‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 136 sur 382 · Cf. Luc. Müller, De re metrica, p · texte numérisé non relu

Cf. Luc. Müller, De re metrica, p

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donné l'impulsion pour ce genre de poésie. Ce serait donc

bien à Rome que Prudence aurait conçu l’idée de ce genre | de poésie : les hymnes consacrées aux martyrs ensevelis dans à | cette ville auraient été composées sur les lieux mêmes, ainsi h | qu’elles le laissent entendre directement pour la plupart, ou bien peu de temps après son retour de Rome (1), et seraient : les plus anciennes qu'il ait composées en ce genre. D'autre rt part, vu l'élan que prenait alors le culte des saints, l'honneur 1 qu’on leur rendait au jour de leur fête ou au jour de leur mort (c'était le jour de leur naissance à la vie éternelle et on le | célébrait par un service spécial), 1l'était tout naturel de composer des hymnes qui, s'appuyant sur la légende récitée dans ces fêtes, chantasssent les actions et les souffrances de ces martyrs : telles étaient, en effet, les hymnes de Prudence pour la fête de Noël et pour celle de l'Épiphanie ; elles se rattachaient au récit biblique (2). Dans quelques hymnes du Peristephanon, l'auteur nous met au courant de ce procédé. Ce sont précisément celles qui chantent la gloire des martyrs nationaux, par conséquent, des martyrs espagnols et dont la fète était célébrée dans la patrie du poète. D'après la double impulsion qui a dirigé le poète dans la composition de ces hymnes, nous pouvons les diviser en deux classes, par rapport au sujet, au choix des martyrs. Les héros de l'une sont des Espagnols, auxquels il faut joindre l'Africain saint Cyprien, probablement à cause des rapports ecclésiastiques entre les deux pays (3); ceux del’autre classe sont les martyrs

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1. Ainsi, la première hymne XIV; V. plus loin : de même que la XI. Voir le v. 179.

2. Dans l'hymne de l’Épiphanie, il célèbre en même temps les premiers martyrs, les Saints Innocents. .

3. Ainsi, dans l’Église d'Afrique, on célébrait les fêtes des martyrs espagnols Fructuosus, Vincentius, ete. comme nous le prouvent les sermons de saint Augustin prononcés à cette occasion. — Le jour de fête de saint

Cyprien était aussi célébré en Espagne, ainsi que le ‘dit Prudence, Perist. XIK, v. 237. Quoique Prudence exalte le prestige universel dont il jouissait, il dit pourtant :« Est proprius patriae martyr, sed amore et ore noster. » V. hym. XII, v. 3. Il est bien digne de remarque, en effet, que la 4° hymne iv. 17), consacrée à la série des martyrs espagnols, nous montre saint Cyprien parmi eux.

tombeaux sont à Rome (1), ou encore ceux que visita e dans son voyage à Imola, comme celui de Cassian idroit mème. Voilà ce qui a motivé le choix du sujet. ut aussi, en tenant compte de la manière dont le sujet répartir ces hymnes dans deux classes. De mème ieurement les légendes en prose étaient, comme je l'ai srquer (2), des créations soit purement populaires, soit ment artisliques, ainsi, leshymnesde Prudencesurles ont les unes un caractère plus ou moins populaire, les n caractère artistique qui comporte tous les artifices torique. Ici même, nous voyons le choix du mètre aller avec cette différence du récit, comme dans le Cathe- Le poèle montre souvent dans ce choix une grande le sentiment. C'est ce que nous voyons déjà dansla : des hymnes, si nous passons aux détails. Elle célèsoldats espagnols, deux frères qui souffrirent la mort ment sous Dioelétien pour avoir refusé de sacrifier 2l du paganisme, et pour avoir préféré la milice du alitia Christi) à celle de l'Empereur. On ne conservait de leur légende que le seul souvenir du miracle qui 1 l'occasion de leur supplice. L'anneau de l’un d'eux, de la fidélité, et le livre de prières de l’autre furent en- 18 le ciel. Or, bientôt, possédés et malades trouvent on auprès de leur tombeau. Le mètre de cette hymne du chant des soldats romains, le tétramètre trocaïque Jue, toujours si populaire (cent vingt vers à strophes ignes). Pouvait-on rien imaginer de plus réussi, pour de fèle consacré à ces guerriers chrétiens ? — Le prime donc à cette hymne un certain cachet populaire

& ranger ici manifestement Quirinus (h. VII) dont le corps, d'après des Acta Sanctorum, fut porté à Rome et enseveli dans la catafaliste, à l'époque de l'invasion des Barbares en Pannonie. V. Op c. p. 419, Rem. 3. — Ma remarque précédente sur le choix le classification de ces hymnes confirme l'exactitude de ce rapreste à résoudre que la question du choix de Romanus (Hym. X). 8 spécialement honoré à Rome, à cause de son nom?

s haut, page A7.

