‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 65 sur 382 · DEPUIS L'ÉPOQUE DE CONSTANTIN JUSQU'A LA MORT DE SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

DEPUIS L'ÉPOQUE DE CONSTANTIN JUSQU'A LA MORT DE SAINT AUGUSTIN

La victoire de Conslantin sur Licinius décida aussi de la victoire du christianisme sur le paganisme ; non pas qu'il n’y ait eu, dans une armée, que des chrétiens, et, dans l’autre, que des païens, ou encore que l’Auguste qui triompha se soit converti au christianisme ; mais le principe de la tolérance religieuse, au sens même où l'entendait la religion chrétienne, avait obtenu une victoire définitive. La politique du rétablissement de l'omnipotence de la religion païcnne, en tant que religion d'État, était vaincue, et ce nouveau principe, dont Constantin était resté le représentant, devint la règle qui fixa les rapports entre l'État et la religion. On sait que depuis longtemps la religion était passée tout entière dans le culte. Or, l'antique culte païen de l’État romain ne cessa pas d'exister pour cela: ses cérémonies, ses sacrifices, ses aruspices vivaient encore, de même qu'on voyait subsister les immunités et les privilèges de ses prêtres; mais personne n'était plus forcé de reconnaître ce culte, et le chef de l'État, restât-il encore Pontife suprême, Pontifer maximus, ne se souciait plus de lui. L'intérêt de Constantin se concentra plutôt sur le christianisme ; 1l accorda à ses prêtres lcs mêmes privilèges qu’à ceux du paganisme ; et ce fut même aux dépens de ce dernier qu’il soutint constamment son Église par de riches donations. Favoriser partout le christianisme fut son plus

grand effort. Il ne l’éleva pas, à la vérité, à la hauteur de la secte d'État, sur les ruines de la païenne religion d'État; mais il lui fit prendre place à côté de celle-ci. Ce résultat, il l'obtint en se mettant à la tèle du concile de Nicée. C'est là que l'Église catholique arriva à un résultat définitif. Le christianisme, basé sur une profession de foi qu'on avait élaborée sous l’ égide de l’empereur, devint officiel et légitime, quels que fussent les sentiments de douceur de Constantin vis-à-vis des hérétiques et surtout de l’arianisme, et quels que fussent aussi les égards qu'il leur montra en plusieurs circonstances. Avec la victoire du christianisme sur l'État païen, l'on vit en même temps l'épiscopat prendre une nouvelle influence et le développement monarchique de la communauté chrétienne recevoir un nouvel essor et, par là, une fermeté et une puissance capables de faire de cet « État dans l'État, » définitivement reconnu, un ferme soutien pour la république chancelante. Le principe monarchique reçut de ce côté un appui très considérable dont profita indirectement l'empereur, en se conduisant comme s’il était Pontifez maximus chrétien. Mais, en même temps, le christianisme contribua aussi puissamment à élever, directement et au point de vue idéal, la puissance impériale : sa doctrine de la monarchie céleste devait faire paraître la position de l’empereur sur la terre comme nécessaire et consacrée par la religion. Constantin avait réconcilié l'État romain avec le christianisme en faisant de l'Église catholique la religion d'État du monothéisme ; il n’avait pas cependant sacrifié pour cela le polythéisme, c'est-à-dire l’anciennereligion d’État, bien qu'il soit devenu, avec l'âge, moins favorable à cette superstition ; il avait réuni en ses mains les deux cultes de l’État pour les mettre au service de la puissance impériale. Dominateur absolu et sacré, il s'élevait au-dessus des intérêts des partis. L'unité de l'empire était, encore une fois, représentée de la façon la plus décisive et la plus large, par sa personne. Mais à sa mort (337) cette unité disparut et fit place à des dissensions intérieures et extérieures. L'empire fut partagé entre ses fils. Ceux-ci, professant le christianisme sans ètre chrétiens de cœur, ne tardèrent pas à se désunir et même à se déclarer la guerre : Constantin 1[ périt dans une guerre contre

son frère Constans, qui réunit, en 340, tout l'Occident sous son sceptre, tandis que Constance régnait en Orient. Séparés par leurs opinions religieuses, et fidèles, l’un, à la foi de Nicée, avec l'Occident, l’autre, avec l'Orient, au semi-arianisme, les deux frères ne s’entendaient que par leur haine commune contre le paganisme. Le règne de la tolérance était fini. Tandis qu'on s’efforçait en vain d’apaiser les dissensions dogmatiques dans le christianisme, les deux empereurs se déclarèrent en même temps contre le paganisme : la « superstition » devait cesser et la « folie des sacrifices » être supprimée. Après que Constance, par la mort de son frère et la défaite de l'usurpateur Magnence, fut devenu seul maître de l'Empire (353), on défendit même, sous peine de mort, de sacrifier aux dieux et d’adorer leurs statues. Il résulta de là, du moins en Orient, que le paganisme se trouva dans la situation primitive du christianisme et fut directement perséculé par l'État (1). C’est en effet l'Orient qui était le plus directement visé; le nombre des chrétiens permettait d'y appliquer plus sévèrement ces défenses.

Toutefois, lorsque Julien monta sur le trône, dix ans plus tard, cet état de choses changea complètement (361). Le dogmatisme chrétien de cette époque, qui avait eu pour conséquence l'intolérance et le fanatisme, fit éclater une réaction en faveur du paganisme : il aliéna complètement au christianisme Julien dont il avait en vain cherché à gagner l'esprit par une éducation chrétienne étroite et sévère. Le christianisme lui parut d'autant plus facilement sous un jour odieux, qu'il n'avait pas eu d'effet moral sur le caractère de Constance : fanatique autant que superstilieux, cet homme avait pesé très lourdement sur Julien par sa tyrannie. Ce dernier rouvrit les temples des dieux, redressa les autels renversés, rendit aux païens les biens qu'on leur avait enlevés, et restitua aux prètres leurs privilèges, de la même main qu'il retirait au clergé chrétien ses immunités et les récoltes des blés. Le christianisme perdit donc le caractère de religion d'État, et ce caractère fut affecté de nouveau au paganisme. Mais Julien n'oublia

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