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mètres, Paulin répond par une épiître de quarante-huit hexamètres et de vingt iambes (trimètre et dimètre alternant), dans laquelle il esquisse un touchant tableau de l'amour plein de piété filiale qu'il a toujours témoigné à Ausone, Il l'assure, en termes remplis d'enthousiasme, que la séparation des corps n'amènera jamais pour lui la séparation de l'esprit, et qu'il l'aimera toujours, mème par delà le tombeau. Ce poème, complètement animé par l'esprit chrétien, laisse voir une tendresse de cœur telle, que tout doute devait se dissiper à sa lecture.
Cettre lettre était la deuxième de saint Paulin. Le contenu de la première la rend plus importante : des deux épitres d'Ausone auxquelles il répond et dans lesquelles Ausone se plaint du silence de l'ami, l’une, la plus courte, laisse encore entendre la note de la plaisanterie. Ausone suppose que c'est la crainte de Thérasia qui empèche- Paulin d'écrire, et il lui fait part en conséquence d’un procédé de correspondance à l’aide d'une écriture chiffrée. L'autre épître d’Ausone est, par contre, en grande partie une œuvre de véritable poésie. Le barbare lui-même rend le salut qu'on lui donne, dit le poète en débutant, et au milieu du cliquetis des armes, on entend le Salve. Les rochers, eux aussi, répondent à l’homme. La nature entière parle; et il développe ces idées dans des vers pleins de charme. Toi seul, tu gardes le silence quand deux lignes suffiraient. Les montagnes boisées du pays basque et la maison de neige des Pyrénées ont-elles donc changé tes habitudes? Mieux vaudrait encore que le Carthaginois dévastät de nouveau l'Ibérie. Qu'il n’entende jamais plus les douces chansons du chantre ; qu’il ne trouve plus de plaisir aux voix de la nature, celui qui t'a conseillé de garder le silence; qu'il perde lui-même la voix. En terminant, Ausone conjure les Muses de lui ramener leur poète. C'est à cette finale que Paulin rattache sa réponse, qui débute par une introduction en neuf distiques, suivis de quatre-vingt-quatre iambes (trimètre et dimètre alternant) et de deux cent vingt-neuf hexamètres. Paulin déclare qu'il a dit adieu à la muse païenne. Le cœur consacré au Christ, s’écrie-t-il, se refuse aux Muses et demeure fermé pour Apollon. Ure autre force, un Dieu plus grand,
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agite maintenant ses sens ; et ce Dieu défend de se consacrer à la vaine poésie des mythes. L'art des rhéteurs et les inventions des poètes ne font que voiler la lumière divine qu’il nous faut voir; tout cela remplit le cœur d'erreurs et de vanité et instruit seulement la langue (4). Cet art et ces inventions ne dévoilent pas la vérité, dont la lumière est le Christ.— Il chante ensuite la gloire du Christ : il renouvelle notre sentiment; il tarit tout ce qui auparavant nous donnait tant de plaisir. La foi en une vie à venir, dans la société de Dieu, détruit les vaines passions de la vie présente. — Paulin se défend ensuite de l'accusation de gaspiller ses biens, qu’il ne fait que placer chez le Christ, ainsi que du reproche de manquer de piété
filiale, et il déclare combien il est redevable à Ausone. —
Dans les hexamètres qui suivent les iambes, il prie l’ami de ne
pas s'adresser aux Muses mais au Christ qui tient et meut les :
cœurs. Si sa manière de faire déplaît à Ausone, c’est à celui-là seul à porter la faute qui a changé ses sentiments : il ne fait pas difficulté de reconnaître qu'il n’est plus le mème qu'autrefois, mais c'est autrefois — et non maintenant — qu'il était « à l'envers » (perversus), sans qu'on le crût tel. Cependant, s’il a fait quelque chose d'agréable à Dieu, c'est à Ausone, son maître, qu’en reviennent tout le mérite et la gloire. Paulin lui reste toujours dévoué. Au surplus, il n'est pas anachorète, quelque digne d'envie que soit le sort de ces derniers; il vit plutôt sur la riche terre d’Espagne; à ce sujet, il s'étend sur la description de ce pays, inconnu à son ami. Il dit ensuite
qu'un changement en bien ne mérite que des éloges et qu’il
lui est égal de passer pour fou aux yeux de ceux qui pensent autrement que lui, pourvu qu'il soit sage devant Dieu; il ajoute que la pensée du jugement dernier le fait à temps rentrer en lui-même.
1. Vocare vanis otio aut negotio Et fabulosis litteris Vetat, suis ut pareamus legibus, Lucemque cernamus suam :
Quam vis sophorum callida arsque rhetorum et Figmenta vatum nubilant, Qui corda falsis atque vanis imbuunt Tantumque linguas instruunt. V. 33 sq.
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. Cette épître, qui offre un grand intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation, est aussi vraiment poétique dans ses développements, surtout dans la partie écrite en vers iambiques et que Scaliger ne craint pas d'exalter, bien qu'il y mette une nuance d'exagération; mais cette poésie échappe à la brièveté de l'analyse que nous avons donnée. Ellè renferme une hymne au Christ et de cette hymne déborde toute la puissance d'inspiration dont le christianisme remplissait alors le cœur des lettrés qui avaient soif de l'idéal et qui se donnaient à lui sans réserve. C’est là qu'ils trouvaient une source fraîche et riche de cet idéal, alors que toute autre était tarie ou troublée. Ce principe de pure humanité, dont l'hellénisme avail posé les bases et que le christianisme devait ennoblir plus tard, . s'élève ici déjà en vainqueur au-dessus des contrastes hostiles . des idées païennes et chrétiennes de cette époque; par là, cet écrit de saint Paulin reçoit encore une plus haute consécration que par l'urbanité pleine de tact qui distingue cette correspondance et qui montre pourtant déja comment le midi de la Gaule était destiné à devenir un asile pour la formation de la vie sociale du moyen âge.
Donc, après avoir renoncé à la poésie profane, Paulin ne laissa pas de que s’essayer dans la poésie religieuse, attiré qu'il y était par son talent pour la forme et par une sensibilité aussi “vive que mobile. Parmi ces poésies chrétiennes, il y en a une qui, par le nombre des vers et, en partie aussi, pour le fond, occupe sans conteste lapremière place : c'est un cycle de poèmes panégyriques en l'honneur de saint Félix. Il était son patron et 1l lui consacra un poème en hexamètres au moins pendant quatorze ans de suite (1), depuis l’an 394, où il faisait des préparatifs pour se rendre à Nole, au jour de sa fête, le 14 janvier. De ces Carmina natalitia — aïnsi appelés parce que le
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1. A moins d'en admettre quinze en se basant sur le passage du livre de Dungalus, De cultu imaginum (du 1x° siècle) : « Paulinus, episcopus, vir | eruditissimus et sanctissimus, sicut et multi de eo testati sunt, nobilem librum XV carminibus distinctum in honore et laude S. Felicis Martyris, edidit, » quoique Dungalus lui-même, ainsi que le montrent ses citations, | ait compté pour deux ie poème XIII. Tout dépend de savoir si l’on veut faire rapporter « Testat » aussi au nombre XV.