‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 291 sur 382 · Hermanfried était le meurtrier de son père · texte numérisé non relu

Hermanfried était le meurtrier de son père

2. Ainsi que le montre la dédicace en prose adressée à saint Grégoire, et publiée en tête du recueil des œuvres de saint Fortunat.

3. Dans ces livres, les éditeurs ont incorporé les poèmes qu'on a découverts plus tard ; on y trouve en outre quelques morceaux de prose : ce sont, avec des lettres, une explication du Pater et une explication du Symbole des Apôtres. La division par livres, qui ne doit guère être l'œuvre du poète, ne repose sur aucun principe général, quoique, dans certains livres, elle sit eé déterminée par des motifs arrêtés.

” poèmes d'occasion, dans toute l’acception du terme (1). Ce sont, en partie, des poèmes panégyriques de tout genre, et, en partie, des épitaphes, dont plusieurs ressemblent aux panégyriques; en partie, des épigrammes, forme que prennent aussi les épitaphes, et, en partie, des épitres ou élégies. Ces dernières nous conduisent dans le domaine de la poésie lyrique qui est aussi représenté par un certain nombre d’hymnes. On trouve enfin, à la suite des épîtres, des poèmes qui contiennent des descriptions de voyage, ou bien encore des poèmes narratifs.

Si nous passons maintenant à l'étude spéciale de chacune de ces catégories et tout d'abord à celle de la grande classe des panégyriques, qui apparaissent principalement dans les premiers livres, il nous faudra faire une distinction entre panégyriques proprement dits ou directs, etpanégyriques indirects. Parmi les premiers, il faut classer, par exemple, le panégyrique de Léontius, évêque de Bordeaux (1. I, c. 45). Cet homme, si distingué par son origine et sa munificence, semble avoirété, Jui aussi, l’ami particulier de saint Fortunat. Il faut y classer en outre des poèmes plus petits que le panégyrique de Léontius, comme ceux qui retracent les vertus de Félix, évêque de Nantes (1. IIT, c. 8), de Nicétius, évêque de Trèves (1. IIF, c. 41), des évèques de Cologne (1. LE, c. 49) et de Reims (1. IE, c. 20). On peut voir, dans ces poèmes, comme une dette de reconnaissance payée à l'hospitalité que Fortunatavait trouvée auprès de ces évêques (2), quoique le poète s’abstienne d’en parler directement; il y règne un certain ton d'intimité qui leur sied bien. A cete classe, il faut bien encore rattacher le panégyrique en l’honneur du clergé de Paris (1. Il, c. 43); Fortunat y exalte le service divin, notamment celui des Vigiles, tel que ce clergé, l’évêque Germain en tête, l’avait introduit dans les églises ; l’auteur ne manque pas surtout de traiter le côté musical de la question, ce qui fait de son écrit un tableau historique très intéressant au point de vue de la civilisation.

1. Cela s'applique également aux poèmes découverts par Guérard. 2. À ce point de vue, ils ne sont pas sans valeur pour la biographie de saint Fortunat.

Ce n’est pas seulement aux ecclésiastiques que le poète consacre ses chants ; il célèbre aussi, dans ses vers, les grands da siècle. C'est ainsi qu'il a composé des panégyriques. dans le vrai sens du mot, en l'honneur des rois mérovingiens Caribert (1. VI, c. 4) et Chilpéric, 1. IX, c. 1). Le panégyrique de ce dernier, à en juger par le début, a dù être récité par le poète devant le synode réuni, à Braine, en 580. Ici, Fortunat se mortre, au point de vue moral et esthétique, sous un jour très défavorable : on y voit le panégyrisie de l'ancienne trempe, le poète flatteur et courtisan dont le langage boursoufflé ne recouvre aucune vérité ou bien cache un mensonge; cela est évident, par exemple, quand il dit que la gloire de Chilpérie est destinée à remplir l'univers entier, etque la Libye, la mer Rouge, l’Indus connaïssent son nom ; quand il exalte non seulement l’érudition et la poésie (4), mais même la justice de cet ennemi, peut-être même de ce meurtrier de son frère Sigebert (2), à qui Fortunat était si redevable; quand enfin il n’exalte pas moins son épouse Frédégonde « riche en mérites de toutes sortes ! » Nous retrouvons encore la même intempérance d’éloges dans le panégyrique de Caribert ; parfois ils sont taillés sur le mème patron. Il le compare à Salomon, à Trajan, aux Fabius. Sa fidélité surtout excite les louanges du poète (3). On connaît l'éloge curieux qu'il accorde ici à son éloquence, dans la langue romaine. Avec le court panégvrique deSigebert et de Brunehaut, éloge que le poète avait composé pour féliciter cette femme de sa conversion au catholicisme, nous retrouvons encore en Fortunat le même poète courtisan, dans toute la force du terme (1. VE, c. 3); il est vrai de dire qu’en l'écrivant, il pouvait se laisser influencer ici par des considérations toutes personnelles.

Mais, parmi ces panégyriques, il y en a qui ont été dictés

4. 11 dit de Chilpéric v. 105 : « Regibus aequalis de earmine major haberis, » et au v. 110 : « Proelia robur agit, carmina lima polit, »

2. Frédegonde avait du moins soudoyé les meurtriers, d'après ce que dit Grégoire de Tours (H. Franc. IV, c. 51). Dans sa flatterie même, Fortunat n’a pas honte de laisser entendre qu'en perdant Sigebert, le monde n'a rien perdu; c’est bien là-dessus, en effet, qu'il faut rapporter le v. 67 : « Nil

dolet amissum, te rege superstite, mundus, »

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