REGULA PASTORALIS. HOMÉLIES. LETTRES
Si, dans ses ouvrages en prose, il nous rappelle saint Ambroise, on peut dire que, par sa poésie, il se rattache immédiatement à lui. Il ne s’en est pas toujours tenu, il est vrai, à la forme ambrosienne; il a composé deux hymnes dans le mètre de Sapho, ce qui a d'autant plus lieu de nous surprendre que cet homme se détournait de la culture antique. Quoique saint Grégoire s'éloigne, dans ces deux hymnes, de la forme de saint Ambroise, il suit partout l’évêque de Milan dans le traitement « précatif » (4), selon l'expression exacte de Mone, et par une tendance morale bien prononcée ; comme celles de son illustre prédécesseur, ses hymnes sont destinées au culte, et c’est l’intérêt pratique qui certainement leur a donné naissance. Mais clles manquent du charme poétique de la symbolique; elles sont plus sobres et moins imagées que celles de saint Ambroise ; néanmoins la langue en est plus élégante que celle de la prose de saint Grégoire, ce qui est la suite des efforts qu'il fait pour imiter le style de son modèle. Nous rencontrons dans ses hymnes les mêmes pensées que nous avons vues dans les homélies ; il fallait s'y attendre, et c'est ce que Mone a démontré (2). Pour le vers lui-même, saint Grégoire reste fidèle à la tradition, eæ=-ahservant exactement la quantité (l'emploi qu'il fait du mi ue en est déjà une preuve) (3); mais Î | | encore la septièk. ; parmi celles que lui attribue Mone au contraire, c’est tout au plus si les n° 72 et 73 de son recueil peuvent être l’œuvre de saint Grégoire. °
4. Ces mots « traitement précatif » signifient que les hymnes de saint Grégoire ont le caractère d'une prière, comme celles de saint Ambroise. (Note des Trad.)
2. Mais la conclusion de Mone, prétendant que partout où a lieu cet accord, l'hymne est bien de saint Grégoire, est une conclusion erronée. D’autres pouvaient plus tard emprunter les pensées de ses homélies, C'est pourquoi Mone n'a fourni aucune preuve pour lauthenticité des hymnes angéliques in°* 306 et 308 de son recueil), contre laquelle s'élèvent beaucoup de témoignages.
3. Quand Teuffel (2° éd., $ 485, n° 5) dit : « Hiatus et influence de l'accent comme à l'ordinaire » (sic), il est à remarquer qu’il s’appuie, pour justifier ce jugement, sur une strophe non authentique et sur deux passages des hymnes saphiques dont l’un est, pour sûr, et l’autre, probablement, le résultat d’une leçon fausse. Ce n'est qu'avec la plus grande circonspection
de critique qu’on doit se prononcer ici, car on a remanié diversement ces hymnes dans un temps postérieur, alors que l'accent seul régnait dans ce
il paraît avoir fait de l’hiatus un usage plus large que saint Ambroise (1). Par contre, la lutte entre l’accent du mot et l’accent des vers est plus fréquente et la rime moins riche que dans Fortunat et Sédulius ; règle générale, il n’admet que la rime accouplée.
