SA BIOGRAPHIE
degré les honneurs de ce monde et qui était sans contredit le plus en vue de la contrée et mème du dehors, fut élu (472) évèque de la ville des Arvernes {urbs Arverna), aujourd'hui Clermont-Ferrand. Il lui manquait, avec les connaissances théologiques, l'esprit ecclésiastique ; mais il accepta cette dignité qui ouvrait un nouveau champ à son ambition. Ce siège épiscopal avait alors, il est vrai, une grande importance politique, et il est probableque c'est là un des motifs déterminants de son élévation à l'épiscopat. Euric, successeur de Théodoric, élargissait déjà ses conquêtes de toutes parts et menaçait également l'Auvergne. L’invasion ne se fit pas longtemps attendre ; mais, sous la conduite de son brave général Ecdicius et sous la direction aussi hardie et active, au point de vue diplomatique, de son évêque Sidoine, la capitale du pays tint, pen-
dant deux ans, tête à l'ennemi avec un rare courage. Aban-
donnée par Rome, la ville succomba enfin. Dépouillé en partie de ses biens, Sidoine fut retenu prisonnier dans le château de Livia, près de Carcassonne. Bientôt néanmoins il obtint sa liberté par l'entremise du conseiller d’Euric, Léo, qui était lui-même un homme de lettres; et un panégyrique du roi des Visigoths lui valut, à ce qu'il semble, de reprendre possession de son siège épiscopal. D’après Grégoire de Tours (1), 1l mourut l’an de J.-C. 487, profondément regretté de son diocèse. |
Les produits de l’activité poétique de Sidoine nous ont été conservés en assez grand nombre : nous avons d’abord les trois panégyriques ci-dessus mentionnés; selon toute apparence, ils ne tardèrent pas longtemps à ètre publiés à part, après avoir été lus en public (2); vient ensuite un livre, ou plutôt un petit livre (/bellus), de poésies diverses, publié entre
4. Hist. Franc., |. II, c. 23..Nous n'avons aucun motif de douter de la véracité du récit relativement à la fin de Sidoine ; quant aux intrigues de deux prêtres de son diocèse, dont parle aussi Grégoire, intrigues qui l’auraient momentanément fait éloigner de son diocèse, il est bien difficile de déméler la vérité; ce récit ne saurait néanmoins avoir été inventé à plaisir.
2. À supposer que cette publication ne fût pas la chose du monde la plus
naturelle, on en trouverait la preuve dans la préface et dans la dédicace en
vers qui précèdent chacun de ces panégyriques. 1 29
Ps, Da ,, SP À. ra , MOST au
462 et 472, mais probablement avant 470 (4) ; il y a enfin une douzaine de poèmes, écrits à diverses époques de sa vie, et insérés çà et là dans son recueil de lettres. Il est facile de voir que la plupart de ces poèmes ont été composés avant son élévation à l'épiscopat ; il nous apprend lui-même en effet que {2), une fois évêque, il renonça à la poésie, qu'il considérait comme incompatible avec la dignité de sa nouvelle fonction. Maïs il n'y a pas de règle sans exception, et, l’occasion se présentant, il ne laissa pas de composer parfois un poème profane. En faisant vœu de renoncer aux Muses, il n'avait assurément pas pensé à la poésie religieuse, et cet oubli est caractéristique pour lui; mais cette exception lui sembla si naturelle que, en renouvelant ce même ‘vœu (3), il fit connaître son intention de chanter, dans des hymnes, la gloire des martyrs; il entendait parler, à coup sûr, des martyrs de la Gaule. Il n'est pas douteux, .en tous cas, qu’il n'entendit prendre Prudence pour modèle (4). Voilà pourquoi nous trouvons çà et là, dans ses lettres, quelques poèmes religieux, des épigrammes, deux inscriptions pour des églises récemment construites à Lyon et à Tours (5) (Epp. Il, 10 et IV, 18) et composées à la prière des évèques de ces deux villes ; des nénies à l'abbé Abraham, lequel, s’étant enfui du fond de la Perse, avait fondé un couvent près de la ville des Arvernes (Epp. VII, 17); une épitaphe en l'honneur d'une pieuse dame (Epp. IL, 8); une autre enfin à la mémoire de son grand-père (Epp. IIT, 12), toutes deux écrites en vers hendécasyllabiques.
Si nous jetons un coup d'œil sur la poésie profane de Si-
1. C'est ce qu’indique la préface du recueil des lettres (I. I, ep. 4), dont il commença la publication peu après 472. Il y parle de « vers ‘édités », qui, malgré les attaques de la critique envieuse, ont déjà été depuislongtemps| (jam pridem) si favorablement accueillis par l'opinion publique, que son ambition peut en être satisfaite. V., au surplus, pour la détermination de l'époque, la dissertation de Kaufmann, p. 3.
2. V. Epp., 1. IX. ep. 12, et. cf. le poème en vers saphiques à la fin du recueil des Lettres, v. 49 sq.