DE ARTE METRICA. DE NATURA RERUM, ETC
teur. Quant à sa manière d'entendre les choses, il faut pa lièrement remarquer que l’auteur, comme nous l'avons indiqué, considère le dimètre iambique des hymnes ar siennes comme un tétramètre, et qu'il lui donne même ct (c. 21), en sorte qu’il prend les vers de la strophe iambiq quatre lignes pour des versiculi (ce qui chez lui signifie h tiches) dont deux composent un vers (versus). Ce qui l'a 8 à cette manière de voir, c'est apparemment la stropl l'hymne trochaïque à quatre lignes, strophe qui s’est dés pée du distique du tétramètre trochaïque (4).
Bède a composé encore un petit ouvrage scientifique « peut-être édité en mème temps que le livre De temporibi et auquel il se rattache mieux qu’à tout autre, pour le con c’est l'écrit: De natura rerum, une petite cosmographie sur les ouvrages des anciens. On trouvait d'autres 1 scientifiques dans son livre de lettres: Liber epistolar: diversos. Parmi les cinq lettres qu’il nomme lui-même, la liste de ses ouvrages, il en intitule une De ratione bis etune autre De aequinoctio: la dernière s’est conservée. les autres, l’une est celle dont nous avons dit un mo haut (p. 679, rem. 3); elle est adressée à Plegwin, Ad PI num, et l'auteur y traite des six âges du monde, De sex tibus mundi. En dehors des épitres qui servent de dédi ses ouvrages, nous avons encore deux lettres de Bède : assez courte, est adressée à Albinus, pour le remerci l'avoir soutenu dans la composition de son histoire de l'É l'autre, assez longue au contraire, est un traité qu'il e à Egbert, son élève et ami, devenu déjà évêque d’York. dernière, écrite peu de temps avant la mort de Bède, es à fait digne de remarque; non seulement elle contien doctrine excellente sur les devoirs de l’évêque (et c’étai but visé par Bède), mais elle jette encore sur les relation rales et ecclésiastiques de l’Angleterre, à cette époque
4. Ainsi seulement s'explique le passage remarquable cité plus p 195, rem. 1; ef. aussi plus haut, p. 685, rem. 3,
2. 11 les cite tous deux ensemble dans la liste de ses ouvrages. Pc crit De natura rerum, v. Schoell, dans Herzog, p. 763et s.
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[611-2.] AENIGMATA 685
reliques, il pénétra, en 719, pour la première fois, dans l’Allemagne du centre où il se borna d'abord à sonder le terrain. Il retourna encore une fois chez les Frisons, et il y séjourna deux ans. Alors seulement commence pour lui, dans l’Allemagne, cette aclivité qui fit époque et qui, jusque vers la fin de sa vie, ne fut interrompue que par deux voyages à Rome dans l'intérêt de sa mission. Il n'entre pas dans notre plan, surtout en cet endroit, d'épuiser les détails relatifs à cette remarquable activité du missionnaire. Disons seulement qu’après avoir été sacré évêque à Rome, en 723, Boniface devint archevêque de Mayence, en 745. À un âge très avancé, il reprit sa vie de missionnaire, dans le pays même où il avait débuté, dans la Frise, et c'est là qu'il conquit la palme du martyre. Il fut tué à coups de bâton, en 755, sur les rives de la Borne, près de Dockum.
