En effet, ce livre, dont le titre est emprunté à la couronne des martyrs, mérite d'être rangé, entre tous ceux de Prudence, parmi les ouvrages à la fois les plus originaux, les plus importants au point de vue esthétique, et les plus intéressants sous le rapport historique. Il comprend quatorze poèmes très différents pour l'étendue, la forme et le caractère. L'un d'eux, le dixième (Passio Romani), qui ne renferme pas moins de onze cent quarante trimètres iambiques, divisés en strophes de cinq lignes, est, dans plusieurs manuscrits, détaché de ce cycle d'hymnes et inséré, comme ouvrage spécial, parmi les autres ouvrages didactiques et épiques de l’auteur. Mais, d’après le fond et ia forme, il appartient au cycle de ces hymnes, auxquelles Prudence l'a certainement rattaché. On ne saurait, pas contre, en dire autant de la huitième hymne, qui traite, en neuf distiques, d'un «lieu où des martyrs ont souffert et où se trouve, depuis, un baptistère, » ainsi que le dit le titre lui-même. Ce poème, le plus court de tous, a tout à fait le caractère et même le mètre d'une épigramme. Il parle si peu des martyrs qui ont souffert en cet endroit, que c'est à peine si l'on peut deviner avec certitude qui ils étaient. Il nous rappelle aussitôt les inscriptions du pape Damase et nous laisse voir que ce premier précurseur connu de Prudence, dans le domaine de la légende versifiée, lui a montré la voie et lui a peut-être même

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