HISTOIRE DE LA PERSÉCUTION AFRICAINE
déjà au commencement du règne de Hunéric (1); il fut atteint personnellement par la persécution générale du clergé catholique, après le synode de Carthage, en 484, auquel cependant il n'avait pas assisté lui-même (2), et il fut, à ce qu'il semble, exilé dans le désert. Il écrivit son ouvrage, peut-être encore sous Hunéric lui-même, en tout cas dès le début du règne de Gonthamond, vers 486 (3). Dans les missels, il est divisé en
4. Victor était présent, il le dit lui-même (IF, c. 2), dans l’église de Carthage, quand on donna communication d’un édit de Hunéric accordant à cette ville la faculté d’élire un évèque. Cet édit renfermait une clause qui semblait suspecte au clergé ; aussi, après avoir gémi (gemimus) et murmuré, comme il nous l'apprend, il continue son récit en ces termes : « Et ita legato dixisse probamur. » Il semble résulter de là qu’il ait parlé au nom du clergé de Carthage, même en ne prenant pas ce pluriel pour un pluriel de majesté, ainsi que cela a lieu dans le nobis praesentibus qui précède.
2. C’est ainsi qu’on explique, et à bon droit, la remarque non occurrit à côté du nom de Victor et de deux autres. dans les Notitia protinciae et civtt. Afr. (Liste des évèques catholiques dans la sixième année du règne de Hunéric). Cette explication est d'autant plus vraisemblable que tout le récit de Victor, relativement à cette aflaire, est une preuve évidente qu'il n’était pas présent à ce synode. Il en fait non seulement un rapport très court, maïs très objectif dans la forme, ce qu’il ne fait pas pour les événements dont il a été témoin : il y dit constamment (IF, c. 18) Nostri episcopi deligunt de se, dixerunt, etc., au lieu de nos. Que l'on compare avec cela, par exemple, le passage de la remarque précédente !
3. L'ouvrage débute ainsi : « Sexagesimus nunc, ut clarum est, agitur annus, ex quo populus ille crudelis ac saevus Vandalicae gentis Africae miserabilis attigit fines, transvadans facili transitu per angustias maris, qua inter Hispaniam Africamque aequor hoc magnum et spatiosum bis senis millibus angusto se limite coartavit. » Il résulte déjà de là et de ce qui suit qu'il ne saurait être question que de la grande expédition sous Gensérie, laquelle eut lieu en 428. Si l'on veut donc déterminer por cette donnée seule Ja composition de l'ouvrage, on doit prendre la date de 488. Mais comme la fin de l'ouvrage montre que la persécution sévissait toujours, et comme Gonthamond rappela d’exil, au plus tard en 487, l’évêque de Carthage, on ne saurait reculer la composition de l'ouvrage au-delà de 486, et il faut bien croire également que Victor ne voulait pas ou ne pouvaït pas déterminer si exactement l'époque de l'invasion des Vandales et ne donnait par suite qu'un nombre rond. Je dirai plus, mon opinion personnelle est que l'ouvrage fut composé sous le règne de Hunérie, vu que la notice de sa pitoyable mort me semble avoir été ajoulée plus tard ; cette notice, en effet, où la mort de Hunéric rappelle exactement celle de Galère dans Lactance (De morte persec., c. 33), forme le dernier chapitre ; mais elle n'a aucune suite avec Je chapitre précédent. Ce chapitre contient la prière de l'auteur et forme une fin plus acceptable de cet ouvrage. Dans son édition, Halm s’est rangé à mon avis. it
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486 VICTOR VITENSIS F435.]
livres dont le nombre varie, division qui, du reste, n’est pas de l’auteur (1). Les meilleures éditions comprennent cinq livres, et cette division facilite la lecture du contenu : le livre premier traite de la persécution, sous Genséric; le deuxième de celle de Hunéric jusqu'au colloque avec les Ariens (inclusivement); le troisième ne contient qu’un document important et long, la profession de foi des évêques catholiques, symbole qu'ils récitèrent, après que la conférence eût prit fin sans résultat, et qu'ils firent parvenir au roi; le quatrième livre contient un édit royal ordonnant d'appliquer contre les catholiques les lois romaines portées contre les hérétiques, et fournit à l'auteur l’occasion de parler encore de l'exil des évêques; enfin, le cinquième livre fait d'abord le récit de quelques martyres particuliers, arrivés pendant la persécution générale suscitée par l’édit royal, et qui méritaient une mention tout à fait particulière ; l'auteur nous esquisse ensuite, avec des couleurs vives, un tableau de la grande famine quiaffligea l'Afrique par suite du mauque de pluies, calamité qu’il regarde comme un châtiment divin contre les Vandales ariens. Après une violente invective contre ces Barbares, ces hérétiques ariens, l’auteur exhorte tous les catholiques à gémir avec lui, et, empruntant alors le style et les expressions même du Psalmiste et de Jérémie, il entonne une complainte pour implorer la protection des anges, des patriarches, des prophètes et des apôtres, et les prier d'intercéder auprès de Dieu en faveur de l'Église catholique d'Afrique persécutée. Vient enfin un supplément dans lequel il est dit que Hunéric régna pendant sept ans et mourut d’une mort misérable, dévoré vivant par les vers. Ce récit, écrit dans un style relativement simple, quoique fréquemment incorrect, ne manque ni de vie, ni de mouvement, comme le livre de Lactance, avec lesquel il a, pour le fond, tant de ressemblance, il est composé sous l'impression encore vivante des événements qui forment la majeure partie de l'ouvrage, car ce qui précède ne fait que servir d'introduction; l’auteur ne raconte, en général, que
1. C'est chose facile à voir, si l'on considère le début des livres, celui du deuxième notamment.