Nous aurons à étudier, dans le second volume de notre Histoire, la valeur de saint Boniface pour la culture littéraire de l'Allemagne aux siècles suivants; il avait acquis cette valeur soit en fondant Je monastère de Fulda, en 742, soit en appelant à lui ses compatriotes, et attirant ainsi en Allemagne des ecclésiastiques savants, des hommes et des femmes lettrés, qu'il mit à la tête de monastères, c'est-à-dire, à la tête de nouvelles maisons d'éducation. Saint Boniface donna luimême le premier l'exemple et enseigna les sciences profanes : c'est ainsi qu'il composa des livres classiques, comme celui que nous possédons encore sous le titre : De octo partibus orationis, ainsi qu’une prosodie dont il nous reste aussi un fragment : ce ne sont là, à vrai dire, que des compilations d’ouvrages anciens bien connus (1). Sa correspondance elle-même témoigne de l'intérêt qu'il prenait à la métrique et à la poésie, non seulement par le fait de le voir.ajouter des vers à ses lettres et jusqu’à une épître qu'il adresse au pape (2), mais
1. V. le premier de ces livres dans A. Maï, Classic. auct., tome VII, et le fragment dans le Rhein museum. N.£4".,vol. XXIIT, p. 403 sq. V., pour leurs sources, Bursian, Sitzungsbericht. der Muenchener Acad., 1873, p. 457 sq.
2. Les derniers sont six hexamètres, avec lesquels il termine la lettre 42 (dans Jalfé), adressée au pape Zacharie. Par contre, il termine une lettre,
de voir des religieuses et des moines lui en adresser à luimême et le prier de les corriger. C'est ainsi que, semblable à saint Columban, il sut faire vivre en lui-même et faire passer chez les autres le sentiment de la culture esthétique; il travailla à obtenir ce résultat, dans la limite de ses forces, quelque circonscrites qu’elles fussent, et malgré les plus actifs et les plus pénibles travaux de sa mission au milieu d’un peuple dépourvu encore de toute culture.
Considéré aussi à ce point de vue historique, un poème de saint Boniface nous semble mériter notre attention. Ce sont vingt énigmes, Aenigmala, en hexamètres; ces énigmes sont, en mème temps, des acrostiches, car les lettres initiales des vers contiennent la solution de l'énigme. Elles forment cependant un tout complet; elles nous représentent, en effet, dix vertus principales et dix vices capitaux, le tout précédé d'une dédicace commune (en vingt hexamètres) adressée à une «sœur; » dans cette dédicace, le saint compare les vertus aux pommes d’or de l'arbre de vie, qui est la croix de Jésus-Christ, et les vices aux pommes amères de l'arbre empesté qui donne la mort et dont Adam mangea autrefois. Les vertus sont rangées dans l'ordre suivant : caritas, fides catholica, spes, justitia, veritas, misericordia, patientia, paz vere christiana, humilitas, virginitas; les vices, au contraire, sont : cupiditas, superbia, crapula qulae, ebrietas, luxoria, invidia, ignorantia, ve ria, neglegentia, iracundia. Le classement a quelque c particulier à plusieurs points de vue : c'est ainsi que,
Bock l’a déjà fait remarquer, l'ignorance, par laquell entendre ici la non connaissance de Dieu, et l’ébriété à la gourmandise indiquent ici les vices principaux cor quels les efforts de cet Anglo-Saxon (1) se trouvaient :
déjà composée en 747 et adressée à un jeune homme, Nithard (Ép par un poème au mètre des hymnes ambrosiennes, le dimètre i qui est en partie seulement rythmiqué et qui offre, par contre, accouplées. Seulement il faut lire aux vers 13 et 44: « Apostolort — et prophetarum filius » — ce que, chose incroyable, Jaflé n' marqué. Ce poème renferme également, dans un acrosiche, le nor tinataire.
