‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 192 sur 382 · INSTITUTIONS DES' CÉNOBITES · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS DES' CÉNOBITES

Castor, évêque de Apta Julia (Apt), ville de la Gaule Narbonaise, voulait mettre à profit, dans l'intérêt d’un cloître qu’il venait de fonder, les connaissances que possédait Cassien sur les cloîtres de l’Orient, de la Palestine et de l'Egypte ; c'est donc pour répondre au vœu de l’évêque que Cassien composa son ouvrage. Dans les quatre premiers livres, il traite des Institutions et des règles de ces cloîtres ; les huit derniers sont consacrés à montrer, conformément à la tradition, l'origine, les causes et les remèdes des fautes principales qui menacent la vie monacale et érémitique (1). C'est ainsi que le premier livre, qui est très court, a pour sujet l'habillement extérieur du moine et son costume ; le deuxième traite des prières et des psaumes qu'on récitait en Egypte, pendant la nuit; il nous fournit aussi des renseignements historiques importants relativement à la manière de psalmodier. Le troisième livre, de son côté, expose la manièré canonique de réciter les prières et les hymnes pendant la journée, usage qui existaiten Palestine et en Mésopotamie, mais qui manquait à l'Égypte ; l’auteur motive, à cette occasion, le choix des heures consacrées à la prière. Le quatrième livre nous fait le récit de l’admission, de l'épreuve et de la vie de ceux qui renonçaient au monde, et notamment des devoirs absolus de l'humilité, de l’obéissance et de la pauvreté. Comme exemples remarquables de ces vertus, l’auteur y cite des traits de fa vie des Saints du désert ainsi que de celle de S. Jean, si célèbre à cette époque par son ascétisme {2).

Ce livre se termine par une courte récapitulation des degrés qui conduisent le moine à la perfection (3); l’absence d'une

l'ouvrage, en abrège le titre dans la forme énoncée plus haut. V. la préface de la deuxième partie des Collationes.

1. V. la préface, ct cf. la lettre qui nous reste de Castor à Cassien.

2, Sa vie est également traitée en détail dans l'ouvrage : Historia eremitica. V. ci-dessus, p. 348.

3. Le passage me semble digne d’être cité, à cause de son intérêt et de son importance : « Audi ergo paucis ordinem per quem ascendere ad perfectionem summam sine ullo labore ac difficultate valeas. Principium nostrae salutis sapientiaeque secundum scripturas timor Domini est » (Proverb. 1). « De timore Domini nascitur compunctio salutaris. De cotnpunctione cordis procedit abrenuntiatio, id est, nuditas et contemptus omnium facultatum. De nuditate humilitas procreatur. De humilitate mortificatio voluntatum

méthode rigoureuse dans l’exposition rendait cette récapitulation nécessaire. L'auteur passe ensuite à la considération des huit vices contre lesquels le moine doit « combattre, » et il consacre à chacun d'eux un livre spécial. Ce sont: 1. V,

- gastrimargia ou concupiscentia gulae, la gourmandise; l.

VI, fornicatio, la luxure; 1. VIE, philargyria, l'amour de l'argent; L. VII, £ra, la colère : L. IX, tristitia, l'abattement; L. X, acedia — taedium, sive anrietas cordis, l’indolence ; I. XI, cenodoria, la vanité; 1. XI, superbia, l'orgueil. Le classement semble avoir lieu d’après la difficulté à vaincre, vu que les vices les plus grossiers et, partant, les plus faciles à vaincre puisque la discipline extérieure du moine vient à son aide, sont placés en première ligne. Les trois premiers sont, en même temps, de telle nature, que la vie monastique suppose même la victoire, tandis que les derniers au contraire peuvent se développer avec la vie ascétique et dans elle. C’est ainsi que l’indolence (acedia) s'empare, surtout et de la manière la plus terrible, de l’ermite et du moine errant (vagi) dans le désert, particulièrement à l’heure de midi; de là son nom de démon du midi (meridianus daemon). L'auteur, au livre X (c. 2), nous fait un portrait vivant de cette maladie de l'âme. L'activité, qui en est le principal remède, donne à Cassien l’occasion d’exalter le travail des moines d'Égypte (1. c., c. 22) qui non seulement s’entretiennent de leur travail, mais qui trouvent encore le moyen de fournir des vivres à autrui (1). Dans le livre onzième, Cassien nous expose, d’une manière détaillée et assez intéressante. quel ennemi terrible pour la vie monastique elle-même est la vanité: souvent ce vice à plusieurs

* faces, subtil et si varié, n’est pas même vaincu parce qu'on

a triomphé de lui, mais se relève sous une autre forme et cherche, sous le masque de la vertu, à anéantir le vainqueur b

generatur, morlificatione voluntatum extirpatur atque marcescunt universa vitia. Expulsione vitiorum, virlutes fructificant atque succrescunt. Pullulatione virtutum puritas cordis acquiritur. Puritate cordis apostolicae charitatis perfectio possidetur. » LV, c. 43.

1. Je n'ai trouvé qu'une seule fois et rapporté ici comme exception l'exemple d'un moine venu d'Italie et dont la seule occupation fût de copier des livres (1. V. c. 39); il ne savait pas faire autre chose, ainsi qu'il le dit lui-même.

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(1 XI, c. 2), vu que cette victoire elle-même engendre enc vanité. Le pire de tous les vices est l’orgueil (superbia); le premier par son origine, mais il fait néanmoins enco: apparition en dernier lieu sur le champ de bataille, et, 1 souvent, il s'attaque à ceux qui sont parfaits. Il se dist des autres vices en ce qu’il ne fait pas seulement per vertu contraire, l'humilité, mais qu'il détruit en même toutes les vertus, étant la source primitive de tous les (1. XIE, c. 3). Cette considération termine ce premier ou où, dans un style facile et coulant, sinon partout correct teur traite son sujet d’une manière populaire, pratique néralement intelligible, sans descendre jusqu'au fon choses et sans se perdre aussi dans trop de détails. L'ouvrage suivant: XXIV Collationes Patrum (1), e: suite et un supplément du précédent; il poursuit, il est un but plus élevé, mais la narration souffresouvent de la sion des détails. Ces Co/lationes sont des entretiens que sien et son ami Germanus, qui lui sert ordinairement de ; voix, ont eus, comme le dit l’auteur, avec les anachorèt plus renommés de l'Égypte; les discours de peu d’étendu amis qui veulent seulement être instruits, ne font qu'ar les transitions du « Père, » lequel tour à tour les inte ou répond à leurs questions, et ainsi les instruit. Ces quatre Collations ont été composées et publiées en troit ties ; chacune d'elles parut avec une dédicace ou préface culière. L'auteur écrivit encore, à la prière de Castor, l premières, en 419, peu après l'achèvement de son pr ouvrage; mais il ne les publia qu'après la mort de cetévi les sept suivantes furent écrites en 428 et les sept dernièr tardèrent pas à suivre (2). L'auteur lui-même, dans la pr des dix premières Collations, fait connaître le but de soi vail et les rapports qu'il offre avec son précédent ouvi

4. Le titre primitif était peut être : Summorum patrum, car c'et du moins que Cassien cite, dans la préface, le recueil des dix première lations.

2. V., pour la fixation du temps, Wiggers, op. c., p. 25 sq. — 1 face de la première partie annonce déjà les sept dernières Collations « emittendse. »

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