‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 247 sur 382 · VIES DE SAINTS. S. HILAIRE D’ARLES, EUGIPPIUS · texte numérisé non relu

VIES DE SAINTS. S. HILAIRE D’ARLES, EUGIPPIUS

Dans un autre domaine de l’histoire, l'exemple de saint Jérôme avait exercé encore, comme nous l'avons vu plus haut, une influence considérable : je veux parler des Vies de Saints. Nous avons vu même que, dans la période qui précède, des écrivains illustres, comme Rufin et Sulpice Sévère, composèrent, après saint Jérôme, des ouvrages du domaine de la biographie ascétique et que ces ouvrages exercèrent une influence considérable, non seulement sur les contemporains, mais sur le moyen âge lui-même et sur les temps modernes. Cette branche de la littérature devenait alors une des plus attrayantes et des plus populaires ; elle fut même, à n’en pas douter, une des plus cultivées, mème par ceux qui n'étaient pas écrivains de profession; la première ébauche de plusieurs vies de saints des époques postérieures, date de cette époque, quelque difficile qu’il soit d'en donner les preuves pour chaque cas particulier. À ma connaissance, nous n’en possédons plus qu’un petit nombre de cette époque, qui nous soient parvenues sous leur forme primitive et marquées d’une date certaine. Elles offrent, dans leur composition, un caractère très varié. On peut surtout en distinguer deux classes principales. Les unes sont des compositions de rhétorique, lesquelles se rattachent plus ou moins aux panégyriques païens ; ce sont encore, en partie, des discours prononcés à l’occasion de la fête des saints, et, dans ce cas, elles appartiennent, pour la forme, à l’éloquence de la chaire; les autres, au contraire, sont des récits qui n’ont d'autre but que de faire passer à la postérité l'histoire des actions, et, avant tout, des miracles opérés par les saints. Les actions elles-mêmes doivent annoncer ici la gloire des saints et montrer que leur influence, au moyen des reliques, s’étend au delà du tombeau. Ce sont

des récits populaires; le style en est aussi simple que, dans les premières, qui sont des produits de la rhétorique, l'expression est ampoulée. Il n’est pas besoin de dire non plus que ces deux classes principales se trouvent souvent confondues ensemble : nous savons, par exemple, qu'on envoyait comme matière première à des artistes en style, des rapports d’une grande simplicité, afin qu’ils leur donnassent un vernis ora. toire (v. plus loin p. 481-2); et nous savons également que des rhéteurs attachaient la plus grande importance à recueillir et examiner les faits. Ennodius nous en fournit la preuve dans sa Vie de saint Épiphane.

Les Vies d'Ennodius, que nous avons étudiées plus haut, appartiennent à la première classe, ainsi que la vie de saint Hilaire d'Arles (1), attribuée précédemment, mais à tort, à saint Honorat de Marseille; elle a été écrite à la fin du v* siècle (2), et, par conséquent, son auteur était contemporain d'Ennodius. La vie «le saint Hilaire, comme celle d’'Ennodius, étale à nos yeux le mème genre d'expressions fleuries, imagées, pleines d'emphase; et l’on y relève facilement certaines périodes en vogue dans l’éloquence de la chaire à cette époque (3). Aussi, les discours composés par l’auteur s'y

1. Hilarit Arel. vita et quod superet opusculorum ejusdem in : Leonis M. opera ed. Paschasius Quesnellius, Paris, 1675, in-4. Fin du t. I, et dans l’éd. de Ballerini, basée sur celle de Quesnell. (V. plus loin au mot Léon, fin du II° vol.)

- 2. Dans l’Eulogium du saint, dernier chapitre, on lit : « Tot annorwm spatiis evolutis, in tuorum filiorum renasci non cessas honoribus atque reparari. » Mais saint Hilaire mourut au milieu du siècle.

3. Ilest dit de la conversion de saint Hilaire par saint Honorat : « In corde praeclari cespitis sanctum semen aratro fidei percolendum jaciebat perilus agricola, quod orationum perennibus donis et lacrymarum fluentibus rivis irrigabat, » c. 2. Au ch. II surtout, on exalte d’une manière emphatique l’éloquence de saint Hilaire ; or, argent et perles, rien n’y manque; mais le passage suivont est surtout digne de remarque : « Si peritorum turba defuisset, simplici sermone rusticorum corde nutriebat, at ubi instructos supervenisse vidisset, sermone ac vultu pariter in quadam gratih insolita excitabatur, se ipso clarior apparebat, » de sorte que les plus célèbres orateurs de son siècle étaient eux-mêmes saisis d'étonnement. On avait donc deux genres d'éloquence de la chaire, l’un pour le peuple, l'autre pour les lettrés. Ce dernier devait remplacer en mème temps les jouissances qu'of frait l’éloquence païenne.

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