‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 361 sur 382 · D'après le psaume LXV, v. 12, semble-t-il · texte numérisé non relu

D'après le psaume LXV, v. 12, semble-t-il

blanc (1) : c’est le séjour des âmes pieuses, lesquelles n'arriveront au ciel qu'après le jour du jugement dernier, car elles ne sont pas assez parfaites pour pouvoir y entrer de suite (2); le pieux habitant de Northumbrie lui-même ne peut voir de ceciel, dont il est éloigné, qu’une lumière éclatante, et il ne peut entendre que le chant harmonieux des esprits qui l’habitent. Revenu à la vie, le Northumbrien entra dans un monastère, où il fit à un moine confidence de sa vision. Au chapitre 413, Bède nous raconte une autre vision; c’est celle d'un soldat, un favori du roi, qui avait différé de faire pénitence. Voilà que d'abord deux anges lui apparaissent à son lit de mort;

- or, tandis qu'ils portent un livre minuscule où est écrit le

. petit nombre de ses bonnes œuvres, vient ensuite toute une

armée de démons avec un immense in-folio, qui contient la liste énorme de toutes ses mauvaises actions.

Comme on s'y attend bien, l'ouvrage de Bède a le caractère de la chronique ; ce n’est point une histoire pragmatique ; c'est plutôt, comme celui de saint Grégoire de Tours, un recueil d'histoires partitulières, généralement rangées d’après l’ordre chronologique et, détail remarquable, d'après l'ère chrétienne : on y trouve, classés à leur place, les documents les plus importants. Ce procédé est d'autant plus excusable que l'unité politique et même’ecclésiastique faisait défaut dans le royaume des Angles. Bède possédait néanmoins plusieurs des qualités que doit avoir l'historien, et il connaissait parfaitement les devoirs de l’histoire. Il a recueilli ses matériaux avec une ardeur extrême, transcrit à la lettre les documents les plus importants et fait connaître ses autorités et ses sources, d’une

1. Ce récit rappelle entièrement une des visions consignées dans les Dialogues de saint Grégoire, v. plus haut, p. 584.

2. Ces idées sur un séjour temporaire des âmes dans un lieu autre que le purgatoire offrent de l'intérêt au point de vue de la théologie ; l'ange donne sur le purgatoire l'explication suivante : « Est locus, in quo examinandee et castigandse sunt animae illorum, qui differentes confiteri et emendare scelera, quae fecerunt, in ipso tamen mortis articulo ad poenitentiam confugiunt. et sic de corpore exeunt; qui tamen quia confessionem et poenitentiam vel in morte habuerunt, omnes in die judicii ad regnum coelorum perveniunt. »

manière tant générale que particulière (1). C' dans la préface adressée au roi Céowulf de Nc d'enlever, dit-il, au lecteur, toute possibilité « soutenu, dans les différentes parties de son pa: siastiquesles plus célèbres, qui applaudirent à l'un d'eux mème lui apporta de Rome des co documents des archives du pape. Dans toute peut voir les efforts qu’il fait pour atteindre rendre fidèlement la tradition, ce qu’il appe face (2), « la loi véritable de l'histoire. » Bède lement partout dans cet ouvrage, comme un h plus haut point de la culture de son siècle; p« pu lui disputer alors la palme du savoir; il est naître et à savoir apprécier ce qui a une vérita quoiqu'il ne soit pas moins épris de la foi au veilleuses de son siècle que ne l'était l’histoi bien moins'savant et bien moins cultivé qu dans son opinion, toujours d'après la préface, surtout avoir une valeur morale et encourage imiter les bonnes actions et à éviter les mat cependant que son récit lui-même a une tend rale que celui de saint Grégoire de Tours. Ilpc le cachet d'une rare liberté d'esprit et d'une vité; ces qualités ne se démentent même pas, ecclésiastique, dans la question relative à l'I Ajoutez à cela le ton modéré et calme de la na sion claire, naturelle et très pure pour cette reconnaîtrez dans ce livre le meilleur témoi, ture intellectuelle que l’auteur a su acquérir anciens et par celle des meilleurs écrivains ec:

4. V. R-dessus Stevenson, Introduction, tome I, Schmid, Gesetse der Angelsachsen, 1" éd., I., p. xLix

2, On y lit à la fin: « Lectoremque suppliciter obse quae scripsimus aliter quam se verilas habet, posila re bis impulet, qui, quae ver lex historiae est, simplicite gante collegimus, ad instructionem posterilatis literis m

