‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 183 sur 382 · DIALOGUES 357 À · texte numérisé non relu

DIALOGUES 357 À

d'absence, revint de l'Orient. Celui-ci raconte donc l’his- 5 toire de son voyage et parle surtout de la vie des ermites et des moines d'Égypte, en sorte que nous trouvons ici un | autre récit contemporain, mais indépendant de l'ouvrage Vitæ - Patrum : ce récit de la vie érémitique et monastique, plein de 5 vie et de réalité, nous montre la fraîcheur de la tradition orale. | Après avoir terminé son récit, coupé seulement par quelques rares interruptions, où l’appétit extraordinaire du Gaulois : sert de prétexte à de froides plaisanteries, Postumianus in- :: vite Sévère à raconter à son tour quelque chose sur saint Martin ; il le prie au nom de ses lecteurs en Orient de vouloir bien suppléer à ce qu’il a omis dans la Vie (1). Là-dessus, Sévère déclare que toutes les merveilles qu'ont accomplies en particulier les Saints du désert sont facilement égalées par les seules actions de cet homme dont la gloire est bien différente : c’est à quoi il songeait en silence pendant tout le récit de Postumianus ; ce dernier, en effet, n’a pas dit qu'aucun d’eux ait rappelé un mort à la vie, et si l’un deux croyait recevoir la visite des anges, saint Martin avait avec ceux-ci une conversation quotidienne (2). — On peul constater ici que la jalousie des moines, cherchant un honneur dans l'élévation de leurs ' Saints aux dépens de ceux des autres cloîtres, devint un motif L d’exagération, voire de mensonges, dans le récit de leurs actions. Sévère refuse néanmoins de donner lui-même le supplément désiré, parce que peut-être il n’aimait pas à endosser la responsabilité de maintes histoires miraculeuses : apparemment il se laissait surtout arrêter par le côté esthétique de la narration, attendu qu'il se mêle parfois à ces faits quelques détails peu sérieux : il exhorte donc le Celte a donner le Supplément, car, en sa qualité d'élève immédiat du Saint, il doit en savoir encore plus que lui. Celui-ci, après s'être un peu fait prier, finit par consentir (c. 27) (3).

1.-C. 23, 7. Ici les Dialogues sont directement considérés comme un sup-

plément à la Vie.

2. On lit également, Dial. I, c. 2 : « Nova Postumianus expectat nuntiaturus Orienti, ne se in comparatione Martini praeferat Occidenti. »

3. Lei se trouve le passage si connu et si intéressant au point de la lin-

guislique. où le Gaulois exprime l'horreur qu'il éprouve à parler latin en compagnie d'Aquitains.

Avecla seconde partie du premier dialogue commei des miracles de saint Martin. Cette seconde partie « à tort, considérée antrefois comme un dialogue deuxième. A côté d'histoires puériles, ainsi que no remarqué, histoires qu'un Celte seul pouvait alor: comme des miracles, on trouve cependant des dé ressants et pleins d'importance pour la biographie : pour la connaissance de la vie du cloître à cette époi nombre sont les rapports de saint Marlin avec les : Valentinien et Maxime (Ib. c. 5 sq.); les relations d avec les femmes (Ib. c. 8, 11 sq.); les jeux de mot (Pb, c. 16) où se montrent à nu les manières popula ancien guerrier inculte. L'arrivée d'une nouvelle x du prêtre Réfrigérius, et l'heure avancée de la journ le Celte à ‘interrompre son discours. Il reprend son le deuxième dialogue, qui est remis au lendemain. auditeurs se trouvent aussi d'autres clercs qui, ay qu'on devait parler de saint Martin, accourent tout : Une foule de laïques demandent aussi à être admi: refuse cette faveur, vu que la curiosité plus que 1 leur inspirait cette démarche ; on ne fait une exc pour deux hommes illustres, dont l'un était un : l'autre un personnage d'origine consulaire. Le Celt donc, dans le même style que la veille; mais, de pl comme témoins de ces miracles, des personnage auxquels les sceptiques peuvent avoir recours. « qu'exigeait l'incrédulité d’un grand nombre, qui dit-on, à ajouter foi à quelques détails rapportés da d'hier » (1). Quoique ce dernier reste des miracle: Martin, si je puis m'exprimer de la sorte, manque: ressemble fort à une niaiserie, on y trouve pourt deux parties intéressantes. L'une traite de l'interv

4. 11, e. 5. Quoique l'auteur lui-même intercale dans le récit que et les réflexions qui suivent, il est étonnant de les lui voir la bouche du Gaulois ; il fait connaître par là le motif qui l'a adopter la forme du dialogue. Le passage montre clairement que dialogue n'a été publié qu'après le premier et non en même tem

saint auprès de Maxime, en faveur des Priscillianites persé-

cutés (c. 44 sq.), et fait paraître dans un beau jour la noble

humanité et la délicatesse de conscience de saint Martin (4). L'autre ne fait que confirmer, ce qu'on pensait déjà, que, même alors, les fous avaient coutume de dire la vérité (2). — En terminant, Sévère exhorte Postumianus, qui repart pour l'Orient, à faire connaître en son voyage ce qu'il vient d'entendre, ces deux dialogues. Il est extrêmement digne de remarque de constater comment le génie français se manifeste déjà dans la production littéraire de Sévère et notamment dans ces dialogues ; cela est visible non. seulement dans « certaines coquetteries de l’auteur », ainsi que l’a déjà remarqué le Français Ampère, mais surtout dans le talent de raconter avec grâce ses propres aventures ; le genre des Mémotres, que les Français ont porté les premiers à une si grande perfection, se montre ici dans ses premiers débuts.

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