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que nous trouvons à un degré bien supérieur (1) dans l’hymne suivante consacrée à saint Laurent. Outre qu'il s’agit ici d’un martyr romain très connu, le dimètre iambique acatalectique, à strophes de quatre lignes, déjà si populaire dans les hymnes. contribue encore puissamment à ce résultat. C'est une des plus longues hymnes du livre ; elle comprend cinq cent quatrevingt-quatre vers. On serait presque tenté de prendre ce poème pour le premier exemple de ballade moderne, tant le récit animé y rappelle, en certains endroits, le ton des ballades du peuple anglais, lesquelles sont, elles aussi, écrites dans un mètre semblable. Fréquemment encore il est assaisonné de cette gaieté fine et spirituelle du peuple, qu’on appelle Aumour. En voici le sujet, dans ses grandes lignes. A l’époque de la persécution des chrétiens, sous Valérien, le préfet de

: Rome, dévoré d'’avarice, fait citer à son tribunal le diacre

Laurent, trésorier de l'Église romaine, afin de s’en faire livrer les trésors, les vases précieux et l’ « argent abondant : » les chrétiens, dit-il en effet, consacrent toute leur fortune à l’Église même au préjudice de leurs enfants. Sur toutes les monnaies, c'est l'effigie de l'Empereur que l’on voit, et non celle du Christ; ils devraient donc obéir aux ordres de ce dernier et donner à l'Empereur ce qui est à l'Empereur. A ce discours plein çà et là (2) d'ironie et de sarcasme, Laurent répond que l'Église est en effet très riche, bien plus riche même que l’Empereur en personne, et qu'il veut en offrir au préfet tous les trésors. Il demande seulement un court délai alin de pouvoir les classer. Transporté de joie, le préfet accorde le délai de grand cœur. Laurent se hâte de parcourir la ville pour réunir tous les infirmes qui reçoivent des aumônes de l'Église. Le poète nous montre ensuite, dans un tableau pittoresque, les aveugles, les paralytiques, les boiteux, les lépreux, les perclus,

4. C'est ce que le poète veut donner peut-être lui-même à entendre dans les paroles qu’il adresse au Saint, en terminant . « Audi poetam rusticum.. » V. 574.

2. Par ex., v.77sq.« Addicta avorum praedia — foedis sub auctionibus — successor exhaeres gemit — sanctis egens parentibus. — Hoc occuluntur abditis — ecclesiarum in angulis — et summa pietas creditur — nudare dulces liberos. »

s’avançant d’un pas chétif et mal assuré. Voilà les trésors, les vases d’or que le Saint a catalogués et qu'il montre, dans le sanctuaire, au préfet qui attend. Ce dernier, plein de rage, ne trouve mot à répondre. Alors, le saint diacre lui demande ce qui lui déplaît et pourquoi tant de colère. Il fait observer que d'ordinaire on tire l'or lui-même des scories, et que la maladie du corps est bien moins à craindre que celle de l'âme. Il développe cette thèse avec une joyeuse bonne humeur : le fanfaron, dit-il, souffre de l'hydropisie, l’avare de crampes au poignet, l'ambilieux de la chaleur fébrile, le bavard enfin, qui a la démangeaison de dévoiler les secrets, de la gale spirituelle ; mais toi, ajoute-t-il, en s'adressant au préfet et faisant un jeu de mots qu'il est impossible de traduire, toi, qui gouvernes Rome (1), tu souffres du morbus regius, de la jaunisse. — Pour se venger de ce mépris, le préfet condamne Laurent à être grillé à petit feu. « Conteste donc, poursuit-il malicieusement, si tu en as envie, l'existence de mon Vulcain. » Même sur le gril, Laurent ne perd pas sa bonne humeur'; il se fait retourner, comme le’cuisinier retourne un rôti. Ce poème ne manque pas de passages élevés et pleins d’élans; abstraction faite du début, signalons spécialement la prière où saint Laurent déroule, d'une manière prophétique, l'avenir de Rome. En terminant, le poète demande au saint diacre son intercession. Ainsi faisait Damase, dans ses poèmes à la gloire des Saints. :

Le style des deux hymnes suivantes a un tout autre coloris. La troisième même, en l'honneur de sainte Eulalie de Mérida, offre un intérêt littéraire et historique particulier, car le plus ancien poème français qui nous ait été conservé chante également cette sainte et présente, avec celui de Prudence (2), des rapports au moins indirects. L'héroïne est une jeune fille de haute lignée, à l'âme ardente, qui court d'elle-même au devant du martyre. Elle quitte, la nuit et secrèterhent, la maison de campagne de son père; elle court à travers champs dans la ville, afin d’insulter aux dieux devant le tribunal. Le préteur

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