‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 24 sur 382 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. « Numquid ergo superest, ut ab ipsis ethnicis responsum flagitemus ? [li nobis jam renuntient, an liceat Christianis spectaculo uti. Atquin hinc vel maxime intellegunt factum Christianum de repudio spectaculorum. » C. 24. Par là on peut reconnaître l'importance des spectacles pour le polythéisme de cette époque.

& « Si scenicæ doctrinæ delectant, satis nobis litterarum est, satis versuum, salis sententiarum, satis etiam canticorum, satis vocum, nec fabulæ, sed veritates, nec strophæ, sed simplicitates. » C. 29. « Strophæ » est spirituellement pris ici à double sens, de même que « fabulæ, » car il signi- . fie également « intrigue ; » mais cette nuance ne saurait passer dans une

traduction. S'il s'agissait de musique, et non de poësie, peut-être pourraiton traduire par « artifice. »

5. Ce passage caractérise trop bien Tertullien pour n'en pas citer quelques lignes : « Quæ tunc spectaculi latitudo ! quid admirer ? quid rideam ? ubi gaudeam ? ubi exultem, spectans tot ac tantos reges, qui in cœælum recepti nuntiabantur, cum ipso Jove et ipsis suis testibus in imis tenebris congemiscentes ! — Tunc magis tragœædi audiendi, magis scilicet vocales in sua propria calamitaie; tunc histriones cognoscendi, solutiores œmullo per

pren tunc spectandus auriya, in flammea rota totus rubens, » etc.

[45.] DE IDOLOLATRIA 51

L'autre écrit, composé de vingt-quatre chapitres, s'appuie sur celui dont nous venons de parler ( ch. 13), et considère le crime d'idolâtrie en général. C'était, nous l'avons vu, un des principaux arguments contre les spectacles, et l'auteur le met en avant pour défendre toute participation et tout commerce avec la religion païenne, surtout dans ses industries et ses diverses fonctions. — L'introduction nous montre clairement à quels sophismes Tertullien se laisse conduire par sa sévérité extrême et par ses sarcasmes passionnés. Le crime principal de la race humaine, dit-il, est l’idolâtrie; c’est la cause principale du jugement (1). Elle renferme tous les autres crimes. Ainsi, l'idolâtre est un meurtrier, car il se tue lui-même; il se rend coupable de viol et d’adultère, car il viole la vérité et il se souille lui-même (2); il est un fourbe, carilprive Dieude l’honneur qu'il lui doit. Un détail intéressant à observer, c'est la position que prend ensuite un avocat du christianisme tel que Tertullien par rapport à l’art et à la profession artistique. Presque tous les arts plastiques des anciens reposaient sur la religion ou la mythologie: il assigne donc pour domaine à l'artiste chrétien soit ce qui est purement de l'usage vulgaire, plus mal payé, mais plus indispensable ; soit les travaux du luxe privé, bien qu’il le réprouve. La façon dont il s'exprime met pleinement en relief, avec ce dernier point, sa manière de voir hostile à l’art en général : « Tot sunt artium quot hominum concupiscentiæ. — Sufficiat ad quæstum artificiorum frequentior omni superstitione luxuria et ambitio.(C. 8) » On serait tenté de croire qu’il ne connaît d’autres sources de l'art que les passions de l'homme, et que, d’après lui, l’art n'aurait aucun droit à exister par lui-même. On voit aussi par là que le culte chrétien n'avait pas encore besoin de l’art à cette époque, car nul mot de l’auteur n’y fait allusion.

1. « Principale crimen generis humani, summus sæculi reatus, toia causa judicii idololatria. »

2. Ce n’est qu’approximativement qu'on peut rendre ces expressions : « Proinde adulterium et stuprum in eodem recognoscas : nam qui falsis deis servit, sine dubio adulter est veritatis, quia omne falsum adulterium est. Sic et in stupro mergitur. Quis enim immundis spiritibus cooperator non conspurcatus et constupratus incedit? » C. 1.

Il y a encore un intérêt tout particulier à considérer com- .ment Tertullien déclare la position d'un maître d'école et celle d'un professeur de belles-leltres, Professor litterarum, incompatibles avec le christianisme {c. 10) : la raison en est, dit-il, que ces professions ont plusieurs points de contact avec l'idolâtrie. Ces maîtres devaient enseigner la mythologie, observer les fêtes des dieux à cause de leurs revenus et des cadeaux qu'ils recevaient à l'occasion de ces fêtes, et il n'y avait point d'écoles chrétiennes, Mais, remarque Tertullien, peut-être va-t-on objecter que, s'il n’est pas permis aux serviteurs de Dieu d'enseigner la littérature, il ne doit pas non plus leur être permis de l’apprendre. Cette conclusion lui paraît inadmissible. La vie exige souvent la culture intellectuelle, et, sans les études profanes, il n'est pas possible de se livrer aux études divines. On ne saurait donc nier la nécessité de l’éducation littéraire. La manière d'apprendre et celle d'enseigner, ratio discendi et docendi, est aussi bien différente. L'élève chrétien qui reçoit des leçons de mythologie est tout aussi à l'abri que celui qui reçoit d'une personne inexpérimentée un poison qu'il n'avale pas, parce qu'il en connaît la nature. Îl n’est pas obligé non plus de célébrer les fêtes scolaires. Remarquons en outre que Tertullien considère l'office d'un fonctionnaire public comme difficilement compatible avec les idées du christianisme, et le service militaire comme absolument opposé à son esprit : mais ces opinions ne furent pas alors partagées par beaucoup de chrétiens, ainsi que le montre son récit lui-même.

À cette classe se rapportent encore quatre écrits de Tertullien composés à l'époque où il professait ouvertement les opinions de Montan. Deux d’entre eux ont toutefois un intérèt plus général et une plus grande valeur littéraire, et de ces deux l'un se rattache au livre De rdololatria. C’est le petit Traité de la couronne, De corona, qui comprend quinze chapitres. Il dut son origine à une circonstance particulière : dans Ja distribution d'une récompense impériale, un soldat chréten, craignant de se rendre coupable d’idolâtrie, s'était montré avec la couronne de laurier à la main, au lieu de l'avoir sur le front. Les chrétiens regardaient comme un acte manifeste-

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