Quoique les hymnes de saint Grégoire soient absolument
métriques, il faut dire cependant qu’on en trouve d’antérieures, pendant ce même siècle, qui ont un caractère rythmique ; on ne saurait toutefois avec certitude déterminer que pour quelques-unes une époque si reculée. Ce petit nombre est néanmoins suffisant pour montrer que ce genre de poésie avait déjà adopté cette forme tout à fait populaire, qui se dessine de plus en plus avec le temps pour arriver à régner seule. C'est ainsi que, parmi les hymnes citées dans la règle (Regula) d'Aurélien, évèque d'Arles, morten 555, nous trouvons aussi les suivantes : Rex aeterne Domine et Magna et mirabilia. Bède (De arte metrica, c. 24) cite précisément la première comme modèle d'hymne rythmique et donne toute la première strophe. La voici : Rex aeterne Domine —Rerum creator omnium — Qui eras ante saecula — Semper cum patre filius. Le rythme de cette hymne, et aussi de la suivante, est formé comme on le voit, d’après le modèle des hymnes ambrosiennes, ainsi que le fait remarquer Bède lui-même, avec cette différence toutefois que l'ictus remplace les longues, tandis que pour la fhésts, cela va
genre de poésie et que l’hymne rythmique avait fait disparaitre l'hymne métrique ; alors on accommods la forme de ces hymnes au goût du temps. Un seul exemple doit nous suffire. Dans l'hymne « Audi, benigne conditor » on lit au vers 11 : ad laudem tui nominis au lieu de la leçon correcte qu'offrent des manuscrits plus anciens et plus dignes de foi, ad nominis laudem tui (v. Mone, I,p . 96). Cette dernière leçon observe fidèlement la quantité, et la lutte entre l'accent du mot et l'accent du vers ; cette dernière lutte disparait dans la première leçon, et une brève prend sous l’arsis la place d'une longue, et cela d'une manière telle que ne l’admettait pas la liberté métrique du vi siècle ; par contre la premiere leçon nous fait gagner une rime avec le vers suivant, qui se termine par + languidis. » C’est ainsi qu'en faisant disparaître la lutte de l'accent et en introduisant la rime, le vers correspond bien mieux à la poésie hymnique accentuée qui régna seule plus tard.
1. Nous ne pouvons. il est vrai, baser ce jugement que sur l'hymne Primo dierum omnium, quoique l'hiatus n’y fasse son apparition çà et là qu’à la suite d'une correction postérieure.
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sans dire, la quantité est de tout aussi peu d'importance (1). Du mètre appelé Tetrameter trochaicus catalectus se développa, peut-être à une époque tout aussi reculée, une autre forme de l'hymne rythmique; ce tétramètre trochaïque catalectique était populaire et depuis longtemps en usage dans la poésie métrique des hymnes, ainsi que nous l'avons vu; le mètre nommé acatalectus avait, sousla forme rythmique, déjà ‘fait son apparition dans la psalmodie du peuple avec. l'hymne abécédaire de saint Augustin (v. plus haut p. 271). D'un distique du tétramètre catalectique on forma, pour l'hymne, une strophe de quatre vers, en faisant un vers de chaque hémistiche, comme dans’ hymne: Apparebit repentina — Dies magna. domini — Fur o6scura velut nocte — Improvisa occupans. Bède cite cette hymne comme exemple d’hymne rythmique formée d'après le mètre trochaïque, et elle remonte bien aussi ‘au vi siècle (2). Mais que le nombre de ces hymnes fût encore, au milieu du vi siècle, relativement restreint, comparé à celui des hymnes métriques, c’est ce que nous montre cette Regula ; parmi les six, qu’elle cite et qui étaient destinées au culte, il n’y a de rythmiques que les deux hymnes ci-dessus mentionnées. L'hymne rythmique est donc encore bien loin de supplanter l'hymne métrique; elle ne fait que suivre, longtemps encore, et comme classe spéciale, une route parallèle; Bède les considère d’une manière complètement indépendante les unes des autres et, détail à remarquer, il traite des hymnes rythmiques en forme d'appendice.
. 4. est bon de remarquer que, dans le premier vers de la première de ces hymnes, la première thesis manque, non seulement dans la Regula, mais aussi dans Bède, de même que dans tous les manuscrits ; voilà pourquoi Daniel retire lui-même (au t. III, p. 20 de son Thes. hymnol.) la correction qu'il avait donnée (au t. [, p. 85) : « O Rex aeterne Domine. » Je n'ai vu l'autre hymne nulle part, mais il suffit du premier vers (magna et mirabilia) pour mettre au jour son caractère entièrement rythmique.
2. C'est une hymne alphabétique pareille à celle de Sédulius (v. plus haut, p. 403-404) ; il résulte déjà de là qu'il faut y voir des strophes à quatre vers, forme sous laquelle Bède donne également cette hymne et même comme pendant aux hymnes ambrosiennes iambiques. C'est à tort que Daniel (op. c., I, p. 194) et Du Méril (Poésies popul. lat. antér, au xu° siécle, p. 136) la donnent dans la forme des distiques du tétramètre trochaïque. V. également plus loin ce que nous disons de l'écrit de Bède. . Ù
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