DE GLORIA CONFESSORUM. VITAE PATRUM
n'en fait pas la remarque), qu'il y traite seulement de saints Évèques, abbés et ermites (il y a même une abbesse), appartenant à la Gaule et, pour la plupart mème, à la région d’Arverna et de Tours. Cette Vie des Pères comprend vingt chapitres ou récits spéciaux, dont trois sont consacrés à deux saints particuliers. Chaque chapitre a un prologue à lui, tantôt plus long, tantôt plus court; c'est souvent un petit sermon sur un texte biblique, ayant trait à la vie du saint en général. Nous avons, là encore, une preuve qui montre que les Vies furent d’abord éditées à part. Cet ouvrage de saint Grégoire est sans contredit le plus mtéressant et le plus remarquable de son recueil hagiographique tout entier; c’est également celui qui se rapproche le plus de son ouvrage historique, lequel renferme également de telles biographies de saints. Ici, l'auteur n’a pas puisé seulement dans la tradition orale (1), mais encore, pour plusieurs particularités, dans ce qu'il a vu en personne. N’a-t-il pas connu personnellement la plupart de ces saints? Quelques-uns même lui sont alliés par le sang. C'est ainsi que nous y trouvons la vie de son arrièregrand-père, Grégoire, évèque de Langres; celle de Nicétius, évèque de Lyon, lequel était son grand-oncle; de même que celle de Gallus, son oncle et son premier précepteur. La valeur de ces différentes pièces n'est pas la même, il est vrai, pour chacune d'elles : plusieurs offrent des matériaux importants pour l’histoire de cette époque, notamment pour l’histoire ecclésiastique, par rapport à l'élection des évêques (2), par exemple, à la fondation de cloîtres, à la valeur qu'on attachait à la voix et au chant des ecclésiastiques, etc. Il est à peine nécessaire de dire que ce livre renferme souvent le récit de miracles. Dans cette hagiographie, le récit est simple et sans prétention; on ne saurait nier, du reste, que l'auteur n'ait mis le plus grand soin à la composition de cette Vie des Pères.
Il nous reste encore à étudier, de saint Grégoire de Tours,
4. Il cite même les témoins sur lesquels il s'appuie, par exemple : c. 9, Prol., ce. 11, $ 3; — c. 17, Prol., c. 20, $ 2. 2. V. surtout c. 6, la Vfe de Gallus, et cf. aussi ce. 8, $ 3.
un remarquable écrit qu'il composa peu après la prise de possession de son siège épiscopal et, en tout cas, avant l'année 582. C'est le livre, retrouvé d'abord par Fr. Haase et édité par lui, dans son entier, sous le titre de : De cursibus ecclesiasticis. Saint Grégoire le nomme ainsi dans la liste de ses œuvres, ne faisant apparemment qu'esquisser, par cette courte indication, le titre complet, tel que ke donne le manuscrit : De cursu stellarum ratio qualiter ad officium implendum debeat observari (1). Le terme cursus avait reçu, en effet, dans les églises dela Gaulela signification de«officium »(ecclesiasticum), ainsi qu'en font foi divers passages de ce livre lui-même (v.$ 37). Cet ouvrage devait être un manuel liturgique pour détermiuer l’époque de certains offices nocturnes d’après la position et surtout d'après le lever des étoiles les plus importantes. Nous ne nous appesaniirons pas davantage sur le fond de ce livre, intéressant au point de vue de l’histoire de la civilisation; il s’éloigne du cadre de notre étude; mais nous dirons néanmoins quelques mots relativement à l'introduction, qui occupe plus de la moitié de l'ouvrage. Nous trouvons, là encore, saint Grégoire occupé de son thème favori, des Miracles ; mais ce sont les Miracula mundi : ceux qu'il nomme en premier lieu, sont, sept miracles de la main des hommes, c'est-à-dire : 10 l'Arche de Noé; 2° les murailles de Babylone; 3° le temple de Salomon; 4° le tombeau du roi des Perses, taillé dans une seule améthyste et richement sculpté; 5° le colosse de Rhodes; 6° le théâtre d'Héraclée, bâti dans une montagne; 7° le phare d'Alexandrie. À ces miracles, accomplis par la main de simples mortels, saint Grégoire en oppose sept autres, qui sont
