‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 151 sur 382 · V. 60; cf. aussi XIV, surtout le v. 55 sq · texte numérisé non relu

V. 60; cf. aussi XIV, surtout le v. 55 sq

3. De Arrrèç et 6x, en vue des deux Testaments d'où le sujet était Le titre Diptychon, qui se trouve dans deux manuscrits du xvi° siècle près Dressel, p. 470), ne parait être qu'une conjecture savante du sièc Humanistes. Vouloir expliquer Dittochaeon comme une faute d'écriture Diptychon, semble une entreprise malheureuse.

tions. Dans son Cathemerinon, il imprime à l’hymne ambroisienne, le caractère de l'ode chrétienne, en la tirant du domaine purement liturgique, pour en faire un produit de l’esthétique et de l’art; son hymne perdait quelque chose sans doute, sous le rapport de la popularité et du chant, maïs elle devenait un produit artistique d'un genre indépendant et spécial. Dans son Peristephanon, il créa en partie des poésies lyrico-épiques, qui montrent un genre artistique inconnu à l'antiquité, tout nouveau par conséquent, qui va être reproduit dans la poésie populaire du moyen âge et qui survit encore dans la poésie artistique moderne. C’est là que Prudence s'affirme surtout comme écrivain original. D'autre part, il ne montre pas une moindre variété dans ses poésies polémico-didactiques ; les deux premiers poèmes seuls ont un style uniforme. Quoi qu'il ait eu pour les écrire, comme pour les livres contre Symmaque, des modèles en prose, 1l s’y meut néanmoins avec plus ou moins de liberté créatrice. Mais la Psychomachie est à son tour une création tout originale qui livre au moyen âge une nouvelle forme artistique. Combien après cela le païen Claudien, son contemporain, est réduit à un rôle inférieur, si l’on considère cette originalité de Prudence ! Et pourtant, il l'emporte beaucoup par la grâce et la pureté de l'expression et du mètre, sur le poète chrétien.

Dans les œuvres de Prudence nous voyons apparaître une poésie absolument chrétienne, non seulement dans les idées chrétiennes qu'elle réflète, mais encore dans l'interprétation et l'emploi du phénomène sensible comme symbole de la pensée, et aussi dans l'expression plus immédiate et plus riche de l'âme. Mais cette production chrétienne repose sur une base nationale et romaine : nous avons eu l’occasion de faire déjà celte remarque, en parlant des Apologistes. Malgré son christianisme, Prudence resta lui-même un patriote romain et conserva toujours un sentiment très vif pour la grandeur de l'immortelle Rome, que le christianisme ne devait que rajeunir ; dans sa poésie, c'est le Romain qui parle tout autant que le chrétien. Son Hamartigénie, où la pensée la plus abstraite sait se revêtir souvent d'une forme vraiment poétique, nous rappelle l'ouvrage classique de Lucrèce. Le génie romain se

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mouvait à l’aise dans ce champ de la poésie didactique ; c’était son domaine ; c'est là que Rome a cueilli ses lauriers les plus beaux et les plus appropriés à sa nature. J'ai déjà fait remarquer plus haut combien ce côté instructif et moralisateur de la poésie hymnique chrétienne-latine était propre à l'esprit romain, et combien il nous rappelle un côté semblable de l'ode chez Horace ; j'ai dit aussi que l’allégorie aime à se montrer même dans l'art romano-païen. Mais c’est surtout dans l'influence de l'éloquence que le caractère national et romain de la poésie de Prudence se révèle dans tout son jour : cette influence se manifeste avec ses bonnes comme avec ses mauvaises qualités. Quelques beaux passages, surtout dans leslivres contre Symmaque, où l’éloquence est si bien à sa place, nous rappellent la puissance oratoire d’un Cicéron, d'un Tite-Live, d’un Virgile. Je cite aussi Virgile, car la poésie latine et spécialement l'épopée, celle de Virgile ou celle de Lucain, lépopée mythique comme l'épopée historique, est en partie l’œuvre de l'éloquence. Mais l’éloquence s'affirme encore, chez Prudence, sous la forme d'une rhétorique verbeuse : nous le cons- * tatons pour maintes longues harangues enclavées dans le Peristephanon. A la place d’une diction poétique, nous voyons assez souvent apparaître une longue suite de mots, qui n’attestent que de l’art et de la rhétorique. — D'autre part, dans cette poésie chrétienne se maintient encore le génie classique en général par la force de la démonstration concrète et celle de la peinture plastique ou pittoresque. Il n’y manque que la pureté du style artistique et la finesse du goût : or, c’est surtout dans la description détaillée des tortures et des souffrances des martyrs que se manifeste cette absence ; aussi l’avons-nous blâmée plus haut. Mais cette crudité qu’on y remarque ne doit nullement être mise au compte du christianisme qui aurait seul exercé une influence délétère sur l'esthétique : il faut plutôt l’attribuer, et cela dans une part au moins égale, à la nature romaine, chez qui tout l’hellénisme n’avait pu parvenir à faire disparaître une certaine rudesse, une certaine férocité, qui semblait innée en elle. Qu'on tente de comparer seulement les tragédies de Sénèque : encore, la reproduction matériellement fidèle de scènes écœurantes n’a-t-elle pas mème là les

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