‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 19 sur 382 · F FU · texte numérisé non relu

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presque toujours que des particularités de la langue de la conversation, et de celle du peuple romain en général, ainsi que le montrent suffisamment les langues romanes, qui ont précisément conservé ces particularités ; sans cela, on serait forcé de tirer la conclusion absurde et ridicule que ces dernières se sont toutes développées en Afrique ! Le christianisme peut aussi renvendiquer une part dans son style, c’est d'avoir émancipé, par son esprit démocratique et cosmopolite, ce qui s’y trouvait de populaire et de provincial en général. De plus, Tertullien puisa à la langue des Pères de l'Église grecque, et à celle de la science, j'entends de la science juridique : ces deux sources ont exercé sur sa forme une certaine influence. Eufin le christianisme a même directement agi sur l'expression, et cette influence directe s’accuse surtout dans l'emploi fréquent de termes abstraits, dont la langue latine était elle-même si pauvre; dans la manière d'exprimer, non à l'aide d’un adjectif ou un verbe, mais par un substantif même ({}, des actions, des états ou des qualités, qui sont attributs d’un substantif; enfin, dans je ne sais quelle propension à tout personnifier. Il subissaiten cela les influences de l’élocuüon d'Orient, telle qu’elle se trouve dans l'Ancien Testament ainsi que dans le Nouveau, écrit sous son inspiration. Cette influence biblique cadrait avec la nature punique de Tertullien et avec son imagination vive et colorée : c’est alors surtout que son style devient souverainement original etsa langue souverainement créatrice; car, s'il n’était pas capable d’idéaliser la matière, il s’entendait étonnamment à matérialiser l'idéal.

On peut répartir en trois classes, d’après la division adoptée par Néandre (2), les écrits de Tertullien ; les voici :

1° Ceux qui traitent des rapports entre le christianisme et le paganisme et qui ont leur source dans ces rapports euxmêmes; ce sont principalement des écrits apologétiques et

1. Parexemple : «Quam sapiens argumentatrix sibi videtur ignorantia humana,» De spect. c. 2; « Tragœdiæ et comœdiæ scelerum et libidinum auctrices cruentæ et lascivæ», Jbid., c. 17 ; « Adeo quid simile philosophus et christianus, Græciæ discipulus et cœli. famæ negociator et vitæ, verborum et factorum operator, etc., » Apolog., c. 47.

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