3. Faisons remarquer que, dans plusieurs mss. et éd! l'histoire un « epitome » qui récapitule chronologique

[601.] : viTA BEAT. ABBATUM WIREMUTHENSIUM 673

Nous avons un supplément au grand ouvrage historique de Bède; souvent fort intéressant, 1l a même de l’importance au point de vue de l’histoire de la civilisation ; c'est un petit livre, composé, en partie, d'aprèsun sermonque Bède faitenl'honneur de saint Céolfrid(1). Ce livre est intitulé : Vita beatorum abbatum Wiremuthensium et Girvensium, Benedicti, Ceolfridi, Easterwini, Sigfridi atque Huetberti. Tels sont les noms des abbés de sa communauté, qui ont été la plupart ses précepteurs et ses maîtres. La plus intéressante de toutes est la vie de saint Benoît, à laquelle est consacrée la plus grande partie du livre. Benoît, qui s'appelait originairement Biscop et qui descendait d'une noble famille des Angles, était « ministre » du roi Oswy ; à l’âge de vingt-cinq ans environ, il se consacra à la vie ecclésiastique et devint moine de Lérins. Sur l’ordre du pape, il accompagna l’archevèque Théodore, de Rome en Angleterre, et il fonda plus tard les deux monastères sur la Wire. L'activité infatigable de cet homme est vraiment admirable : 1l fait cinq fois le voyage de Rome tout seul et va même en Gaule chercher des ouvriers pour bâtir des églises. Benoît s'est acquis les plus grands mérites dans l’œuvre de la civilisation de l'Angleterre, et c’est lui qui a rendu possibles les travaux de Bède. A chacun de ses voyages de Rome, en effet, il rapportait, nous dit Bède, quantité du livres (2), ainsi que des tableaux pour décorer les églises des couvents; c'est même dans ce but qu’il entreprenait de tels voyages. Tantôt (3) ces tableaux étaient destinés à l’église de Saint-Pierre, dans le monastère de Weremouth, tantôt à l'église de Saint-Paul, dans le monastère de Jarrow, ainsi qu’à ce monastère lui-même.

plus importantes; nous ne saurions cependant décider si c'est là, oui ou non, l’œuvre de Bède lui-même.

1. Ce sermon était prèché par un moine de son couvent: on le trouve dans Stevenson |. c., IT, p. 318 sq. Cf. au reste par rapport à ces vies la page 480.

2. « Innumerabilem librorum omnis generis copiam apportavit. » Upp. ed., L. IV, p. 366 ; cf. p. 364; ces livres étaient achetés en partie, et en partie donnés en cadeuu; il en acheta aussi dans son voyage en Gaule, notamment à Vienne,

3. Opp..l. c., p. 368, tableaux de la sainte Vierge, des douze apôtres, des visions de l’Apocalypse; il y parle même de la manière de les suspendre.

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Dans ce cas, ainsi que l’appren la plus grande attention à la l'Ancien et le Nouveau Test:

outre de précieuses étoffes de so qu'il échangea avec le roi et celles de champs. Il fit venir

faire les vitraux des églises, vi sait pas encore d'artisans en ce amena en Angleterre le dire papale, qui, d'abord maître dar culier le maître de Bède; de to terre, les moines accouraient p direction d’un tel professeur. C gresser en Angleterre toutes |:

Céolfrid ne fit qu'imiter son hommes de mérite est d'autar leur élève que l'auteur ne racc merveilleux.

Signalons un autre supplémei Bède, supplément mème auqi nière, vu qu'il l’avait composé qui a pour titre, De vita et mi Lindisfarnensis. Cet écrit en pr d'Eadfrid, successeur de Cutht monastère de Lindisfarn, avait é cédé d’un poème sur les miracles berti; çà et là même, il en met dans son écrit en prose. Ce der simple version de son poème; c’e dant, ainsi quele montre la préfa toutes les peines possibles, ilnout dans ce livre, à la fidélité d’un 1 niqua, après l’avoir écrit, à qt longtemps, avaient approché di

4. Par exemple. « Isaac ligna, quibu num, crucem, in qua palerelur, aequt regione, pictura conjunxit. Ilem serper hominis in cruce exaltatum comparavit.

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