HISTOIRE DE LA PERSÉCUTION AFRICAINE
ce qu’ila entendu rapporter par des témoins oculaires ou ce qu'il a vu lui-même ; c'est de l'exil qu'il écrit; ilressent encore personnellement les souffrances et les angoisses du catholicisme et de ses confesseurs ; ce sont ces angoisses qu’il veut raconter, et le sentiment qui l'anime le rend éloquent; cen’est point l’ambition du rhéteur qui conduit sa plume, quoique les artifices oratoires ne lui soient point étrangers (1). Souvent, il est vrai, les couleurs du tableau sont chargées; il ne saurait non plus être question, dans ce récit, d’aspirations impartiales, libres de toute prévention, vers la recherche de la vérité, spécialement en présence d’un double ennemi, les Barbares et les Barbares ariens. Victor n’a pas en outre le sentiment de l'ordre chronologique; mais, d'autre part, la transmission littérale des documents les plus importants, en donnant à l'ouvrage une valeur très haute pour nous, nous montre que l’auteur a eu souvent conscience de la vocation de l'historien. Ce qu'il se propose d'écrire, ce n’est point un pamphlet à l'adresse du contemporain, ainsi que l’a fait l'auteur Demortibus persecutorum; c'est un ouvrage historique pour la postérité.
A cette « Histoire de la persécution africaine » tous les manuscrits donnent, comme supplément, une Passio ou Martyrium de sept moines d’un seul couvent; il en est fait d’ailleurs mention dans l'ouvrage (V, c. 40), et un manuscrit fait même entrer la Passion dans le récit. Le style et la langue de la Passion sont les mêmes que le style et la langue de l'Histoire; il pourrait bien se faire par conséquent que Victor en füt également l’auteur. Il faut dire néanmoins que beaucoup d’arguments militent contre cette opinion (2); en tout cas, la Passion est un travail indépendant, ainsi que le montre déjà son introduction, et elle est postérieure à l'Histoire, qui n'y fait pas un renvoi; disons plutôt que celui qui se trouve dans divers manuscrits n’est qu'une interpolation manifeste. Le nombre
1. La pompeuse préface, quel qu'en soit le contenu, est jusqu'à la dernière phrase : « Ego namque, » etc. l'ouvrage d’un autre auteur, une citation d'une lettre. Petschenig, op. c., p. 727 pense qu'elle est interpolée dans son entier.
2. V. Petschenig, Die handschriftliche Ueberlieferung, p.747 sq.
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sept relativement à ces frères — /ratres non natura, sed gratia, dit Victor dans son Histoire — rappelle le plus ancien exemple de martyre célébré dans l’Église chrétienne, celui des sept frères Machabée (1), avec lesquels, du reste, l’auteur de la Passion compare ses héros : un tel rapprochement donnait à ce marlyre, qui avait dù avoir un grand retentissement à cause du nombre des victimes vouées ensemble à la mort (2), une consécration toute particulière.