1. Que ce livre, regardé si longtemps comme perdu, soit bien celui de
saint Grégoire, c'est ce que Haase a démontré à fond, en s'appuyant
surtout sur l'étude de la langue; ses preuves sont si solides que le doute n'est plus possible. Le jeu de mots que l'auteur fait, en parlant de Prudence ($ 59) : « Prudentius cum prudenter dissereret, » est le même (ce que Hasse n'a pas vu) que celui qu'emploie Fortunat, l'ami de saint Grégoire, dans sa’ Vie de saint Martin (1. I, v. 19) : « Prudens prudenter Prudentius immolat actus. » Si saint Grégoire n’avait pas aimé ces jeux de mots, comme l’observe Haase, on aurait pu peut-être mettre ce passage à profit pour déterminer l'époque de la composition de l'ouvrage; Haase, du reste, l'a très bien déterminée.
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l'ouvrage de la main de Dieu et qui, par conséquent, comparés aux premiers, sont impérissables ; ce .sont : 4° le flux et le reflux de la mer: 2° l’éclosion de la semence et la fertilité des arbres fruitiers, symbole de la résurrection; 3° le phénix, passage que nous avons cité plus haut (p. 108, rem. 3); 4° le volcan de l'Etna; 5° les sources de Gratianopolis, d'où coulent de l’eau et du feu (1); 6° le soleil, dont il ne mentionne pas le nom avant les autres miracles, parce que l'ordre l'exige ainsi dans ce livre (2); 7° la lune, notamment sa croissance et décroissance. À ces miracles, il faut encore, pense saint Grégoire, ajouter le cours varié des étoiles, et, au moyen de cette transition, il passe à ce qui fait le sujet de son traité.
Les ouvrages de saint Grégoire de Tours sont dignes de remarque, même au point de vue de la linguistique. C'est à bon droit qu'il se plaint en plusieurs endroits, ainsi que nous l'avons dit, de son ignorance grammaticale ; et ce n’est pas sans raison qu'il assure, d'autre part, qu’il s'exprime comme le fait un homme des champs (rusticus). Dans sa langue, en effet, nous remarquons, çà et là, quelques-uns des phénomènes les plus importants non seulement de la décomposition du latin, mais surtout du passage de cette langue latine aux langues romanes, en particulier au français. Dans ces passages, en effet, se fait jour malgré lui, cette Zinqua rustica de la France, telle qu’elle était parlée par le peuple, à cette époque; elle se dégage du latin savant, que l’auteur s’efforce d'écrire, et qui était encore alors la seule langue de la littérature. Quel était le degré de cette romanisation? c’est ce qu’on ne pourrait montrer que par une reproduction aussi fidèle des manuscrits des autres ouvrages de saint Grégoire, comme celle que nous possédons, par exemple, de son dernier opuscule (3).
4. Saint Augustin en parle également, Civit. Dei, 1. XXI, c. 7.
2. « Pro ratione hujus rei locatur extremum, » c’est-à-dire, pour se servir de ce miracle et du suivant comme transition à l'ouvrage lui-même, il va parler des étoiles ; il est donc naturel qu'il parle auparavant du soleil et de le lune. Il s'ensuit avec certitude que cette longue introduction, et celle des sept derniers miracles notamment, est bien l’œuvre de saint Grégoire, ce ‘qui ressort du reste soit de la narration, soit du sujet lui-même qu'il avait tant à cœur.
3. Dans les remarques qu'il a ajoutées à l'édition de cet écrit, Haase a