‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 360 sur 382 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

C'est à juste titre qu'on a désignéS. Aldhelmecomm de la poésie anglo-latine; un souffle poétique, en effet, circule dans lous ses écrits, lors même qu'il ne se prop d'instruire. Quelque dépourvu de goût qu'il soit dans sc en prose, ce style témoigne néanmoins d'une grande pu d'imagination; ce qui parle encore davantage en faver nature poétique d'Aldhelme, c'est de voir que, malg grand intérêt ot son intelligence pour la métrique ant compose des vers latins dans des formes rythmiques pop: en même temps que des vers anglo-saxons dans sa maternelle, Toute autre est l'impression que fait le ca

ù 1. Que le poème relatif à la consécration d’une église, dans Giles, ÿ et celui des autels, n° IX, ne forment qu'un seul et même poème, dont ne saurait douter quiconque les a lus ; et pourtant, on les a : dans les éditions, de même que dans les histoires de la littérature n si ni éditeurs, ni historiens ne les avaient lus ; c'est bien, en effet, ñ ces derniers. Le poème n° XI, dans Giles, édité d'abord au con : Hartel, dans son éd. de saint Cyprien (vol. III, p. 308 sq.), n'a; Fr. assurément pas à Aldhelme : il ne s'y trouve pas la moindre trac : particularités métriques et littéraires. Enfin, un tout pelit poème de hexamètres, en l'honneur du prince des apôtres el de saint Pat intéressant, si Aldhelme l'avait vraiment composé à Rome, ce qui très douteux.

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littéraire de Bède (1), contemporain d’Aldhelme, plus jeune et plus célèbre que lui. Quoi qu'il ait écrit des vers, lui aussi, il n’a cependant de valeur littéraire et historique que dans le domaine de la prose ; c'était assurément une nature peu poétique, mais douée d’un talent rare pour la science, en sorte que le moyen âge tout entier le mit au premier rang parmi ses maîtres les plus estimés.

Bèpe, honoré généralement du nom de Vénérable depuis le ix° siècle, naquit, en 672, sur le territoire du monastère de Weremouth, fondé deux ans après sa naissance par Bénédict (Biscop}. Il était orphelin à sept ans et ses proches parents le confièrent alors, d'abord à ce savant abbé qui se chargea de son éducation, puis, plus tard, à Céolfrid, que Bénédict avait nommé abbé d’un autre couvent fondé à Jarrow, dans le voisinage, et qui était, pour ainsi dire, un provin du premier, si bien que les deux monastères relevaient de temps en temps de l'autorité d’un abbé commun. Bède resta, pendant toute sa vie, dans cette communauté; c'était une retraite fort propice au calme de la vie d'un savant, qui, en dehors de ses devoirs religieux, partageait son temps à apprendre et à enseigner. Outre les deux abbés, il eut encore, ainsi qu'il le dit lui-même, d’autres moines pour précepteurs. A l’âge de dix-neuf ans, c’est-à-dire, six ans avant l’âge canonique, il fut ordonné diacre, faveur qu'on doit à coup sùr mettre sur le compte de son talent et de sa science; à trente ans, il reçut la prétrise, et c’est à partir de cette époque seulement qu'il débuta dans sa carrière littéraire ; il trouva à cet effet dans la bibliothèque du couvent de riches matériaux que les deux abbés avaient

4. The complete works of Venerable Bede collat. with the manuscripts and various printed editions, accompanied by a new english translation of the histor. works and a life of the author, by Giles, 6 vol. London, 1843 ; Vener. Bedae opera historica, ad fid. codd. mss. recens. Stevenson, 2 t. London, 1841; Ven. Bedae Historiae eccles. gentis Anglorum libri III et IV, edited by Mayor and Lumby, Cambridge, 1878 ; Bedae rener. liber de schematibus et tropis, in Rhetor. latin. minor., 61. Halm, Leipzig, 1863 ; Gehle, Disputatio historico-theologica de Bedae Vener. vita et

scriptis, Leyde, 1838 (Dissert.); Wright, op. cit., p. 2683 sq.; Schoells,

Art. ueber Beda in Herzogs Real-Encyclop. der protest. Theologie, vol. 1; Wetzel, Die Chroniken des Reda Vener., Halle, 1878 (Thèse).

recueillis principalement dans le (v. plus loin de plus amples dét ami des études communes, Bède ainsi il se rendit à York, chez Eg vêque de cette ville. Bède, mot encore le rapport d'un de ses ami:

lit de mort, il s'occupait encore € traduction de l'évangile de saint enseveli dans le monastère de Ji tenu d'une manière toute spéciale Bède.fut un écrivain très fécon dans cette liste de ses écrits, qu' neuf ans, en appendice à son hist l'avait fait saint Grégoire de Toi donne du même coup sa biograpl de ces écrits et les plus importante productions de Bède sont, il est v ouvrages d'une nature théologi:

Bible surtout ; cette catégorie not que les écrits dont elle se compo:

la valeur littéraire de Bède résid historiques. Parmi eux, le plus comme par le développement, a p tica gentis Anglorum; c'est là lefr.

littéraire. Il n'acheva, du reste, vie, et l'on voit qu'il y a mis à p écrits. Cet ouvrage se divise en premiers chapitres du livre premi duction. Après une courte desci ses anciens habitants, Bède y fai Jules César ; il parle surtout de l'in en s'appuyant sur Orose qu'il st

4. C'est ainei que le long commentair d'après la préface même de Bède, qu'un seurs: ilen est de même de celui qui & por Dans la plupart de ses commentaires, c'est mine. Ses homélies elles-mêmes, à en jui pas non plus une grande valeur littéraire.

