Dans le poème saphique ci-dessus nommé, v. 65 sq
4. La première hymne devait être consacrée à saint Saturnia de Toulouse : la manière dont Sidoine annonce son martyre rappelle déjà l'hymne de Prudence à la gloire de saint Hippolyte.
* 5. V. plus haut, p. 432.
[404-405] CARMINA 451 doine, nous y relevons, outre les trois panégyriques, deux épithalames et deux poèmes, consacrés, l’un au château d’un ami, l’autre à la ville de Narbonne ; ils ont tous le caractère du panégyrique et mérilent une place au premier rang, soit pour leur dimension, soit aussi à cause de leur exécution soignée, bien qu’elle ne soit pas toujours parfaite. Dans les panégyriques eux-mêmes, comme dans lés épithalames, notre poète se rattache à Claudien. Ici encore, la mythologie antique jointe à l'allégorie inspire les principaux ornements, que dis-je? fournit la broderie elle-même. Donnons une idéc de la composition deces poèmes : le panégyrique en l'honneur d’Avilus débute par la peinture d’une assemblée des dieux que Jupiter a convoqués. Devant eux apparaît Rome personnifiée : son dos est recourbé ; c’est à peine si elle peut traîner la lance ct
le bouclier, qui lui sont devenus de lourds fardeaux (1). Pros-
ternée aux pieds de Jupiter, Rome se plaint, au souvenir de sa grandeur passée, et regrette ce temps où, sous la conduite du dieu (2), elle portait ses armes jusque chez les peuples les plus éloignés. Alors, l'univers entier était trop étroit pour elle ; et, maintenant, elle est elle-même sa frontière (3). Elle n'a plus d'espoir, à moins que la Gaule ne lui envoie un nouveau Trajan. C’est le destin qui gouverne tout, répond Jupilter; il me gouverne moi-même. Rome doit néanmoins reprendre courage ; du pays des Arvernes surgira un sauveur dans la personne d'Avitus, lequel, aussitôt après sa naissance, « donna des signes manifestes de sa future royauté. » Son père lui assura une éducation correspondante à sa vocation. Lè-dessus, le poète fait raconter à Jupiter lui-même les exploits d'Avitus, depuis son enfance jusqu’à son élévation sur le trône, par les Visigoths. Ce récit renferme des
1. Cum procul erecta caeli de parte trahebat Pigros Roma gradus, curvato ceraua collo Ora ferens. Pendent crines de vertice tecti Pulvere, non galea : clypeusque impingitur aegris Gressibus et pondus, non terror, fertur in hasta. V. 45 sq. 2. « Duce te, » v. 87; c'est par conséquent le point de vue purement païen, défendu encore récemment par Symmaque.
3. Cumque prius striclo quererer de cardine mündi, Sum limes nunc ipsa mihi. v. 96 et sq.
fanfaronnades souvent vraiment ridicules et tout à fait gauloises (1). C'est Jupiter qui a donné à Rome cet empereur; il lui reconquerra les provinces perdues ; il lui infusera une nouvelle jeunesse. Le poème se termine presque avec le discours de Jupiter (six cent deux hexamètres); Sidoine ny ajoute, en effet, que deux vers, dans lesquels 1l exprime ses vœux à l’empereur. — Dans le panégyrique de Majorien, l'Afrique apparaît devant Rome assise sur son trône et implore son secours.
Ce sont surtout les deux épithalames qui étalent à nos yeux lc luxe entier des scènes mythologiques : dans l’un, en l'honneur de Ruricius et de Ibéria (cent trente-trois hexamètres el une préface de onze distiques), ce sont Vénus et l'Amour qui font eux-mêmes l'éloge des époux ; ils s’adjoignent ensuite un
grand cortège d'autres divinités et s’avancent en chœur vers
le lit nuptial, pour le bénir ; dans l’autre, qui est consacré au philosophe Polémius et à Aranéola (cent vingt-huit hexamètres et une préface de trente hendécasyllabiques), c'est Pallas qui joue le rôle principal ; le poète nous représente aussi deux temples, dont l’un contient presque tous leë philosophes de la Grèce antique, tandis que l’autre, où la fiancée travaille elle-même, nous fait admirer des tapisseries précieuses. Nous voyons ensuite la déesse de la Sagesse conclure l’'Hyménée. Le poème sur le château (burqus) de Léontius (deux cent trente-cinq hexamètres) est également empreint de cette recherche mythologique qui occupe presque la moitié de cette poésie. L'auteur débute par une description détaillée d'un pèlerinage de Bacchus qui se dispose à se rendre à Thèbes; Apollon lui-même sert de guide au dieu et luimontre, comme un lieu plus digne de son séjour, le château de Léontus. Sidoine fait ensuite une description détaillée des charmes qu'on y trouve, et ce tableau, intéressant pour l’histoire de la civilisation, prend dignement place à côté des plus attrayanis que le poète nous trace, dans ses lettres, des villas les plus illustres. Quant au reproche de prolixité, Sidoine le repousse dans un épilogue en prose, en s'appuyant sur des exemples