‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 16 sur 382 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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sauvages, pleine d’une énergie sans repos, une oature impériale de l’ancienne Rome », le caractérise très bien sans doute, mais d'une manière cependant incomplète; il a oublié en effet sa sensualité punique : c'était là un héritage de sa patrie, peutétre même de sa mère; quoi qu'il en soit, cette sensualité renforçait grandement, chez lui, le réalisme romain et paralysait entièrement l'hellénisme de la culture romaine. A cela venait s'ajouter une imagination orientale qui, malgré l'hostilité de cet éminent réaliste pour la philosophie, le faisait pencher vers les spéculations transcendantales. Sa vie fut un combat continuel, un combat contre les autres et un combat contre lui-même. À peine devenu chrétien, il tire le glaive tant contre le paganisme que contre son propre passé, bien qu'il dût, en grande partie, à ce dernier le bénéfice de son éducation. Il combat le paganisme avec l'ardeur enthousiaste d’un converti, et dans sa haine contrele vieil homme qu’il vient de dépouiller, il rejette, non seulement la religion et l’état païens, mais aussi la philosophie, l'art et la httérature. Cette contradiction devient plus grande encore et plus accentuée par le combat qu'il livre contre la gnose, basée sur le dualisme païen : bien plus, ce combat lui fournit l’occasion de passer au montanisme, autre extrême de la religion chrétienne, entièrement opposé à la gnose, l'un en effet s’est développé sur une base hellénique, et l’autre sur une base juive. Devenu montaniste, Tertullien n’en est que plus hostile à l'hellénisme; et comme il s'engage, en même temps, par ses attaques contre l’Église catholique, dans une nouvelle lutte et une contradiction nouvelle, il se trouve obligé de faire front de deux côtés. C'était tomber une fois de plus en opposition avec son propre passé; car, plus que personne, il avait combattu l’hérésie avec grand succès et donné à l’Église chrétienne, dans le principe de la tradition, une arme invincible contre toutes les sectes. Mais c'est dans le montanisme seulement que l'originalité de sa nature atteint son développement le plus complet, et il faut bien le dire, le plus extrême. Son réalisme en effet apparaît ici poussé aux dernières limites ; aussi arrive-t-1l parfois qu'on ne le distingue pas sans peine du matérialisme; témoin cette phrase : Nihil est incorporale nisi quod non est, car omne quod est, corpus est

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