‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 163 sur 382 · Ep. XVI · texte numérisé non relu

Ep. XVI

[298-9.] AD JOVIUM. PROSE ë

épitre poétique, laquelle, selon toute apparence, se rattach àlalettre en prose(1).Au lieu de chanter le jugement de Pa et les guerres fabuleuses des Géants, ce qui n'est qu’un : convenable tout au plus pour un enfant, que Jovius, dit P4 lin, prenne pour sujet de ses vers les vrais miracles de Dic c’est par là qu'il l’approchera de plus près et lui sera p agréable. Il le renvoie à des sujets de l'Ancien et du Nouve Testament. Le premier l’instruira sur l'origine du monde sur la direction immédiate de l’homme par Dieu et non le hasard. C’est ainsi que Paulin, ici comme dans sa premi lettre à Ausone, rompt une lance contre les mythes décré} de lä poésie profane.

Et pourtant saint Paulin ne nie point, comme poète ch tien, que c’est avec cette poésie profane qu’il est entré dan: carrière; par les poèmes qui nous restent de lui, il se rattat le plus souvent, comme nous l'avons vu, aux genres et # formes qui régnaient précisément alors dans la poésie profa et nous le voyons cultiver avec amour la poésie panégyric et épistolaire et composer mème un épithalame chrétien. son langage poétique marche de pair avec ces œuvres et rattache à la meilleure poésie profane de cette époque; € est plus pure, elle reste plus fidèle à la tradition, mais il manque aussi la hardiesse, la force créatrice et la richesse la langue de Prudence. Le jet facile et sans apprèt du discou qui est ici soutenu par un vers qui coule sans entraves et n mène que trop souvent le poète à des digressions verbeus se retrouve tout aussi peu dans la prose de Paulin que la si plicité relative et la pureté de l'expression. Les ouvrages prose consistent dans une série de lettres qui renferment é; lement un sermon et qui çà et là prennent l'extension de pel traités (2); tous les autres écrits en prose de Paulin, ce

4. C'est ainsi que dans une lettre à Licentius, fils de Romanianus ( VII), Paulin passe de la prose aux distiques pour exhorter à l'ascétime ancien élève de saint Augustin et le prémunir contre les influences pe

cieuses de Rome ; ce poème, dont il renonce à parler plus au long, esti ressant sous ce dernier rapport. Au reste, les épitres d’Ausone nous off

-aussi de semblables mélanges de prose el de vers.

2. Par ex. Ep. 42, ad Amandum :« De Dei gratia»; Ep. 24, au même, l'Évangile de saint Jean; Ep. 31, ad Sulpit. Severum : « Historia revel et inventae crucis, » $ 3 sq.

mêmes qu'on vantait encore à la fin du ve siècle, sont perdus : par exemple, un panégyrique de Théodose, un livre De poenitentia et De laude martyrum (1). Dans ces lettres, non seulement la construction de la phrase est le plus souvent lourde, embarrassée dans des périodes longues et fréquemment pesantes, mais l'expression même est recherchée, maniérée, impropre (2), et l'affectation de l'auteur à enclaver des citations de l'Ecriture sainte et à se servir de phrases etde tournures bibliques ne contribue pas peu à ce résultat. Au surplus, le style nous rappelle l'école de rhétorique de la Gaule, qui aimait à chausser le cothurne et à se parer des fleurs du discours (3); un poète ne pouvait être que trop porté à s'approprier ce style. Le sermon qui nous a été conservé à la suite d’une lettre {Ep.

34) est écrit, ce qui mérite d’être remarqué, dans un style

plus simple, vu qu’il semble avoir élé composé pour un public illettré et mème, à en juger par l'exorde, pour des gens de la campagne (4). La chaleur de l’intime conviction qui parle dans ce discours sur l'aumône, sujet si cher au cœur de saint Paulin, saisit encore aujourd hui et attire en même temps le lecteur.

Parmi les Lettres, au nombre de cinquante environ, la plupart (quatorze) sont adressées au plus ancien et au plus tendre ami de Paulin, à Suipice Sévère, que nous aurons à étudier comme auteur chrétien; dix à Amandus, prêtre de Bordeaux et qui avait eu une si grande part à la conversion de Paulin, ainsi que s'exprime ce dernier; cinq à Delphin, évèque de cette ville; quatre à saint Augustin, et enfin une

4. Ce sont ceux que Gennade (1. c.) fait surtout remarquer, en citant l'ouvrage nommé en dernier lieu : « De laude generali omnium mertyrum » (sic). Paulin rappelle lui-même le panégyrique à la fin de l’Ép. 28, dans les termes suivants, qui le caractérisent : « Ut in Theodosio non tam imperatorem quam Christi servum, non dominandi superbia, sed humilitate famulandi potentem, nec regno, sed fide principem praedicarem. » Saint Jérôme (Ep. 58, $ 8) en parle en détail et avec de grands éloges.

2. Cela cadre mal, il est vrai, avec le iugement de saint Jérôme (Ep. & ad Paulinum), où il est dit : « In epistolari stylo prope Tullium repraesentas. » Ou ces lettres de Paulin à saint Jérôme étaient mieux stylées qu'elles ne le sont aujourd'hui, ou bien ce n’était qu’un coup d’encensoir.

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