‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 266 sur 382 · DE STATU ANIMAE · texte numérisé non relu

DE STATU ANIMAE

l'âme consiste dans la propriété qu'elle a de n’occuper aucune place. Claudien s'y appesaatit d'autant plus longuement que son adversaire faisait de l'opinion contraire l’échafaudage de toute son argumentation. Un autre argument enfin consistait en ce que l'âme n'a pas de quantité, tandis que la qualité, au contraire, est une de ses propriétés: c’est par là qu'elle se distingue de Dieu, lequel n'est pas soumis à cette catégorie (1).

Tels sont les arguments principaux de cet écrit pure ment philosophique et dont il n'entre pas dans notre plan de donner une analyse plus détaillée. Pour appuyer ses preuves, l’auteur, dans le deuxième livre, appelle à son aide les autorités, les anciens philosophes, surtout ceux de la Grèce, et en seconde ligne ceux de Rome (c. 8); à cette occasion, il examine jusqu'à quel point il saurait être question pour l'âme, ainsi que pour tout ce qui est sorti des mains du Créateur, (d’après le livre de la Sag., c. 11, v. 21) de mesure, de nombre et de poids; il fait appel ensuite aux ‘Pères de l’Église (c. 9), à la Bible et, en particulier, à l’apôtre saint Paul, dont il raconte d'une façon très détaillée le ravissement jusque dans le troisième ciel (c. 12).

Dans le livre troisième, l’auteur réfute encore divers arguments mis en avant, par Faustus ou par d’autres, contre l’incorporalité de l'âme ; il confirme en même temps les arguments qu'il a déjà produits auparavant et qu'il récapitule à la fin de l'ouvrage. C'est précisément cette récapitulation qui nous montre clairement, selon la remarque judicieuse de Ritter (p.569)« l'allure embarrassée avec laquelle Claudien développe ses idées », et c’est elle aussi qui nous montre, ajouteronsnous à notre tour, si on la compare à l’ouvrage lui-même, le défaut de disposition systématique dans la matière; l’analyse rapide que nous en avons donnée a déjà montré du reste ce plan défectueux. L'auteur le sentait bien lui-même, ainsi que nous l’avons dit. Et malgré cela, cet ouvrage a des qualités qui ne sont pas à dédaigner pour cette époque : il témoigne non seulement d'une érüdition et d’un esprit de dialectique

1. Catégorie est le terme technique dans Aristote (Note des T'rad.).

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rares en ce temps-là, mais encore d'une liberté et d’une indépendance de pensée qui méritent tout éloge. Ces qualités se révèlent encore dans la hardiesse avec laquelle Claudien puise ses expressions dans le lexique de l'antiquité très reculée et dans celui de son époque, tout en renonçant, il est vrai, à l’élégance du style. Avant tout, c'est le fond lui-mème qui lui importe le plus; pour lui, la forme n’est que peu de chose; la pompe oratoire, l'amour de la phrase, il les renie,. si bien quil en imposait par là à son ami Sidoine, lequel visait précisément à la rhétorique (1). À cette qualité si rare à cette époque, ajoutez que, fréquemment, la narration va rapidement à son but au moyen de phrases courtes et sans réplique; c’est là un procédé qui nous rappelle les dialogues de son maître, saint Augustin. On ne saurait méconnaître, en effet, que ce Père ne Jui ait tout d'abord servi de maître et de modèle.

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