SAINT ILDEFONSE. EUGÈNE. JULIEN
Le livre de saint Isidore dont nous venons de parler, trouva un continuateur daus un deses élèves, saint ILoeronsE (1), évéque de Tolède. Cet auteur, Goth d'origine (667), accorde, dans sa courte continuation, une place bien plus privilégiée à la nation espagnole que ne l’a fait saint Isidore lui-même. I composa également deux ouvrages théologiques qui ne sont d'aucune importance au point de vue de la littérature générale.
Parmi les quatorze noms qu'il ajouta à la continuation du’
travail de son maître, douze appartiennent à des Espagnols, et encore l'un des deux autres, un moine africain, était du moins devenu Espagnol ; saint Grégoire le Grand, dont saint Ildefonse s'occupe encore une fois, forme la seule exception. Avant tout, cet écrit a pour but, ainsi que le dit la préface,
après ; une interpolation ne serait pas ici impossible. L'ordre chronologique est de fait plus manifestement violé que la citation de ces deux auteurs. Il semblerait qu'ils aient été rattachés aux suppléments faits par saint Isidore pour le livre de Gennade.
1. In Zsidori opp., ed. Arévalo (v. p. 624, rem. 2), tome VII, p. 465 sa Append. Ietin Fabricii Bibliotheca ecclesiastica, Hambourg, 1748, in-fol.
[568-9.] EUGENIUS, CARMINA 637
l'illustration de l'évèché de Tolède; l’auteur ne traite pas ici de moins de huit de ses prédécesseurs, et, parmi eux, il s’en trouve même qui paraissent n'avoir rien écrit. En général, 1l n'est pas fait mention décrits, pour la plupart d'entre eux; s'ils en ont laissé, ils doivent avoir été bien insignifiants : il est même dit d’un d’entre eux (Helladius) qu'il refusa d’écrire. Si donc saint Ildefonse en parle ici, c'est apparemment qu'il veut les faire connaître comme des savants de Dieu, qui travaillèrent autour d'eux par l'exemple et par la parole; ils pouvaient être cités comme Aommes illustres (viré illustres) de l'Église : c’est là, à n’en pas douter, le point de vue auquel se place saint Iidefonse, ainsi que le montre le début de la préface, et c’est aussi celui qui répond le mieux aux aspirations de ce temps où l’on écrivait de moins en moins. Par là, la continuation de saint Ildefonse reçoit un caractère tout particulier. Elle fut plus tard, nous allons le voir bientôt, augmentée de deux articles.
Saint Grégoire à part, le seul écrivain dont saint Ildefonse cite le plus grand nombre d'ouvrages, est son prédécesseur immédiat sur le siège épiscopal de Tolède (de 646 à 657) Eugenius IT (1), dont nous avons parlé plus haut, p. 417. comme éditeur de Dracontius. Ainsi que le montre cette édition, où nous trouvons quelques vers d'Eugène lui-même, cet auteur ne se bornaïit pas seulement à cultiver la théologie ; il édita même un livre de poèmes. Ceux qui nous restent encore n’ont d'autre mérite que de pouvoir compter parmi le
petit nombre que nous possédions de ce siècle. Ce sont, en .
partie, des poèmes d'occasion, en mètre élégiaque, qui rappellent ceux de Fortunat : des épigrammes pour des églises, destinées même à servir d'inscription, quelques épitaphes et épîtres. On y remarque également quelques épigrammes satirico-didactiques contre des fautes particulières ; deux poèmes d’un contenu élégiaque, dans lesquels le poète, faible de santé depuis sa jeunesse, se plaint de la maladie, de l’âge
1. Eugenii episc. Toletani opuscula. Adjecta item aliorum aliquot veterum scriptorum varia. Paris, 1619 (Ed. Sirmond) ; — Migne, Patrologie, tome LXXXVII (malheureusement je n'ai pas pu me le procurer).