‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 347 sur 382 · BD · texte numérisé non relu

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jointe peut-être à une Passion (1) qui avait pour auteur Audulfe, abbé de Saint-Maxence, et qui avait été mise à profit par ces deux auteurs, ne nous a pas été conservée. L'une de ces deux vies est composée par un moine anonyme de Saint- Symphorien d'Autun, à l'instigation d'Erménarius, autrefois abbé de ce couvent, qui avait succédé au saint sur le siège épiscopal d'Autun; c'est à lui également qu’elle est dédiée. L'auteur écrit en partie comme témoin oculaire. Sa vie, qui est très détaillée, a beaucoup de valeur comme source historique. L'action politique de saint Léger, qui détermina seule son sort, occupe complètement le premier plan. C’est ainsi qu'on lit, en grande partie, cette vie comme un chapitre d’histoire politique. Le récit se distingue par la liaison des faits, par sa vivacité, de même que par un style un peu forcé et maniéré, ilest vrai, mais sans tomber dans l'exagération ni le pathos. L'autre vie, composée par le prieur de Ligugé, Ursin, à la prière d'Ansoald, évêque de Poitiers, et d’'Audulfe, cidessus mentionné. offre un tout autre caractère. On sait en effet que saint Léger avait débuté à Poitiers dans sa carrière ecclésiastique. Cette vie est plus courte et l'intérêt politique y est relégué au second plan : célébrer la constance seule du martyr, tel semble être l'unique but de l’auteur. Le style de cette vie est plus simple; l’auteur visait précisément à se faire comprendre aussi des ignorants. Il n'y a donc pas lieu de s’étonner de la voir servir de base à un des plus anciens poèmes français que nous possédions. L'auteur anonyme de l'autre vie croit, par contre, n'avoir pas fait assez de style, et il prie l’abbé, Ermenaire, de retoucher encore son travail, avant qu'il ne le répande dans des cercles plus éloignés.

Nous avons rencontré antérieurement, dans ce domaine de la littérature, cette aspiration diverse vers le style artistique

buta. Collegit L. d’Achéry, ad. F. Mabillon (Prolegg.). Paris, 1668 sq. Ensuite, Venise, 1733 sq. fol. Saec. IT, p. 648 sq.

4. Le moine de Saint-Symphorien ( (à le fin du c. 17) parle de la relation de cette translation; G. Paris (Romania, tom. 1, p. 298) indique une Passion, composée par Audulfe, comme source commune des deux Vies, probablement, je pense, à: cause de la concordancede ces vies dans la partie précisément qui plaide en faveur de la composition d’une telle Passion.

et vers l'expression populaire; nous la retrouvons encore à cette époque. Bien plus, nous voyons parfois cette double tendance représentée dans une seule et même vie; les auteurs s'efforcent, dans la préface du moins, d'écrire d'une manière savante, comme s’ils voulaient nous faire voir qu'ils étaient capables de ce genre de style; mais, sous ce costume d'emprunt, perce souvent la plus ridicule ignorance (1). A tout prendre néanmoins, c'est l'aspiration vers le sermo rusticus qui domine, et la tendance à l'édification marche de pair avec la langue du peuple (2); ces légendes étaient destinées, pour Ja plupart, à être lues au peuple, dans l'église; elles tirent même leur nom de cette circonstance (3). C'est de là aussi que, dans plusieurs vies de ces Saints, qui ont joué un rôle politique important avant de se consacrer à l’ascétisme, tels qu'Arnolfe, évèque de Metz, l'illustre auteur de la race de Charlemagne (4), ou bien encore la reine Bathilde, c’est de là, dis-je, que, dans ces Vies, on a fait peu de part à cette action historique importante qu'on regardait comme peu propre à être lue dans l’église, tandis qu'on a enregistré avec un soin minutieux les moindres miracles de leur vie ascétique.

Une de ces Vies de saints mérite encore une mention toute spéciale ; elle est consacrée à un célèbre missionnaire qui fonda un cloître devenu fameux au point de vue de l’histoire de la littérature. C’est saint Amand. Né près de Nantes à la fin du vr siècle, 1l se sentit attiré à la vie ascétique d'une ma-

nière si irrésistible; qu'il surmonta tous les obstacles qui se

trouvaient sur son chemin. Une vision, qu'il eut dans un pèlerinage à Rome, et où 11 crut voir saint Pierre devant une église consacrée à cet apôtre, fit de lui un missionnaire.

1. V. par exemple, dans Mabillon, op. cit., p. 380, la vie de saint Bavo (+ vers 653) qui fut, pour le moins, composée encore au vie siècle.

2. C'est ainsi que le prologue de la vie de sainte Bathilde dit : « Minus licet periti scholestica, sed magis studere volumus patere aedificationi plurimorum. » Mabillon, op. cit., p. 745.

3. Elles s'appellent parfois lectio et renferment des allocutions, comme : « Carissimi » dans la vie de saint Bavon; « Fratres » dans celle de sainte Bathilde; cette dernière appellation s'adresse aux moines,

4. Il est étonnant de voir, dans cette Vie, reparaître encore la fable de l'anneau de Polycrate ; v. Mabillon, op. cit., p. 141.

En cette qualité, il déploya son activité au milieu des Basques, dans les Pyrénées; chez les Slaves, sur le Danube, ainsi que chez les Belges, sur les rives de l’Escaut. C'est chez ces derniers qu'il travailla le plus longtemps et avec le plus de succès. [Il occupa même un certain temps, vers le milieu du siècle, le siège épiscopal de Maëstricht. Parmi les cloîtres qu'il fonda dans cette contrée, se distingue surtout, près de Tournai, celui d'Elno, auquel on donna plus tard le nom d'Amand, et dans.lequel il résida après s'être démis de son siège épiscopal : c’est là qu’il mourut en 661. Mais ce cloitre devint, dans la suite, un asile important pour les lettres; c’est de là que sortirent plusieurs des plus anciens monuments de la littérature allemande et de la littérature française. C'est aussi un moine de ce couvent, Baudemund, qui composa Ia vie de saint Amand, vers l’an 680, c'est-à-dire à une époque où il pouvait encore consulter des témoins oculaires (1). Antérieurement même à ce Français, nous voyonsle célèbre missionnaire irlandais, saint Columban, déployer sur le sol de la Gaule une activité encore plus influente; il eut également un biographe plus important dans le moine Jonas, du couvent de Bobbio (Haute Italie); ce religieux était un contemporain de saint Amand (2). Encore enfant, le missionnaire irlandais avait reçu une excellente éducation grammaticale, et il se consacra de bonne heure au service de la religion. Après avoir étudié la sainte Écriture avec autant de zèle que de talent auprès du savant Silènes, il entra au monastère célèbre de Bangor ; mais, avec le temps, il fut pris lui aussi, comme beaucoup de ses pieux compatriotes, du désir de déployer une activité plus grande à l'étranger. Avec douze confrères, il sortit du couvent, dans l'intention d'annoncer l'Évangile aux païens. Mais il resta d’abord en Gaule, où il aborda vers 590; il y trouvait un champ assez vaste pour son zèle, à une époque où la vie morale et chrétienne tombait en

4. Mabillon, op. cit., p. 678 sq. ; Rettberg, Kirchengeschichte (v. plus haut, p. 482, rem. 1), I, p. 554 sq.

2. V. sa vie de saint Columban, dans Mabillon, op. cit., p.2 sq. ; Rettberg, Kirchengeschichte, IX, p. 35 sa.

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