CHRONIQUE
Frédégaire ne s’y est pas borné à de simples extraits; il a écrit même différentes additions souvent assez longues, dans lesquelles il rapporte des récits fabuleux touchant les Francs et les Lombards (1). Dans sa propre chronique, Frédégaire acommencé, depuis l'an 634, à travailler d’une manière indépendante et à rapporter des faits dont il était le contemporain; pour la partie qui précède, au contraire, il a puisé dans les sources écrites, notamment dans les Annales bourquignonnes, tout en ajoutant néanmoins plusieurs faits qui ne reposaient que sur la tradition orale. Il raconte en premier lieu, comme on peut le supposer, les événements qui se passèrent dans l’empire des Francs, et, en particulier, dans la Bourgogne; il étudie ensuite, autant qu'il le peut, les autres empires, et surtout ceux de Byzance et des Lombards.
L'ouvrage de Frédégaire n’a rien de l’art de l’histoire : dans les cinq premiers livres, l'auteur n’a pas même su fondre en un tout les extraits qu'il faisait à ses cinq prédécesseurs, et il s'est contenté de les présenter les uns après les autres; de même, dans sa propre chronique, il n'a pas pu s'élever au dessus de la réunion chronologique des faits qu'il n'emprunte qu’à lui-même. Comme saint Grégoire, il se plaint, dans la préface du dernier livre, de sa propre ignorance et de celle de son époque; cette plainte est pleine d’une modeste sincérité et elle a plus de raison d’être encore que dans saint Grégoire; le latin de Frédégaire, en effet, tel qu'il est dans les manuscrits surtout, annonce, si on le compare à celui de saint Grégoire, une rapide décadence de la culture savante, même dans une partie de la Gaule qui comptait parmi les plus romanisées. Ce qu'il y a de remarquable toutefois, c'est de voir, en même temps, l'élément populaire de l’histoire, la légende née de la tradition orale, pénétrer de plus en plus dans le récit historique et avec d'autant plus de facilité peut-être que l’auteur, dans
1. On y trouve encore cette tradition, que Frédégaire a déjà donnée en détail dans ses extraits de saint Jérôme, d’après laquelle les Frances tirent leur origine de Troie; nous la verrons apparaître encore, sous une autre forme, dans les Gesta regum Francorum. V. là dessus Zarncke, Ueber die Trojanersage der Franken, in den Berichten der Koen. saechs. Ges. der Wiss., 1866, p. 257 sq.