‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 303 sur 382 · SAINT GRÉGOIRE LE GRAND. LES PLUS ANCIENNES HYMNES RYTHMIQUES · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND. LES PLUS ANCIENNES HYMNES RYTHMIQUES

Outre S. Fortunat, le vie siècle possède encore un hymnographe bien connu, je veux dire saint Grégoire le Grand; mais c’est surtout par ses écrits en prose qu’il a exercé une influence considérable sur le moyen âge. A ce point de vue, ce grand pape occupe, vers la fin du siècle, une place tout aussi élevée que l’a été celle de Cassiodore au milieu de ce même siècle; toutefois, malgré la parenté multiple de leurs productions littéraires, elle est essentiellement différente. Si Cassiodore représente la crise des deux époques de cette période, saint Grégoire apparaît déjà comme le représentant complet de la deuxième. On trouve encore dans les pages de celui-là, le reflet d’une culture plus élevée qui va disparaître ; parfois même, y a-t-il une lumière éclatante ; mais, par contre, nous voyons déjà les ombres de la nuit tombante s'étendre sur les écrits de celui-ci.

GrécoE (1), d’une antique et illustre famille romaine, naquit vers la fin de la première moitié du vr siècle. Ce riche

1. S. Gr'egorii papae I. cognomento magni opera omnia, ad mss. codd., etc., emendata, aucta et illustrata notis, stud. et lab. monachorum ord S. Benedicti e congregat. S. Mauri. 2 vol. Paris, 1705, in-fol. ; — Lau, Gregor I. der Grosse nach seinem Lcben und seiner Lehre. Leipzig, 1855 ; Daehne, Gregor I. in Ersch und Gruber's Encyclopaedie. Sect. I, vol. 89, 1869; — Gregorovius, Geschich'e der. Stadt Rom im Mittelalter, 2 vol. Stuttgart, 1859,

fils de patriciens embrassa d'abord avec succès la carrière politique. De bonne heure, il fut préteur de Rome; il acquit, dans cette position, une habileté pratique des affaires; cela devait lui être très utile plus tard dans l’état ecclésiastique, mais cela devait aussi être comme une barrière qui lui fermerait l’entrée de la vie ascétique, vers laquelle il se sentait porté. C'est sans doute sous l'influence de sa pieuse mère que s'était développé en lui, de bonne heure, ce penchant pour la vie du cloître. Après la mort de son époux, cette femme entra dans un couvent et Grégoire vendit tous les biens de son immense héritage ; le produit qu'il en retira fut employé au soutien des pauvres et à la fondation de sept couvents. L'un de ces derniers fùt bali à Rome même, et c'est dans celui-là que se retira Grégoire, pour prendre l'habit religieux. Mais il ne lui fut pas donné de vivre longtemps exclusivement de la vie d’ascétisme et de contemplation; le pape le nomma diacre de Rome, et il l'envoya même, bientôt après, vers 580, à Constantinople, en qualité de nonce. C’est là que, pendant de longues années et au milieu des circonstances les plus difficiles, il sut représenter, avec une rare habileté diplomatique, les intérêts de la Curie romaine et aussi ceux de Rome et de l'Italie que menacaient les Lombards. De retour à Rome, il fut élu abbé de son couvent, et, environ cinq ans plus tard, après la mort du pape Pélage IL, il fut appelé à monter sur le siège de saint Pierre : c'était en 590. Le choix qu'on avait fait de sa personne était un signe de la confiance générale, et cette confiance était d’autant plus grande que la situation de Rome était plus triste à cette époque. Une peste terrible s'était abaltue sur la ville et . Je pape lui-même en avaitété la victime. Grégoire refusa pendant longtemps d'accepter une fonction aussi élevée, qui le forçait à renoncer pour toujours à la vie monastique. Co fut peine perdue. Les grands, comme le peuple lui-même, lequel s'était opposé à son départ pour l'Angleterre alors qu'il n'était que simple moine, le réclamaient à grands cris, comme seul capable de faire face aux malheurs de ces temps orageux.

Ils ne s'étaient pas trompés. Non seulement, malgré sa santé débile et le poids des affaires, il remplit avec la plus grande fidélité tous les devoirs de sa vocation sacerdotale et veilla,

dans la mesure de ses forces et avec la plus grande énergie, sur la conduite du haut et du bas clergé; mais encore il prit soin du bien-être matériel de la ville; il la préserva d'une famine en y faisant pénétrer une immense quantité de blé, et de l'invasion des Lombards per l'habileté de sa politique et l'emploi du trésor de l'Église romaine, qu'il administrait d'une manière admirable. Il sut également parvenir « à se faire reconpaîlre en silence comme le chef de la Rome politique ellemême (1); » et, en fondant ainsi la puissance temporelle de la papauté, il sut aussi préparer l'indépendance de Rome vis-àvis de Byzance. Il affermissait et fortifiait par là d’une manière extraordinaire la hiérarchie de la papauté elle-même, qu'il aspirait du reste à répandre et à consolider par sa modération et par son influence morale, et les résultats qu’il obtint furent plus salutaires à cette époque qu'ils ne l’auraient été plus tard, notamment au point de vue de la culture. Nous en avons déjà un exemple dans la conversion de l'Angleterre, qui fut l’œuvre des missionnaires envoyés par saint Grégoire. Dans ces temps de désorganisalion et de décadence de la culture intellectuelle et morale, il fallait, dans l'Église, une centralisation puissante et une grande autorité morale. Mais ce qui devait aussi être de la plus haute importance au point de vue de la culture scientifique, et ce qui le fut en effet, ce fut l’alliance plus étroite et durable de l'Ouest occupé par les Germains, avec la patrie et le siège de l'antique culture, je veux dire, l'alliance avec l'Italie et avec Rome.

Étant donnés le développement et la force que reçut le prestige de la papauté par le ministère de saint Grégoire, il est facile de comprendre la grandeur de ses efforts pour améliorer et étendre la liturgie. Ces efforts portèrent principalement sur la messe, aux cérémonies de laquelle 1l donna le premier leur complet développement, ainsi que sur le chant ecclésiastique, spécialement sur celui qui a rapport aux cérémonies de la messe. Mais ce qu’on peut dire avec certitude, c’est seulement que saint Grégoire ne fit qu'organiser, et n'introduisit pas comme une chose toute nouvelle, ce genre de chant « simple

1, Gregorovius, op. c , p. 58.

Page 1