V. Cod. Theodos., X, 2 et s
pas non plus son rôle de Ponthifexz maximus, encore uni au titre d'empereur : il pontifiait lui-même dans les sacrifices, non seulement dans son palais, mais publiquement et dans les circonstances solennelles, afin de donner un nouveau lustre à ce culte déprécié. Il alla même plus loin. Il crut, rêverie étrange, pouvoir lui infuser une nouvelle vie pleine de fraicheur en mèlant aux rites anciens les éléments chrétiens qu'il comprenait lui-même très superficiellement. Cela montre combien l'esprit du christianisme lui était demeuré caché à luimême. Il exigea des prêtres païens, dont il voulait relever le prestige par des prescriptions spéciales, qu'ils gardassent un certain décorum ; il fit bâtir des hôtelleries pour les étrangers et il les entretint avec l'argent de l'État, afin de paralyser le prosélytisme des chrétiens au milieu des indigents et des pauvres ; les prêtres durent faire des discours, dans le temple, pour expliquer les mythes au sens du néo-platonisme ; ils durent aussi s'instruire plus à fond dans l'hymnologie sacrée ; quant à lui, au lieu d'abolir les sacrifices sanglants, 1l les exagéra jusqu'au ridicule. Trop politique et trop humain pour persécuter directement le christianisme, il s'étudia à le détruire peu à peu par deux moyens : malheureusement pour lui et pour son but, le résultat en devait être trop lent. Tandis qu'il élevait, en effet, le paganisme au rang de religion de l'État, il proclamait la liberté religieuse qui devait profiter aussi bien à toutes les sectes chrétiennes qu'au culte païen : tous les prêtres bannis purent donc non seulement revenir, mais recouvrer même les biens qu'on leur avait confisqués. Par là, il jeta un brandon de discorde dans l'Église et dans beaucoup de paroisses particulières. Julien cependant n'obtint même pas la sorte d'avantage qui résulte de l'application de la maxime, diviser pour régner, car les plus implacables enncmis, qui se combattaient les uns Ics autres, se tournèrent contre lui. Il défendit alors aux grammairiens et aux rhéteurs chrétiens de continuer leurs leçons, s'ils n'embrassaient pas le paganisme. La littérature et la science païennes ne devaient pas, àses yeux, rester entre des mains chrétiennes, car il pensait qu'alors les chrétiens n’iraient pas les apprendre chez les maitres du paganisme, ou que du moins ils les étudieraient
peu. Il voulait, de la sorte, les empêcher d'acquérir une haute éducation intellectuelle, et rendre difficile, sinon impossible, pour le christianisme, l'assimilation de la culture hellénicoromaine, qui, se développant de plus en plus depuis un siècle, avait rendu possible et assurait la puissance du christianisme dans l'Empire. Julien voyait dans le christianisme qu'il n'avait appris à connaître que dans une forme exclusive et étroite, l'ennemi de l’hellénisme : il chercha donc à ne laisser entre eux aucun point de contact; son hellénisme, en effet, qu'il identifiait avec le polythéisme, était étroit et exclusif.
Julien étant mort dès 363, ses efforts restèrent d'autant plus vains qu'il n'avait régné que deux ans ; ils prouvèrent la complèle impuissance des moyens qu'il avait employés pour restaurer le polythéisme, et ils montrèrent aussi le faible concours qu'il avait trouvé à cette occasion chez les païens euxmêmes. Ce fut une démonstration évidente que le paganisme avait fait son temps. Ileureusement qu'après la mort de Julien, peut-être même à cause de cette mort, 1l n’y eut pas de réaction dans le sens extrème de la politique de Constance ; bien plus, le nouvel empereur que l’armée se choisit sans considérer la religionqu'il pouvait professer, Jovien reprit la politique de Constantin, c’est-à-dire celle de la tolérance religieuse : tout bon chrétien qu’il fût, il laissa aux païens l'exercice de leur culte, en même temps qu’il rendait à l'Eglise ce que Julien Jui avait enlevé. Après la mort de Jovien, qui arriva bientôt, Valentinien I, son successeur, en Occident (364-378), maintint cette liberté du culte, colendi libera facultas, quoiqu'il ait eu lui-même, en chrétien inébranlable, à souffrir des persécutions de Julien. Il y a plus; en dépit de sa nature despotique, Valentinien manifesta des sentiments pleins de tolérance en faveur des ariens. Il aimait les études classiques ; les philosophes étaient en faveur auprès de lui, et il choisit Ausone pour en faire le précepteur de son fils Gratien. Ce prince qui, à peine sorti de l'enfance, monta sur le trône d'Occident, révoqua, à son avènement à l'Empire, les édits de tolérance quo l'Etat, depuis Julien, n’avait cessé de promulguer en faveur des chrétiens hérétiques ; il leur reprit leurs églises et il s’opposa sévèrement à leurs réunions religieuses; il agissait ainsi
sous l'influence orthodoxe et par fidélité à la foi de Nicée ; mais, jusqu'à l’année 382, il resta fidèle à la politique de son père vis-à-vis du paganisme.
