‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 158 sur 382 · CARMINA NATALITIA DE S. FELICE · texte numérisé non relu

CARMINA NATALITIA DE S. FELICE

jour de la mort des’saints est considéré comme leur jour de naissance à la vie éternelle (4), = treize seulement ont été conservés en entier, et l’un d'eux par fragments (2). L'étendue, comme le contenu et le caractère en sont tout différents ; la tendance seule à glorifier le saint reste partout la même.

Dans le premier poème (trente-neuf hexamètres), le poète

demande au saint de lui accorder un heureux voyage à Nole ;

dans le deuxième (trente-six hexamètres), 1l le remercie d'a-

voir exaucé sa prière ; il songe, après avoir échappé aux tempêtes de la mer de la vie, à aller se reposer pour toujours auprès de son tombeau, comme dans un port tranquille. Dans le troisième (trente-cinq hexamètres), le poète décrit la fète du saint, le pèlerinage grandiose qu'on fait à Nole de toutes les parties de l'Italie, ainsi que l’église ornée de fleurs et resplendissante de lumières. Les deux qui suivent (Carmina IV, trois cent soixante et un hexamètres, et V, deux cent quatre-vingtdix-neuf hexamètres) offrent un fond plus riche : nous y trouvons le récit de la vie du saint, récit qui ne manque pas de charme légendaire et poétique. C'est ainsi que nous y lisons par exemple (IV, v. 271 sq.) comment Félix, qui n’était alors que prêtre, sauva la vie à son évêque, lequel avait fui pendant la persécution et se mourait d'inanition dans un bois : ce fut au moyen d'un raisin qui, par ordre de Dieu, poussa sur an buisson ; il le prit ensuite sur ses épaules et le porta dans sa maison. Îl nous raconte encore comment Félix fnt en outre protégé contre ses ennemis par une araignée qui tissa un filet devant l'entrée du lieu qui lui servait de retraite (V, v. 82 sq.). Malgré les développements oratoires et une certaine verbosité auxquels saint Paulin s’abandonne dans ces deux poèmes, on aime à suivre son récit facile, coulant, et exempt de l’enflure qui règne dans le style du panégyrique. Il en est de même dans le suivant, le sixième (quatre cent soixante-neuf

4. C'est ce que dit Paulin lui-même, Carm. natal., VIIL v. 14 sq. et XIII. v. 116 sq.

2. XI-XIIL furent d’abord retrouvés en entier par Muratori et publiés dans ses Anecdota ; auparavant, on n'avait que des fragments des poésies XI et XII! dans les citations de Dungalus. Celui que nous ne possédons qu’en partie se trouvait aussi par fragments dans le livre de Dungalus.

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hexamètres), où le poète, après avoir fait le récit de la sépulture du saint, passe aux miracles qu'il opéra après sa mortet se contente d'en raconter un seul dans tous ses détails. On avait volé à un pauvre paysan une paire de bœufs qu'il aimait à l'égal de ses enfants. Il adresse à Félix une prière presque menaçante et le saint les lui fait retrouver. C’est là un portrait de mœurs des plus attrayants, peint avec de fraîches couleurs et qui nous montre avec quelle rapidité le culte des saints devint populaire dans la basse Italie. Le septième Carmen (trois cent trente-cinq hexamètres) traite, lui aussi, des miracles du saint qui ont lieu surtout au jourde sa fête (4). Dans le huitième (quatre cent vingt-sept hexamètres), qui traite également le même sujet (2), le poète a peur des Goths qui ont pénétré en Italie et compte sur le secours de saint Félix. Les neuvième et dixième de ces poèmes (six cent quarante-sept et trois cent vingt-cinq hexamètres) ont encore un intérêt tout particulier, en ce qu'ils nous donnent une description approfondie de la reconstruction de l’église de Saint Félix, telle que Paulin la fit exécuter. L'ornementation picturale, dont ils traitent en détail (3), et qui était encore une rareté à celle époque, comme. le poète lui-même le fait observer, est fort remarquable. Il en est de même (IX, v. 402, sq.) des reliques qui se trouvaient sous l'autel; le catalogue qu'ilen dresse montre à quel degré d’exagération était déjà arrivé le culte qu'on leur rendait. Le onzième poème sur la naissance de saint Félix (sept cent trente hexamètres) a également, dans sa première partie, un intérêt plus général sous le rapport de l’histoire de la civilisation ; le récit lui-même ne manque pas d'élévation,

4. Le début seul de ce poème peu intéressant est digne de remarque ; on se sent attiré par la peinture de l'approche du printemps et par celle du chant du rossignol, charmes que le poète souhaiterait à ses chants.

2. On y trouve le récit détaillé de l’histoire d’un possédé, v. 302 sq.

3. IX, v. 511 sq. Cf. X, v. 170 sq. Les tableaux étaient accompagnés de légendes (tituli) v. IX. v. 584; Paulin fit faire ces peintures, ainsi qu’il nous l’apprend, afin d'occuper les pèlerins de la campagne, qui, au jour de la fête du Saint, accouraient à son tombeau ; en considérant ces tableaux, ils avaient moins de temps à penser au boire et au manger. Par rapport aux sujets bibliques de ces peintures, v. Brockhaus, Prudence, p. 274. sq., et cf., sur l’architecture de l'église elle-même Ep. 32 et Buse, Paulin, 11, p. 68 sq.

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