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notamment, dont l’histoire forme ici, pour ainsi dire, le.fil conducteur (1); ilcontinue cette introduction jusqu'à la conversion des Angles au christianisme, par les missionnaires que saint Grégoire envoya dans cette contrée. Alors seulement (c. 23) commencent l'ouvrage proprement dit et le travail personnel de Bède. Ce livre mène l'histoire ecclésiastique des Angles jusqu’à la mort de saint Grégoire le Grand, et le livre deuxième débute par une longue étude nécrologique sur ce pape, dont l'influence sur l’histoire de l'Église d'Angleterre fut si considérable. Il finit à la mort d'Edwin, roi de Northumbrie (633). Le livre troisième va jusqu'à 665, époque où Wighartfit le voyage de Rome, pour y être sacré archevèque de Cantorbéry. Comme il mourut dans cette ville, c’est Théodore, moine de Tarsos, que le pape sacra archevêque de Cantorbéry, à la place de Wighart'; c'est aussi avec l'histoire de cet évèque que débute le livre quatrième ; 1l va jusqu'à 687, date de la mort de Cuthbert, ce saint célèbre, dont Bède avait déjà auparavant célébré les vertus. Le dernier livre finit avec l’année 131 ; l'auteur le termine par un coup d'œil général sur l’occupation des évèchés de l'Angleterre, sur la situation générale et l'entière pacification de la Bretagne en cette année, ce qui permit à plusieurs personnages de la noblesse de déposer les armes pour embrasser la vie religieuse.

On voit que la division de la matière est faite avec réflexion et qu'elle est déterminée par des événements très importants, soit en eux-mêmes, soit du moins par rapport à l’auteur : c'est ainsi que la mort de saint Grégoire forme, en effet, une époque qui mérite de terminer un livre, comme la mission de Théodore est bien faite pour en commencer un autre, elle qui fut si décisive en ce qui touche à la civilisation chrétienne de l’Angleterre. Le quatrième livre, qui débute par cette mission, est, en même temps que le cinquième, d’un très grand intérêt pour l'histoire générale de la civilisation et, indirectement du moins, pour la littérature elle-même. Tandis que dans les livres précédents, l'auteur traite principalement de la propa-

4. V. de plus amples détails sur les suurces de cette histoire primitive, dans Schæll, Deeccles. Brit. hist, font., p. 20 sq.

gation et de l'affermissement de l’Église catholique dans les | États anglo-saxons, de ses démélés avec l’Église écossaise, de ses efforts à opérer une jonction avec elle, et en seconde ligne, seulement des plus importants événements politiques. qui devaient toucher plus ou moins à la situation de l'Église, nous trouvons cà et là dans les deux derniers livres maints renseignements sur l'extension dela culture littéraire grâce aux efforts de Théodore, d'Hadrien et de leurs élèves ; ces renseignements s'étendent au chant ecclésiastique, introduit de Rome par un artiste qu’envoya le pape lui-mème (IV, c. 18, V, c. 20), aux études des Angles à Rome mème (V, c. 19), à la diffusion et à la collection des livres en Angleterre (V, c. 45 et 20), aux écrivains célèbres, comme Caedmon (IV, c. 24) et Aldhelme (V, c. 18), ainsi qu'aux premières missions entre- ‘prises en Germanie par des Angles (V, c. 9.) Il est vrai qu'ici, surtout dans le livre quatrième, ce sont des renseignements relatifs à la vie de saints, d’évèques, d’abbés et d'abbesses qui occupent la plus grande place; il est vrai aussi que ces renseignements, joints aux histoires miraculeuses qui les accompagnent, témoignent le plus souvent de la crédulité et de l'extase pendant cette époque, mème en Angleterre; mais ils aident néanmoins, non seulement à compléter, sous ce rapport, le tableau de la civilisation, mais encore à mettre en lumière maints traits particuliers de la culture et du caractère des Angles. Faisons remarquer . encore ici, comme pleines d'intérêt pour les littératures nationales du moyen âge, deux visions qui se trouvent au dernier livre. Le c. 12 nous raconte celle d'un pieux habitant de Northumbrie : mort dans une grave maladie, cet homme, conduit par un personnage tout rayonnant de lumière, c’est-à-dire apparemment par un ange, voit d’abord le purgatoire, où le froid se réunit à la chaleur (1!. Il voit ensuite l'enfer : c’est un puits, d’où montent et descendent sans cesse des globes de feu, dans lesquels se trouvent, comme des myriades d’étincelles, les âmes des méchants: après cela, il se trouve en face d’un champ couvert de fleur:

où se promènent des phalanges de personnes, habillées d

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