Cette année-là, les choses changent de face. L’Étal chrétien prend de nouveau des mesures agressives contre le culte païen. On ne restreignit d’abord, il est vrai, que les relations qu'il avait avec l’État ct l'on ne toucha qu'aux faveurs qu'il avait réussi à conserver parmi les épaves de son ancienne grandeur. Une nouvelle loi confisqua l'emplacement de tous les temples, enleva aux prêtres et aux vestales leurs traitements et leurs privilèges, et défendit même l’acceptation d'un legs qui consistait en immeubles. Dans la même année, Gratien fit disparaitre de la curie de Rome l'autel de la Victoire sur lequel les sénateurs, avant chaque réunion, avaient coutume d'offrir de l'encens; cet antique débris était là depuis Auguste. Eloigné une fois par Constance, il avait été rétabli par Julien et chacun voyait clairement le retour actuel à la politique de ce fils de Constantin. Pour mieux marquer au public l'abandon de l’ancienne religion de l’État, Gratien refusa la dignité de Pontifexz maximus et repoussa les ornements qu'on lui offrait d'accord avec la tradition. Ce fut en vain que, à l’instigation de son chef Symmaque, un des derniers représentants de l'antique culture rhétoricienne, la majorité païenne du Sénat réclama auprès de Gratien et, après la mort de ce dernier, auprès de son successeur, le jeune Valentinien II. La Relation que Symmaque adressa à ce dernier pour en obtenir la révocation de ces édits, fut suivie d’une remarquable réplique de la part d'auteurs chrétiens : cette protestation officielle du paganisme, qui à la vérité se montre seulement dans la forme d’une supplique élégiaque, est, comme nous le dirons plus tard, d’un grand intérêt pour la littérature chrétienne-latine. Aussi bien, sous le règne de Valentinien IL, et jusqu’à ses dernières années, les païens ne furent pas inquiétés en Occident, comme ils l'étaient en Orient où régnait Théodose; on leur rendit même, sous le règne de l'usurpateur Eugène, qui ne dura que deux ans, ce que Gratien leur avait enlevé.
Mais après la victoire de Théodose sur Eugène (394), non
seulement les ordonnances de ce dernier furent une lett morte, mais on étendit même à tout l'Occident le système persécution directe, dans le but de détruire le paganisme. € système avait été pratiqué depuis longtemps avec succès, e Orient, par la politique de l'empereur Théodose, qui aspirait fonder l'unité religieuse dans l'Empire. Ce ne fut qu'alors qu'o exécuta, autant que possible, en Occident, et qu'on aggrax même la défense, antérieurement portée, de visiter les ten ples, de sacrifier aux dieux et d’adorer leurs statues soit la maison soit en plein air, c'est-à-dire jusqu’en dehors de temples. Le paganisme finit ainsi peu à peu par ne pouvo plus trouver de refuge même à la campagne, chez les Pagan La populace chrétienne, en effet, prenait part maintenant que quefois à la persécution qu’on lui faisait et elle pillait volontie: les temples abandonnés. C'est à Rome que l'antique culte n tional se maintint le plus longtemps, quoique secret. Au con mencement même du v* siècle, le parti païen, assez nombreux trouvait encore un fort appui dans plusieurs familles sénatc riales qui ne pouvaient pas s'imaginer que la puissance d Rome pül être séparée de l'antique religion de l’État: il pouvai donc, même à cette époque, affirmer encore ses prétentions. | ne faut pas perdre de vue, au resle, qu’on poursuivait et qu'o punissait seulement l'exercice du culte païen et non la foi rel gieuse des particuliers. Mais ce dernier point fut lui-mêm modifié par la suite: un édit des empereurs, en l’an 416, ex clut les païens de l'administration, de la justice et de l’ar mée (1). En conséquence tous les païens qui désiraient embrat ser une carrière de l’État, durent devenir chrétiens, au moin de nom (2).
Telles étaient les circonstances dans lesquelles, à cette épo que remarquable, le christianisme acheva de s'assimiler, et