1. Saint Boniface trouva dans son propre peuple, tout comme Allemands, l'ivrognerie passée à l'état de vice national, Il écrit,
(613-4.] Ÿ arniGmaTa
Les vertus et les vices sont personnifiés, il eux-mêmes tout comme les animaux et auss les anciennes énigmes; mais leur descriptic remarquable; le développement est dur, lou voir déjà dans le retour fréquent des mêmes cement des 'vers, pour former l’acrosticht aureus, nisus, ruricola, tetricus, vires; dans au moins, le premier vers débute par auru saint Boniface avait facilité sa tâche en n toujours au seul nom l'acrostiche, mais en pour élargir son poème, des termes tels que, tres de ce genre; quelquefois même, il « nombre de vers, qui ne sont pas acrostiqu quels son discours marche avec une plus gr poème complet comprend trois cent quatre mètres. La forme poétique seule donne à ce pt valeur pour l’histoire de la littérature. Elle de plus la prédilection nationale des Anglo énigmes, vu surlout qu'Aldhelme avait déjà cesseurs dans ce genre de littérature et dans l’un, dans l'archevêque de Cantorbéry, Ta l’autre, dansun certain Eusèbe (2), qui d’aille plètement inconnu. Le poème de saint Bon de plus comment l’acrostiche, que nous trou’ dédicaces d'Aldhelme et même une fois dans venu à la mode; c’est apparemment l'allil amené les Anglo-Saxons à la culture de l’acr l’allitération se trouve bien moins développée
lettre (70), adressée à Cuthbert, archevèque de Cantorb enim malum speciale esi paganorum et nostrae gentis : Galli, nec Longobardi, nec Romani, nec Graeci faciunt p. 210.
1. Et cependant ces vers ne sont point interpolés, moins l'Énigme Cupiditas.
2. V.Ebert, Ueber die Raetselpoesie der Angelsach aenigmata des Tatwine und Eusehius,in den : Sitzu saechsischen Gesellschaft der Wissenschaften, 1877. donné, le premier, une édition critique des énigmes deux Anglo-Saxons.
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de saint Boniface et y est bien moins frappante que dans Aldhelme. D'après les recherches de Bock, cette poésie paraît avoir élé composée en 745 et dédiée à Lioba, abbesse de Bischofsheim; c'est peut-être grâce à ce nom que la première énigme, Caritas, nous offre un double acrostiche tout à fait original (1).
Parmi les écrits en prose qui nous sont parvenus, sous le nom de saint Boniface, on compte, outre les épiîtres, quinzæ Sermons sur l'authenticité desquels Rettberg ne trouve rien à redire. Je ne vois rien non plus qui la combatte, mais plutôt bien des faits qui l’appuient. Ces sermons ont été prèchés devant des auditeurs déjà convertis, mais baptisés depuis peu, à ce qu'il paraît. En certains passages, l'orateur s'élève encore énergiquement contre le paganisme ; les descriptions qu'il fait des vices qu'il attaque montrent les traits du peuple germain, quoïqu’on y en reconnaisse également plusieurs que ce dernier partageait avec le peuple celte. Ce qui nous montre néanmoins que saint Boniface parlait spécialement devant un auditoire composé de Germains, ce sont les combats qu'il livre à plusieurs reprises contre l'ivrognerie (ebrietas), surlout © si l’on rapproche ce qu'il dit ici de ce qu'il a dit dans le passage que nous avons cité plus haut, à la page 686, rem. 1 (2). Les Sermons sont écrits dans un style simple, clair et généralement correct; mais le contenu n'offre que peu d'importance.
Les épitres ont une toute autre valeur et elles forment, comme on le sait, une source historique de première importance (3). Elles ont un caractère soit officiel, soit particulier;
4. Deux caritas sont entrelacées l’une dans l'autre, en sorte que, sans compter les trois derniers vers dont les lettres initiales forment ait, les let: tres initiales de l'énigme elle-même sont: csnartiitra asc.
2. On lit, dans le sermon 44 : « Ebrielatem velut inferni foveam fugite; » dans le sermon 9, nous voyons l'ivrognerie citée parmi les péchés capitaux. Rapprochés des énigmes, ces passages parlent en faveur de l'authenticité des sermons. ReUberg (op. c., 1, p. 408) fait encore remarquer que, dans les sermons, saint Boniface combat, presque avec les mêmes expressions qu'il emploie dans les synodes, les restes du paganisme qui pullulent encore parmi le peuple.
3. V. Snyous, De epistclis site S. Bonifacii sive ad S. Bonifacium. Paris, 1866 (Dissertation).