S. HILAIRE D'ARLES
trouvent (v. c. 2et 3), tout comme dans Ennodius. De saint Hilaire lui-même, nous avons la Vie de saint Honorat, son prédécesseur sur le siège d'Arles, lequel l'avait gagné à la vie ccclésiastique. Cette Vie est sous forme de sermon; il fut prêché le jour de la mort du saint, et,probablement, à l’occasion du premier anniversaire de la mort, en 430. Il va sans dire que le caractère oratoire est ici complètement justifié; l'auteur a plutôt eu en vue une méditation qu'un récit. Ne doit-il pas, en effet, supposer que le public, la communauté, connaît la plupart des traits de la vie de l’évêque. récemment décédé, et qui a vécu si longtemps au milieu de ses ouailles? À un endroit mème (c. 6), saint Hilaire dit qu'il cffleure son sujet plutôt qu'il ne l’épuise : la vie du saint est un panégyrique chrétien pour l'édification de son troupeau, Saint Hilaire était l'ami intime de son héros; on sent l’émotion de son cœur, quand il lui adresse ses remerciements (c.5), et par là, le discours reçoit un élan et une chaleur qui viennent du fond de l'âme. L’éloquence de saint Hilaire se distingue avantageusement de celle d’un Ennodius. Non seulement on y voit la vérité du sentiment, le jet libre d'un cœur plein de son sujet; mais l'expression elle-mème sc distingue par une pureté relative de la langue et par la simplicité du style. On y voit une grande différence, relativement à la culture classique, entre cette époque et celle qui suit. Ce travail nous montre bien que les éloges, donnés par les contemporains à l'éloquence de cet évèque gaulois, reposaient sur une base réellement solide (1).
Comme exemple remarquable de Vies de Saints appartenant à la deuxième classe, nous avons, de cette même époque, la vie de saint Séverin, écrite en 511 (2) par son élève, le prêtre
1. On peut encore remarquer ici, comme ayant un intérêt général, ce qu'il dit (c. 3) de la vie religieuse dans l’ile de Lérins, et ce qu’il y remarque de l'influence de l'ascétisme sur les Barbares.
2. À supposer que la donnée de la lettre d'Eugippius à Paschase : « Ante boc ferme biennium consulatu scilicet Importuni » ne soit pas une addition postérieure, ainsi que le prétend Rettberg (I, p. 227) qui adopte aussi le commencement du vie siècle comme époque de la composition.
482 EUGIPPIUS [431-2.]
Euerwprius (1). L'accueil favorable accordé alors à la vie d’un moine appelé Bassus, laquelle avait été composée par un laïque, l'engagea à entreprendre ce travail, Les miracles de saint Séverin, pensait Eugippius, ne devaient pas rester ensevelis dans l'oubli. Ce laïque se déclarait prèt à entreprendre luimême le travail, si Eugippius voulait s'engager à lui en fournir les matériaux ; ce dernier composa donc son Mémoire (Commemoratorium) de la vie du saint, et il en puisa les matériaux dans les récits quotidiens des frères les plus âgés du couvent et dans ce qu'il avait appris lui-même. Toutefois, il ne voulut pas ensuite donner son travail à un laïque, dans la crainte qu'il ne se servît peut-être, pour écrire la vie du saint, d'un style tel que les illettrés auraient de la peine à la comprendre ; il s’adressa donc, comme en témoigne sa correspondance à laquelle nous empruntons ces détails, à un savant, au diacre Paschase. Celui-ci refusa, dans une réponse que nous possédons également ; il fait observer que l’éloquence des savants ne saurait rien ajouter au Commemoratorium; ce qu'il exalte avant tout, c'est précisément la simplicité, la clarté du discours d'Eugippius (2).
La vie ellemème débute par l'apparition du Saint qui venait de l'Orient (3), dans la petite ville Asturis, « non loin de la Norique Ripensis et de la Pannonie, » pendant les temps agités qui suivirent la mort d’Attila. Il exhorte dans l'église le clergé et les fidèles à prier avec humilité, à jeûner, à faire
1. Acta Sanctorum Jan. I. Eugippii vita S. Severint recens. et adnot. Souppe, Berlin, 1877. (Monumenta Germaniae hist. Auctor. antiq.,t. I); Rettberg, Kirchengeschichte Deutschlands, Goettingen. 1846. Vol. I, p. 226 sq. ; — Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, 3° éd., Berlin, 1873, vol. I, p. 39 sq.; Buedinger, Eugippius (Sitsungsberichte der phil. histor. Classe der Wiener Acad., vol. XCI), 1878.
2. « Direxisti Commemoratorium, cui nihil possit adjicere facundia peritorum... et ideo quia tu haec, quae a me narranda poscebas, elocutus es simplicius, explicasti facilius.…
3. Il n’y est rien dit ni de sa patrie, ni de sa naissance, par la raison que Séverin lui-même, ainsi que nous l'apprend la lettre à Paschase, laquelle sert ici de préface, gardait là-dessus le plus profond silence ; mais à en juger d'après son langage (loquela), Eugippius remarque que c'était un Latin, conduit en Orient par l’amour de l'ascétisme, et qu'il possédait une connaissance exacte de ce pays.
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de bonnes œuvres pour arrèter l'approche de l'ennemi. On méprise son discours. Rentré dans sa demeure, il prédit le jour et l’heure de la catastrophe et se hâte de quitter ce lieu. Ii va dans la ville voisine pour y renouveler son sermon; là encore, on doute d’abord deses paroles; mais voilà que, comme il parlait encore, l'hôte, chez lequel il logeait à Asturis, arrive et apprend à tous la destruction de la ville par les Barbares, en ajoutant qu'un homme de Dieu avait prophétisé cette dévastation. On lui montre Séverin : il le reconnaît. Aussitôt on demande pardon au saint et l’on se résout à faire tout ce qu’il dit. Trois jours après, un tremblement de terre répand un si grand effroi dans les rangs des Barbares confédérés, garnison de la ville, qu'ils la quittent et se massacrent les uns les autres dans l’obscurité de la nuit; les colons romains se voient donc délivrés de ces dangereux protecteurs.
Tel est le ton avec lequel l’auteur continue son récit et nous met sous les yeux divers événements relatifs à la vie du saint, et qu’il s'efforce de relier entre eux (1). C'est effectivement un recueil de notices, au caractère tout anecdotique, disposées, dans le meilleur ordre chronologique possible et. tendant à ne donner, dans une langue sans prétention, que la substance des faits, c’est-à-dire les actions remarquables, les prophéties et les miracles du saint. Dans les derniers chapitres, l’auteur nous dépeint la vie ascétique de son héros, les précautions qu'il prit à l'approche de Ia mort, sa mort elle-même et les événements qui la suivirent : ces événements forcèrent, six ans plus tard (488), ses élèves et le reste de la population romaine à quitter le pays, emportant avec eux le corps du saint, jusqu'à ce qu'enfin ils trouvassent pour lui un lieu de surêté, près de Naples, dans le château de Lucullus (2). C’est là qu'ils fondèrent un nouveau couvent, . dans lequel Eugippius écrivit son Commemoratorium, et dont il devint abbé dans la suite. Le grand intérêt historique de cette vie d’un homme que distinguait un bienfaisant amour