ÉPITAPHES. LETTRES
ses voyages. Dans une lettre à Félix (1. III, c. 9), le poète nous fait une description’ du printemps, mais d’un de ces printemps tels qu'il y en a en’France et dont l’ouverture coïncide avec la fête de Pâques : la nature renaît et ses dons reviennent avec son maître. Le poète n’a pas du reste besoin de celte coïncidence pour mettre ailleurs en rapport le printemps et la fête de Pâques (1), ainsi que cela aura l‘eu plus tard dans la poésie du moyen âge. Dans une lettre à Lupus (1. VIE, c. 8), il décrit les ardeurs de l’été et la langueur des pauvres voyageurs qui meurent de soif; dans une lettre à Radegonde (1. XI, c. 28), c'est la rigueur de l'hiver qui exerce son pinceau. Mais ce sont des charmes autrement grands que: ceux que nous trouvons dans la description de Metz et de ses environs, dans une lettre qu’il envoie à Villicus, évèque de cette ville (1. IT, c. 14).
Toutefois parmi les poèmes de saint Fortunat, le plus connu est sans contredit son Voyage de la Moselle, depuis Metz jusqu’à Andernach ; il l'entreprit en bateau, en compagnie du roi d'Austrasie (De navigio suo, 1. X, c. 10). Nous avons là un pendant au poème d'Ausone, et, si celui du poète de Bordeaux est supérieur par la narration, celui de Fortunat se distingue néanmoins par maints traits poétiques charmants, qui nous représentent avec de vives couleurs les coteaux plantés de vignes de la rivière allemande. Le poème (1. 1IE, c. 12) qui décrit la forteresse de Nicétius, évèque de Trèves, n’est pas moins captivant. Située, elle aussi, sur les bords de la Moselle, elle réunissait aux agréments d’une maison de campagne les avantages d'une place fortifiée : c’est là une preuve que, à cette époque, il était nécessaire de défendre ainsi les sanctuaires de la civilisaticn (2). Nous devons faire remarquer également un poème sur le Gers, dans la Gascogne (1. I, c. 21). Le poète nous y donne une description, vivante et accentuée, de cette rivière qui tarit pendant l'été et ne forme qu'un ma-