‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 175 sur 382 · V. p'us ioin, p. 345, rem · texte numérisé non relu

V. p'us ioin, p. 345, rem

pour nous une si haute importance. Ce fut seulement en 377 qu'il suivit son amie à Jérusalem, pour y fixer sa résidence. Il vécut, en effet, pendant vingt années sur le mont des Oliviers, en qualité de moine. Pendant ce temps il eut avec saint Jérôme, qui s'était également retiré à Jérusalem, les discussions les plus violentes au sujet d'Origène. Après s'être réconcilié avec le saint Docteur, il revint, en 397, en Italie : Mélanie l'y accompagna. Mais la paix entre Rufin et saint Jérôme devait être de courte durée. En traduisant du grec un mémoire justificatif d'Origène ainsi que son ouvrage Ileot &pyüv, lequel est précédé d'une préface où il rappelait les éloges que saint Jérôme avait accordés autrefois à cet écrivain, il provoqua une lutte littéraire où les deux champions échangèrent par écrit les propos les plus vifs. De retour d'Orient, Rufin vécut, en grande partie, à Aquilée où il s’occupa de travaux littéraires jusqu’à ce que l'invasion des Wisigoths le contraignit à fuir vers le sud. C’est à Aquilée que la plupart des œuvres qu'il a éditées lui-même virent le jour. Il mourut à Messine, en #10. |

Le nombre de ces publications est assez considérable ; la majeure partie consiste en traductions du grec et principalement d'ouvrages purement théologiques : citons, par exemple, ceux de saint Basile le Grand (entre autres, ses Règles monastiques), de saint Grégoire de Nazianze, de saint Clément de Rome et surtout d'Origène. Parmi ces ouvrages, il y en a de très importants, tel que le Ile asyüv cité plus haut et les Recognitions Clémentines, livres qui ne nous ont élé conservés que par la traduction de Rufin. Rufin était donc avant tout un traducteur (1). C'est comme tel qu'il nous apparaît pour les deux ouvrages qui seuls doivent nous intéresser dans cette étude, parte qu’ils ont une importance générale par rapport à l'histoire et à la littérature : l’un deux du moins est en grande partie une traduction. Je veux parler du remaniement de l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe (2), le premier ouvrage de ce

1. C’est ainsi que le caractérise Gennade lui-même, c. 17: « Rufinus, Aquileiensis ecclesiae presbyter,non minima pars fuit doctorum ecclesiae, et in transferando de graeco in latinum elegans ingenium habuit. »

2. Ecclesiasticae historiae Lusebit Pamphili libri IX Ruffino Aqui-

genre : Rufin avait entrepris ce remaniement à la prière de Chromatius, évêque d'Aquilée et ami de saint Jérôme, pour consoler les chrétiens éprouvés par l'invasion d’Alaric (1). En leur mettant devant les yeux l'histoire de l'Église dans le passé, il se proposait de leur faire oublier les tristesses de l'heure présente. Cet ouvrage de Rufin fut donc composé de 402 à 403. L'auteur ne se born pas à faire pénétrer dans des cercles plus grands de l'Occident le travail d'Eusèbe, mais il le continua de l'année 324, date que n'avait pas dépassée l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, jusqu'à la mort de Théodose le Grand (commencement de 395). En y ajoutant deux livres (X et XI), il réduisit à neuf les dix livres qu'avait écrits Eusèbe. Il laissa de côté, en effet, les longs documents qui formaient la partie principale du dernier livre d'Eusèbe, et il fondit dans le neuvième livre lout ce qui en restait. - Cette manière de procéder indique déjà que le travail de Rufin n'est rien moins qu'une traduction fidèle. Ainsi que l’a montré Rimmel dans une étude détaillée et très approfondie, il use d’une grande liberté avec son original. Il se laisse domi-B ner notamment par une tendance qui était propre à l'historiographie de son temps, celle qui consiste à abréger. A l'encontre de l'original, il vise non seulement à donner de la concision à ses termes, mais il va jusqu'à omettre tout ce qui ne luisemble pas être nécessaire pour le récit historique, comme les pièces justificatives ou des faits qui lui paraissent ne pas cadrer avec À le récit : sous ce dernier point de vue, ce n’est pas seulement une critique littéraire qu'il fait, mais c’est une censure théologique qu'il applique {2). Cette tendance à abréger se manifeste aussi généralement dans les derniers livres qu’il a com-

laiensi interprete ac duo ipsius Raffini libri…. Ad Vatican. mss. codd. exact. notisque illustr. labore ac studio P. Th. Cacciari. Rome, 1740, in-& (accompagné d'une dissertation : De vita, fide ele. Rufini). — Rimmel, De Rufino Eusebii interprete. Gera, 1838.

1. « Tempore quo, diruptis Italiae claustris ab Alaricoduce Gothorum, se pestifer morbus infudit, et agros, armenta, viros longe laleque vastavit. Proëmium Ep. ad Chromatium. »

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