Habemus maximum tuae fomitem salutis, » , ete, pro
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Dans le deuxième livre, la Philosophie passe à l'application des moyens doux. Il souffre, dit-elle, des aspirations qui le reportent vers le bonheur (/ortuna) d'autrefois; mais, s'il se souvenait de la véritable essence de ce bonheur, il verrait bien que, en le possédant, il ne possédait rien de bon et que, par suite, il n’a rien perdu. Ce n’est que le passage subit d’un état à l'autre qui l’a ébranlé. Puisqu'’il s’est soumis au gouvernement de la Fortune, il doit obéir à ses caprices : si elle restait stable, elle cesserait d’être le sort (/ors)). C’est donc au nom de la Fortune que la Philosophie lui fait un discours pour lui montrer qu'il n’a pas lieu de se plaindre, puisqu'il a perdu seulement ce qu’il devait à ses faveurs. Elle lui montre ensuite tout le bonheur qu'il a eu dès son enfance; elle lui fait voir aussi comment la Fortune cesse maintenant pour la première fois de lui être fidèle. Oui, vraiment ! s’il pouvait compter, mesurer la joie et la tristesse qu'il a éprouvées dans sa vie, il ne saurait nier qu'il ne soit encore toujours heureux. Ce qu'il a de plus précieux, en effet, parmi les biens dela Fortune, c’està-dire, son beau-père, sa femme, ses fils, lui a encore été conservé. Boèce, qui a déjà interrompu une ou deux fois sa consolatrice, lui objecte ici que, tout en reconnaissant la vérité de ses paroles, il a cependant beaucoup perdu des ornements (ornamenta) de la vie ; on ne saurait le nier. La Philosophie lui montre ensuite, dans sa réponse, que le vrai bonheur a son siège dans l’intérieur de l’homme : elle explique combien le bonheur des biens de la terre est méprisable, combien ont peu de valeur les richesses, les dignités et la puissance, et combien elles méritent peu le nom qu’elles portent ! Que la gloire est donc pleine de vanité ! Ce dernier point est basé sur des preuves développées d’une manière toute particulière. Néanmoins, il faut être juste envers la Fortune, dit la Philosophie en terminant; elle a droit à la reconnaissance de l’homme lorsque l’infidèle découvre son visage, et que, cessant de lui sourire, elle le ramène aux biens véritables. C’est ainsi qu’elle fait alors reconnaître les vrais amis de l’homme, tels que sont ceux qu'a trouvés Boèce; c’est là un trésor bien au-dessus de toutes les richesses. Ce livre se termine par un chant dans lequel la Philosophie célèbre l'amour; lui seul lie
le monde physique ainsi que le monde moral; c’est lui enfin qui dicte ses lois aux amis fidèles.
Dès le début du troisième livre, Boèce se sent si fortifié qu'il prie la Philosophie de lui indiquer maintenant les remèdes violents. Celle-ci veut enfin le conduire au vrai bonheur en le lui faisant connaître d'abord d'une façon négative, par ce qu'il n’est pas. En premier lieu, dit-elle dans un chant, il faut arracher l'ivraie d’un champ, avant de songer à l’ensemencer. Mais ici elle procède méthodiquement : tous les efforts des hommes tendent vers un seul et unique but, la félicité; c'est un bien qui, une fois obtenu, ne laisse plus rien à désirer; cela en fait le premier de tous les biens, le bien qui renferme tous les autres. Ainsi, elle détermine l'idée de la félicité (beatitudo) (4). Les hommes la recherchent avec passion par différents moyens. Richesses, honneurs, puissance, gloire, plaisirs : voilà, pour eux, le plus grand des biens. La philosophie montre ensuite combien chacune de ces choses répond peu à l'idée du souverain bien. Les hommes devraient plutôt aspirer à tous ces biens à la fois en les prenant dans un sens vrai et plus élevé, dans un sens qui montre que tous ne sont qu’une seule et même chose (2).
Après avoir montré la forme du faux bonheur, la philosophie invoque donc en vers, le « Père de toutes choses; » elle le prie de l’éclairer, afin qu’elle puisse faire comprendre parfaitement en quoi consiste le vrai bonheur dans toute sa plénitude, L'existence d’un bonheur imparfait suppose celle d’un bonheur parfait : donc ce dernier existe. Dieu, étant un bien, est le bien suprême ; et, d’après ce qui a été dit précédemment, il est la béatitude parfaite. Tout aspire vers Dieu, même sans le savoir, parce que tout aspire vers l'unité,comme vers la condition de sa propre conservation. Il est donc le but de toutes choses. Il dirige le monde par le seul gouvernail de sa bonté, parce que tout, en vertu de cette aspiration spontanée vers lui, obéit volontairement. Mais le mal n'est rien,
4. « Liquet igitur esse beatitudinem statum bonorum omnium congregatione perfectum. » L, 3, pr. 2.
2. C'est-à-dire différents éléments du bonheur suprème; qui possède l’un, possède aussi les autres. Cf. ce. 10 et e. 41 init.
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vu que Dieu, qui peut tout, ne peut pas faire le mal. La fin de ce livre nous ménage une récapitulation de son contenu, après quoi l’auteur, dans un beau cantique, nous raconte la fable d'Orphée et d'Euridice, afin de montrer à ceux qui veulent élever leur esprit vers la lumière, qu'il ne faut pas porter ses regards vers les ténèbres de l'enfer et s’exposer par là à perdre le plus précieux de tous les biens.
Dès le début du livre quatrième, Boëce se déclare complètement convaincu par le discours de la Philosophie; mais, ce qui le tourmente le plus, c'est précisément de voir qu’il existe une Providence qui régit toutes choses et que, malgré cela, non seulement le mal existe lui aussi, mais que même il reste impuni; ce qu'il y a de pire, c'est de le voir régner et prospérer, tandis que la vertu reste sans récompense; que dis-je? les impies la foulent aux pieds, et c’est elle qui porte la peine de leurs iniquités. Là-dessus, la Philosophie veut montrer à Boèce que c’est le contraire qui a lieu; cela ressort déjà de son précédent discours; elle veut faire voir à son esprit le chemin qui conduit à la patrie du ciel, d’où il est venu. Elle possède, dit-elle dans un chant, les ailes qui lui feront prendre son vol vers cette patrie céleste. En premier lieu, elle montre que, en tout temps, ce ne sont pas les méchants qui ont le. puissance, mais les bons : tous en effet, aspirent au bonheur. Or, celui*ci étant dans le bien, il s'ensuit que les mauvais ne peuvent obtenir ce vers quoi ils aspirent. De plus, le mal n’étant rien, ils ne peuvent rien Les bons, au contraire, d'après ce qui a été dit, sont déjà heureux puisqu'ils sont bons. Mais les bienheureux doivent devenir dieux, voilà leur récompense (1). D'autre part, les méchants s’abaissent jusqu’au rang de la bête, et leur méchanceté est déjà une punition ; cependant d'autres encore les attendent après la mort (pr. 4.)
Boèce reconnaît, j'en conviens, que le vrai bonheur ou le vrai malheur de chacun repose sur le mérite personnel ; toutefois, pense-t-il, 1l y a bien, dans ce qu’on appelle ordinairement bonheur (/ortuna popularis\, un peu de bien comme un peu de
4. « Sed qui beati sunt, deos esse convenit; est igitur praemium bono-
rum... deos fieri. » L. 4, pr, 3 (parce que Dieu est la béatitude, beatitudo).