‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 213 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Cette versification du texte biblique, qui débute avec Juvencus et qui finit par arriver à une poésie aussi indépendante que l'est celle de S. Avite, a un pendant dans la versification de vies de saints, écrites d’abord en prose. Nous en voyons apparaître une à cette époque (3), sous une forme des pluslarges, dansla

1. Par ex., la parabole du talent que le maître a confié à son serviteur ; celle de dix vierges ; le récit de Suzanne; la légende d’Eugénie (v. 503 sq.j.

2. Comme par ex., par rapport à l'éducation des religieuses : « Fuscina 8 lu la Bible en entier, ainsi que les poètes latins chrétiens. » VI, 329 sq. v. 409,

3. Bened. Paullini Petrocorii de vita b. Martini libri VI cum notis Jureti Ejusdem ad nepotulum, etc., ete. Cura etstudio Chr. Daumii. Leipzig, 1681. — Œuvres de Paulin de Périgueux, etc., revuessur plusieurs manuserits et traduites pour la première fois en français par Corpet. Paris, 1852.

Vie de saint Martin, Vita Martini, par Paulin de Périgueux (1). Achevée vers 470 (2), cette poésie est en vers hexamètres et comprend six livres : les trois premiers sont un remaniement de la Vie de saint Martin, Vita Martini, de Sulpice Sévère : le livre I (trois cent quatre-vingt-cinq hexar ètres) va jusqu’au chapitre VIIT de l'ouvrage de Sulpice, c'est-à-dire jusqu’à l'épiscopat de saint Martin; le livre IL (sept cent dix-sept hexamètres) mène le récit jusqu'au chapitre XIX, c’est-à-dire jusqu'à la guérison de saint Paulin de Nole et à celle de saint Martin lui-même qui avait fait une chute dans l'escalier; le livre II enfin (quatre cent cinquante-six hexamètres) nous conduit jusqu'à la fin de l’œuvre de Sévère. Paulin, comme Sulpice, termine par l'éloge de saint Martin. Les lettres que Sulpice Sévère a ajoutées à sa Vie de saint Martin, celle surtout qui fait le récit de la fin du saint évèque, n'ont point été mises à profit par le poète. Le quatrième et le cinquième livre se basent également sur les dialogues de Sévère : le livre IV (six cent soixante-douze hexamètres) reproduit la première partie du premier dialogue, tandis que le deuxième dialogue fait le fond du livre V (huit cent soixante et onze hexamètres) (3). Pour le livre VI (cinq cent deux hexamètres), Paulin a pris un autre auteur pour guide. Perpetuus, alors évèque de Tours, avait fait le récit des miracles du Saint après sa mort, de ceux surtout dont il avait été lui-même témoin sur son tombeau : c'est là que Paulin a puisé sa matière. Son poème n’est pas le produit d’un seul jet : le poète s'était d’abord restreint à la Vie de Sulpice Sévère ; apparemment, il ne connaissait pas encore les dialogues. Lorsque ces derniers lui furent communiqués, il écrivit le quatrième et le cinquième

1. Nous ne savons de ce poète que les détails que nous donnons dans l'analyse de ses œuvres. Faisons remarquer encore que, dans le poème sur la guérison de son petit-fils, qui parait avoir été composé vers l'an 70 de ce siècle, ilse dit déjà vieux, sener, ce qui permettrait de rapporter sa naissance au commencement du siècle. Quant à son prénom de « Petrocorius », il se base sur la donnée de quelques manuscrits qui donnent, il est vrai, « Petricordius » ou bien encore « Petricordiane, »

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