‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 289 sur 382 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Saint Fortunat a, au point de vue historique, une toute autre importance qu'Arator : beaucoup plus fécond et plus étendu, il est le principal représentant de cette époque. Cette distinction est d'autant plus méritée que, si nous faisons abstraction des hymnes, nous ne trouvons, depuis Arator jusqu'à la fin du vir siècle, aucun poète d'importance ; c'est même à peine si l'on peut citer un nom. Ajoutons à cela que la double direction que nous avons remarquée, en ce temps-là, dans la poésie chrétienne-latine, l’une profane et l'autre religieuse, est représentée par ses œuvres, qui nous rappellent tout aussi bien un Sidoine Apollinaire qu'un saint Paulin ou un saint Ambroise. |

Comme Arator, Venanrius Hononms CLemEnTianus Fon- TUNATUS (2) était né, probablement entre 530 et 540, dans la

1. Il y mentionne, au vers 47, Dracontius ; c'est bien là en effet la leçon qu'il faut adopter, et non Decentius: dans les deux cas, la quantité est violée.

2. Venantii Honor. Clement. Fortunati opera omnia post Browerianam editionem nunc recens. ad mss. codd. Vaticanos nec non ad veteres editiones collata etc., nova ejusdem vita locupletata, opera et stud. M. A. Luchi, 2 t. Rome, 1786, in-4; Notice d'un manuscrit latin de la Bibliothèque du roi par Guérard (contient des poèmes de Fortunat inconnus jusqueà) in : Noticeset extruits des mss., t. XII, Paris, 4831, in-4 (part. 2, p. © 8q.) ; — Ven. Honor. Clement. Fortunati presbyteri italici opera poetica

haute Italie, sur le territoire situé entre Cénéda et Trévise. C'est à Ravenne, capitale de l'empire ostrogoth, etensuite siège de l'exarchat, que Fortunat reçut son éducation scientifique : elle embrassait non seulement la grammaire et la rhétorique, mais aussi la jurisprudence. A Ravenne cependant, il resta complètement étranger soit à la théologie, soit à la philosophie. Par contre, il s’y essaya déjà dans la poésie, ainsi qu’en témoigne le premier poème de son recueil, où il célèbre et décrit la consécration d'une nouvelle église de cette ville. Peu après 860, Fortunat quitta sa patrie pour visiter la Germanie et la Gaule. Il s'arrêta d'abord en Austrasie, à la cour de Sigebert, dont il célébra, dans un de ses poèmes, le mariage avec Brunehaut. Il semble que ce roi lui ait accordé ses bonnes grâces d’une manière toute spéciale. En Austrasie, Fortunat fit aussi la connaissance de plusieurs grands personnages romans et germains avec lesquels 1l eut des rapports d'amitié qui durèrent, pour plusieurs, de longues années. De la cour de Sigebert, il se rendit à Tours, ville qui appartenait au mème roi et qui était peut-être en premier lieu le but du voyage de notre poète (1). Fortunat nous raconte en effet qu’il avait été guéri, à Ravenne, d’un mal d'yeux par l'influence miraculeuse de saint Martin; il avait obtenu. ce résultat en faisant sur ses yeux des onctions avec l'huile de la lampe qui brülait devant l’image du saint, dans une église de la capitale. Il est donc tout naturel de supposer que, s’il n'en avait pas fait le vœu, il ait eu au moins le désir de faire un pèlerinage au tombeau de saint Martin. De Tours, il se rendit à Poitiers, où il fit la connaissance de sainte Radegonde; cette circonstance devait avoir une grande influence sur le reste de sa vie (2). Fille de roi de la Thuringe, Radegonde était prisonnière de Clotaire I, fils de Clovis, depuis la défaite de son oncle Her-

recens. et emend. Fr. Leo., Berlin, 1881 (Monum. German. histor.); Bormann, Ueber das Leben des lat. Dichters Ven. Fortunatus im Osterprogram. des Gymnas. von Fulda, 1848, in-4 ; — Ampère, Hist. littér.,t. U, p. 275 sq. ; — Hamelin, De vita et operibue Ven. Fortunati, Rennes, 1878. 4. C'est ce que pense aussi Paul Diacre, Historia Langgoberd, II, c. 43. 2. Voir à son sujet: Duemmiler, Rudegunde von Thueringen, in : 1m neuen Reich, 1871, vol. II, p. 641 sq.

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